Le Siècle, 15 juillet
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si hérétique qu^il fût, pour étendre le domaine de ses barbaries.
Il aborda, dans son premier voyage, à Cuba (1492). L'exploitation et l'extermination des indigènes commença ; mais les Espagnols se chargeaient de leur vengeance, en se déchirant entre eux. En dSOO, Bobadilla confisquait la maison et les biens de Colomb et de son frère et les renvoyait, les fers aux mains et aux pieds, en Espagne.
Lopès de Gamara dit que les « Espagnols trouvèrent, près de» Sainte-Marthe, des paniers oîi les habitants avaient des denrées ; c'étaient des cancres, des limaçons,^ des cigates, des sauterelles. Les vainqueurs en firent un crime aux vaincus. L'auteur avoue, dit Montesquieu, que c'est là-dessus qu'on fonda le droit qui rendait les Américains esclaves des Espagnols ; outre qu'ils fumaient du tabac et ne se faisaient pas la barbe à l'Espagnole. »
Les théologiens espagnols examinèrent s'ils avaient une âme, une demi-âme, ou pas d'âme. Les théologiens finirent par leur
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accorder une âme. Ce fut un des malheurs des indigènes.
Les malheureux furent placés sous la protection des autorités ecclésiastiques qui travaillèrent énergiquement à leur conversion, tandis qu'ils étaient obligés de travailler aux mines pour satisfaire la rapacité de leurs maîtres.
Sur le papier, il y avait des mesure^ tutélaires de protection à Tégard des indigènes* L'Indien au-dessous de dix-huit an3 ne devait pas porter de fardeaux. En fait, les Espagnols prenaient la reine Anacaona au milieu d'un festin, la pendaient, torturaient et brûlaient ses caciques, égorgeaient ou réduisaient ses sujets en esclavage, dressaient des chiens à la chasse des indigènes et organisaient le système des « repartimientos ». Il consistait à répartir les indigènes entre les occupants au profit de qui ils devaient travailler. Seulement, vers 1530, on ne trouvait plus à Cuba d'indigènes à répartir. Les Espagnols, avec leur aptitude à la destruction, avaient si énergiquement opéré qu'ils les avaient fait disparaître. On
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avait déjà commencé de remplacer les Peaux-Rouges par des nègres importés. Des hommes humains, comme Las Casas, trouvaient que c'était fort bien, sans doute pour les raisons qu'en a données Montesquieu :
M Les peuples de l'Europe ayant exterminé ceux de TAmérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique pour s'en servir à défricher tant de terres. Ceux dont il s'agit sont noirs des pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être tressage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. »
Cortès, au Mexique, brûlait vif ses chefs qui lui opposaient quelque résistance, prenait le trésor royal, mettait la contrée en ■
pillage régulier. Son lieutenant Alvarado massacrait plusieurs centaines d'Aztèques qu'il avait attirés dans l'enceinte du grand temple. Dans le Panuco, Sandoval fit brûler vifs, en une seule fois, 60 caciques et 400 nobles. Toutefois les Espagnols ne furent pas assez nombreux pour exterminer tous
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les indigènes Qomme à Cuba ; et par l'intermédiaire des femmes indigènes, une partie des vainqueurs fut absorbée par les vaincus.
Un autre aventurier, Pizarré, contracta à Panama une association commerciale avec Almagro et un prêtre nommé Luque, aborda au Pérou en 1532 et commença la 'politique de pillage et d'extermination la plus effroyable : mais les vainqueurs se disputaient entre eux les dépouilles.
François Pizarre fait tuer son associé Almagro par son frère Fernand Pizarre ; quand celui-ci retourne en Espagne (1339), il est jeté en prison, sous l'inculpation de ce meurtre Bty reste vingt ans ; et les partisans d'Almagro assassinent François Pizarre le 26 juin 1541.
Las Casas remit à Charles-Quint' en 1542
son mémoire sur la Destruction des Indes.
11 y montrait la férocité de ses compatriotes. Un concile aboutit à Tordonnance de 1543, ayant pour but la' protection des indigènes.
Il n'y avait qu'une difficulté, c'était de la concilier avec la rapacité dont le clergé et la couronne donnaient l'exemple, et avec
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radministration à la fois spoliatrice, désopdonnée et tyrannique . dont les Espagnols font preuve partout.
Gomara estimait qu*à cette date, plus d'un million de Péruviens avait péri au contact des Espagnols.
Tous ces chiffres, comme ceux que Torquemada donne pour le Mexique, sont approximatifs : les vainqueurs ne tenaient point une comptabilité très stricte des victimes qu'ils sacrifiaient avec une si dédaigneuse prodigalité.
Ils pillaient les Indiens, les menaient aux mines par divisions, appelés Mitas, les nourrissaient à coups de triques, sinon à coups de sabre, et le fonctionnaire royal, appelé « protecteur des Indiens » qui se trouvait dans chaque district, était leur premier oppresseur, après le clefgé.
Le Repuptimiento conférait aux corrégidors le droit de vendre aux indigènes les objets dont ils avaient besoin. Ils forçaient les Indiens qui n'ont point de barbe et allaient tout nus à leur acheter à des prix exorbitants toutes sortes d'objets inutiles, tels que
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des bas de soie, si tes marchands espagnols avaient jugé avantageux de leur en envoyer.
Le prosélytisme religieux n'est pas moins terrible. Se convertir ou mourir, telle est l'alternative laissée aux Indiens. Un seul prêtre fait 5.000 conversions en un jour à Mexico. Il ne suffisait pas à certains ordres religieux de convertir les gens qu'ils avaient sous la main. Ils faisaient des recrues.
M. Paul Marcoy dans son Voyage en Amérique du Sud, nous indique comment les jésuites procédaient au Pérou. Les catéchumènes qu'on surmenait un peu, qu'on nourrissait mal et qu'on fouettait fort, mouraient comme des mouches. Pour parer à ce délicit et tenir au complet leurs populations chrétiennes, ils envoyaient des soldats et des religieux écumer les bords de l'Amazone et les missions fondées par leurs coreligionnaires et rivaux du Brésil. , Les religieux
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faisaient rafle de néophytes et les soldats pillaient leurs habitations désormais inutiles. On les conduisait dans les missions centrales comme des marchandises en entrepôt.
Torquemada, àlafin duxvi® siècle, compte 400 couvents dans la nouvelle Espagne. Les Récollets avaient, en 1621, 500 couvents formant 22 provinces dans les colonies espagnoles. Philippe III lui-même, fait remarquer ^ dans une lettre adressée au vice-roi du Pérou, que la superficie «occupée par les couvents à Lima est plus grande que celle de la ville. En 1644, la ville de Mexico se plaint du nombre des couvents et déclare qu'il y a plus de 6,000 ecclésiastiques sans bénéfices. Le bas clergé est immonde.
L'Inquisition ne s'appliqua d'abord qu'aux Espagnols et aux créoles, les Indiens étant considérés comme indignes de ses soins.
Mais la religion et l'ignorance étaient considérées par la métrgpole comme des instruments de gouvernement. « Il ne faut, disaiton, enseigner aux créoles que la doctrine chrétienne afin qu'ils demeurent soumis. »
Les colonies étaient bien de la couronne ;
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et la couronne voulait en importer des métaux précieux, en faire venir le plus possible en Espagne, de manière que le roi en prélevât une large part ; interdire aux colonies la production de tout objet que pouvait lui fournir la métropole ; concentrer dans un seul port, Séville, entre les mains d'un comité, « Casa de contratacion », toutes les affaires coloniales ; ne laisser d'initiative à personne : défense d'exporter des marchandises ailleurs que dansles colonies, afin de leur assurer un débouché et, afin de ne pas en priver les habitants de l'Espagne, limitation des exportations aux colonies à 27.500 tonneaux ; défense d'exporter les mules, les chevaux, les laines, les cuirs, les grains, le bétail ; défense d'exporter les métaux précieux ; défense aux étrangers d'aller dans les colonies et d'y faire aucun commerce : et ironie, toute la banque, tout le commerce, toute l'industrie, étaient passés aux mains des étrangers ! .
Les Anglais, les Hollandais et les Français, dit Roberston, « se reposant sur l'honneur et la fidélité des marchands espagnols
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qui consentaient à prêter leurs noms pour couvrir la contravention, envoyaient les objets de leurs manufactures dont ils recevaient le prix en espèces ou en marchandises précieuses du Nouveau Monde. En peu de temps, il n'y eut pas une vingtième partie des marchandises exportées en Amérique qui vînt du sol ou des fabriques d'Espagne ; le reste appartenait à des marchands étrangers qui les expédiaient sous le nom de marchandises d'Espagne. »
Voltaire, qui était fort au courant de ces questions, donne une pittoresque description de la manière dont se pratiquait, h Cadix, l'exportation prohibée des métaux précieux.
« Une loi sévère établie par Ferdinand et Isabelle, confirmée par Charles-Quint et par tous les rois d'Espagne, défend aux autres nations non seulement l'entrée des ports de l'Amérique espagnole, mais la part la plus indirecte dans ce commerce. 11 semblait que cette loi dût donner à l'Espagne de quoi subjuguer l'Europe ; cependant l'Espagne ne subsiste que de la violation perpétuelle de cette loi même. Elle peut à peine
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fournir quatre millions en denrées qu'on transporte en Amérique ; et le reste de l'Europe fournit quelquefois pour cinquante millions de marchandises. Ce prodigieux commercé de nations amies ou ennemies de FEspagne se fait sous le nom des Espagnols mêmes, toujours fidèles aux particuliers, et toujours trompant le roi,' qui a un besoin extrême de l'être* Nulle reconnaissance n'est donnée par les marchands espagnols aux marchands étrangers. La bonne foi, sans laquelle il n'y aurait jamais eu de commerce, fait la seule sûreté.
» La manière dont on donna longtemps aux étrangers l'or et l'argent que les galions ont rapportés d'Amérique fut encore plus singulière. L'Espagnol, qui est à Cadix facteur de l'étranger, confiait les lingots reçus à des braves qu'on appelait Météores.
Ceux-ci, armés de pistolets de ceinture et d'épées, allaient porter les lingots numérotés au rempart, et les jetaient à d'autres' Météores qui les portaient aux chaloupes auxquelles ils étaient destinés.
» Les chaloupes les remettaient aux vais-
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seaux en rade. Ces Météores, ces facteurs, les commis, lesgardes, qui ne les troublaient jamais, tous avaient leur droit, et le négociant n'était jamais trompé. Le roi, ayant reçu son induit sur ces trésors à l'arrivée des galions, y gagnait lui-même. 11 n'y avait proprement que la loi de troippée, loi qui n'est utile qu'autant qu'on y contrevient .
» Le plus grand exemple de la violation de cette loi et de la fidélité des Espagnols s'est fait voir en 1684. La guerre était déclarée entre la France et l'Espagne. Le roi catholique voulut se saisir des effets des Français. On employa en vain les édits et les monitoires, les recherches et les excommunications ; aucun commissaire espagnol ne trahit son correspondant français. »
Tout ce beau système n'était que l'organisation de la contrebande.
Il consistait à faire exploiter les Indiens par les Espagnols et les Espagnols des colonies par les Espagnols de la métropole.
Il aboutissait à la ruine des colonies et de la métropole*