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Le SièclCy 15 août

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citoyens qui, retirés à la campagne, lisaient en secret les ouvrages de Montesquieu, de Robertson ou de Rousseau. Lorsque la guerre éclata entre TEspagne et la France, on traîna dans les cachots de malheureux Français qui étaient établis au Mexique depuis vingt ou trente ans. »

A Bogota, on mit aux fers des gens coupables de s'être procuré un journal français.

On évalue qu'en 1808 la population des colonies espagnoles comprenait: au Mexique, 6,500,000 habitants ; dans la Nouvelle Grenade, 1,200,000; au Venezuela, 950,000; au Pérou, 1,100,000; au Chili, 900,000; dans les provinces de la Plata, 850,000; à Banda et à Montevideo, 150,000; au Paraguay, 300,000; total, 11,850,000 dont un septième d'Espagnols (1,700',000) trois septièmes de créoles plus ou moins métis (5,000,000) et les trois autres septièmes d'Indîens.

Dès 1806, Miranda avait tenté de soulever le Venezuela, mais il n'aboutit qu'à se faire jeter dans un cachot. La révolution d'Aranjuez, du 18 mars 1808, qui avait renversé

Charles IV et l'avait remplacé par Ferdinant VII, fut révénement décisif. Les colonies recevaient des ordres de trois gouvernements, celui de Charles IV, celui de Ferdinand VII, celui de Joseph; puis les juntes de Cadix, de Séville, des Asturies, toutes se prétendant légitimes, prodiguaient des déclarations. L'anarchie était dans la Métropole; les plus énergiques des habitants des colonies espagnoles pensèrent qu'ils devaient en profiter pour assurer leur indépendance.

Le premier mouvement se produisit à Quito, « la première née de l'Indépendance », en 1809: deux patriotes payèrent de leur tête cette tentative qui, renouvelée l'année suivante, triompha.

Au Mexique, en 1809, des conjurés surprirent une nuit le vice-roi et l'embarquèrent pour Cadix. Laprincipal chef des révoltés était un curé, âgé de soixante ans,

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nommé Hidalgo* qui réunit autour de lui des Indiens* Ils considéraient surtout la ^

révolution comme la liberté de piller. Hidalgo s'empara de Guanaxato, il massacra ; le 10 novembre 1810 il fut battu par Calléjà qui, à Guanaxato, remassacra sous prétexte de réparer le massacre commis par Hidalgo.

Cette réciprocité de massacres est la caractéristique des guerres de l'indépendance des colonies espagnoles. Hidalgo fut fusillé le 27 juillet 1811 à Mexico. Un autre curé, Morelos, devint le chef des insurgés; ilconvoqua un congrès le 13 septembre 1813 et

proclama Tindépendance du Mexique. Mais Calléja, à force de massacres et de fusillades, finit par l'emporter. Morelos fut fusillé le 22 décembre 1815 à San Christoval. Lès insurgés n'eurent d'autre ressource que de se disperser dans le nord.

Il y avait, à Caracas, un jeune homme né en 1783, orphelin dès son enfance, qui,

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très riche, avait fait de longs séjours en Europe et aux Etats-Unis. Il en avait rapporté, avec des idées françaises, l'admiration de Washington et de son œuvre. Simon Bolivar résolut de faire pour les colonies espagnoles ce que le premier président des Etats-Unis avait fait pour les colonies anglaises.

La première tentativequi eut lieu en 1813, avec le vieux proscrit Miranda pour chef, échoua en partie parce qu'un tremblement déterre, qui survint le jeudîsaint 1812 et détruisit en partie Caracas, fut présenté par les prêtres comme un châtiment du ciel.

Monteverde, qui était chargé de la répression, massacra ceux des insurgés qu'il considérait comme les plus coupables : il se contentait pour les suspects de leur couper le nez, une joue ou les oreilles, de leurtrancher les jarrets ou de leur enlever la peau des talons et ensuite de les jeter dans la campagne. Bolivar se réfugia à Curaçao.

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On avait pu croire, lors de la Restaura* tion de Ferdinand Vil en 1815, que Témancipation des colonies espagnoles était ajour* née pour longtemps. S'il avait changé Tancien système de gouvernement, leur avait donné une large autonomie, avait supprimé le monopole du commerce au profit de l'Espagne, il eût pu obtenir ce résultat. Mais Ferdinand VII, qui rétablissait l'Inquisition en Espagne, entendait maintenir l'ancien régime dans les colonies; il avait l'illusion de compter sur la Sainte- Alliance pourl'y aider. L'Angleterre demandait la liberté du commerce pour les colonies espagnoles et empêcha le Congrès de Vienne de donner la garantie collective des puissances à Tempire colonial de l'Espagne.

Ferdinand VII ne connaissait qu'un moyen de remettre les choses en ordre : fusiller les insurgés. Morillo continuait ses exploits dans la Nouvelle Grenade. A Bogota, qui ne

lui avait ouvert ses portes qu'après un traité formel, il fusille plus de deux cents patriotes, exile leurs familles, confisque leurs biens. Il organisait partout « des conseils de guerre permanents », « des conseils de purification», « des juntes de séquestre», « des conseils de guerre verbaux ».

Ces terribles mesures n'effrayèrent pas Bolivar; battu de nouveau en 1813, il se réfugia à Saint-Domingue, échappa à un assassin et revint en 1817, avec deux vaisseaux de guerre, treize navires de transport, expédition organisée par Brion, riche négociant hollandais fixé à Caracas. Le 3 mars 1817, les insurgés proclamaient la République du Venezuela une et indivisible, et le mulâtre Arismendi offrait à Bolivar un roseau surmonté d'une tête d'or, « emblème de l'autorité suprême dans un pays qui peut ployer sous le vent de l'adversité, mais qui ne rompra pas ».

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A Angostura (17 novembre 1817), il se faisait proclamer chef suprême du gouvernement national; il avait 14.000 hommes de toutes couleurs et mal armés, un corsaire anglais, Max-Gregor. Il avait gagné à sa cause les « Llaneros », terribles cavaliers indiens qui, sous la conduite de Paëz, avaient la réputation de mettre en déroute l'infanterie espagnole en lâchant contre elle des taureaux sauvages.

Toutefois, il y avait des divisions entre chefs insurgés qui affaiblissaient leur action. Mais Bolivar montra une énergie admirable.

Battu encore en mars 1818, il pouvait réunir le 15 février 1819 à Angostura un congrès qui proclamait l'indépendance du Venezuela ; et après une mairche militaire d'une hardiesse épique, à travers les Andes, dans la saison dés pluies, il battit les Espagnols près du Boyoca, et fit proclamer, le 10 août 1819, à Bogota, l'union de la Nouvelle Grenade et du Venezuela; le 17 décembre 1819, le congrès d' Angostura constituait par la fusion des deux Etats la République indivisible de Colombie.

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Toutes les autres colonies espagnoles de r Amérique du Sud avaient fermenté de i808 à 1815. Toutefois les Espagnols avaient repris Quito en 1814; le vice-roi du Pérou avait réoccupé deux fois le Haut Pérou^ révolutionné par Buenos-Ayres, et il avait

rétabli pour un moment la domination espagnole dans le Chili qui proclamait son indépendance le 1" janvier 1818.. Le gouvernement de Buenos-Ayres était déchiré entre fédéralistes et unitaires ; mais, le 9 juillet 1816, le congrès réuni à Tucuman avait proclamé la Constitution de la République Argentine, et, de fait, elle était affranchie de la domination de TEspagne. ,

En 1819, l'Espagne réunit une armée à Cadix pour aller dompter les colonies; le 1" janvier 1820, elle se soulève, contre Ferdinand Vil, mais les Cortès libérales, qui rétablissent la Constitution de 1812, entendent cons(M'ver à Tégard des colonies le

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monopole du commerce et la domination de la métropole.

Le Mexique paraissait dompté. Après la sanglante répression de Calleja, Apodaca avait fait de la politique à la Gribouille. En incorporant des rebelles dans ses troupes, il avait introduit lui-même Tesprit révolutionnaire.

Iturbide, général ambitieux, mais d'un fanatisme religieux qui lui avait fait fusiller un jour trois cents excommuniés, s'en empara, lança, le 21 février 1821, le manifeste d'iguala réclamant : 1° l'indépendance nationale ; 2^ le maintien des droits de l'Église ; 3** l'égalité civile et politique des Espagnols, des Créoles et des Indiens ; et le 21 mai 1822 il se faisait proclamer empereur.

Les événements marchaient vite. Quinze mois après, il devait abdiquer ; l'année sui* vante, il débarquait avec l'espoir d'un retour

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de fortune ; il était fusillé (19 juillet 1824) Le Mexique achevait de se constituer comme République fédérative, et, le 1" janvier 1825, fut installé son premier président, Victoria. La dernière place de TEspagne, Saint-Jean d'Ulloa, fut évacuée en septembre 182S. Malgré un retour offensif de l'Espagne en 1829, qui fut insignifiant, la République mexicaine était définitivement établie.

Le Guatemalaqui, de 1808àl81S, n'avait pas bougé, fut entraîné par l'insurrection mexicaine de 1821. Filisola avaitproclamé l'union avec le Mexique ; mais le Guatemala s'en dégagea et, en 1824, adopta une constitution démocratique et prit le nom de République des provinces unies de l'Amérique centrale.

Bolivar, après avoir été réélu président par la Colombie (!*''' novembre 1821), résolut d'affranchir l'Equateur et le Pérou. Le Pérou, délivré des Espagnols, fit un essai de

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triumvirat, tomba dans Tanarchie et faillit retomber sous la domination des Espagnols.

Cantérac reprit Lima enjuinl824. Bolivar fut nommé généralissime le l**" septembre, ses procédés provoquèrent des révoltes militaires, mais un des généraux espagnols se révoltait de son côté contre Cantérac. Bolivar revint, gagna la bataille de Junin ; son lieutenant Marx, celle d'Ayacucho (9 décembre 1824J. C*en était fait de la domination de TEspagne au Pérou. Le Haut Pérou prenait le nom de Bolivie et nommait Bolivar son président.

Les Espagnols rendirent le Callao et les îles Chiloë en 1826. Ils ne conservèrent de leurs possessions en Amérique que Porto- Rico et Cuba.

Les Etats-Unis, en 1821, avaient obtenu de l'Espagne la Floride. En 1822, le président Monroë proclamait le droit pour le gouvernement de Washington de recon-

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naître les nouvelles Républiques. En 1823, quand Ferdinand VII essayait de faire intervenir la Sainte-Alliance contre elles, Monroë énonça le principe célèbre que T Amérique ne devait plus être un but de colonisation, que TAmérique devait appartenir aux Américains, et que, si une intervention de l'Europe se produisait contre les nouvelles républiques, « les États-Unis ne pourraient en rester spectateurs indifférents, sous quelque forme qu'elle eût lieu » (2 décembre 1823).

Canning reconnut à son tour, au nom de l'Angleterre, les nouvelles républiques, et conclut avec elles des traités de compierce le l*"" janvier 1823.

Bolivar avait rêvé de grouper les anciennes colonies espagnoles en une grande fédération sur le modèle des Etats-Unis. Il essaya de réunir en 1824 un congrès à Panama ; mais il ne s'y rendit que des représentants de la Colombie, du Pérou, du Mexi-

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que et de F Amérique centrale. Bolivar n'arriva même pas à constituer ce qu'il appelait la fédération des Andes.

Il avait rendu de tels services que le qualificatif « de Libérateur » qui lui était décerné n'était pas exagéré. Mais plein de méfiance à l'égard de la capacité politique de ceux qu'il avait affranchis, il voulait une dictature viagère. 11 fut déposé au Pérou (1827).

En Bolivie il s'empara de la dictature (1828) et fusilla ses adversaires. Le Venezuela, sous Paez, se sépara de la Colombie en 1829. Les provinces du Sud s'érigèrent en République en 1830 sous le nom de République de l'Equateur; et le 17 septembre 1830, Bolivar mourait en voyant les Etats de Colombie séparés en trois républiques, alors qu'il avait rêvé là constitution d'une fédération comprenant toutes les Républiques de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud.

Des gens sages ne manquent pas de dire que ces Républiques ont subi beaucoup de révolutions et que le plus souvent leurs finances ont été en mauvais état ; et ils insi-

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nuent qu'elles n'ont pas gagné grand'chose à leur affranchissement.

Qu'auraient-elles gagné à rester sous le joug de l'Espagne, qui a eu aussi de fréquentes révolutions et n'a jamais eu de bonnes finances ? Qu*ont gagné les Philippines et Cuba au maintien de sa domination ?

Ces colonies avaient des causes de faiblesse : l'ignorance <le leurs habitants ; mais n'avait-elle pas été entretenue par les Espagnols? La domination du clergé: c'est un legs de l'Espagne ; les ambitions, les rivalités, les haines, l'immoralité des généraux ; mais d'où étaient sortis ces généraux, sinon des quinze ans de guerres que les colonies avaient été obligées de soutenir contre l'Espagne ?

Si les Républiques de l'Amérique ont de graves défauts, elles en ont hérité de l'Espagne. La civilisation chez elles a gardé un caractère sacerdotal et militaire au lieu d'avoir un caractère industriel et scientifique. Leurs hommes les plus énergiques, au lieu de chercher la richesse dans l'ex-

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ploitation des agents naturels, Tont cherchée dans rexploitation du pouvoir. Ils n'ont pas pour force motrice la concurrence économique > mais la concurrence politique. Ils considèrent que le moyen le plus prompt et le plus facile de s'enrichir est d'être les maîtres du gouvernement.

N'étant pas préparés à avoir une autre conception de leur activité, ils ont pris la suite des affaires des Espagnols.

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