‹ L'évolution religieuse comtemporaine chez les Anglais, les Américains et les Hindous [microform]Chapitre 61 sur 135 · LES ÉMIGRATIONS PURITAINES · texte numérisé non relu

LES ÉMIGRATIONS PURITAINES

aventureux de fonder en Amérique une sorte de colonie religieuse qui leur permît de rester attachés à l'Angleterre et même de recevoir des recrues de la inère-patrie, en leur assurant un abri contre de nouvelles persécutions. Eurent-ils, dès lors, quelque vision de l'avenir qui s'ouvrait devant eux? Quoi qu'il en soit, leurs rêves les plus audacieux ont dû rester certainement, au-dessous des destinées réalisées par leurs descendants.

La couronne britannique, qui demandait simplement à débarrasser le pays de sectaires également gênants pour l'État et pour TÉglise, ne fit pas trop de difficultés à leur accorder la concession lointaine qu'ils sollicitaient dans la Virginie, et un premier corps demigrants, au nombre d'une centaine d'hommes, femmes et enfants, prirent place, le ^7 juillet 1620, sur la May Flower, — une année et un nom classiques dans l'histoire des États-Unis. — On sait comment les hasards du voyage les firent aborder sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre et comment ils profitèrent de cette circonstance pour organiser à leur guise une autorité que, sur ce sol libre, ils tiraient désormais d'eux seuls, et non plus d'une concession accordée par un roi ou par une Compagnie.

John Robinson était resté en Europe, où il se préparait à s'embarquer avec le reste de la communauté. Nouveau Moïse, la mort devait le surprendre avant qu'il pût atteindre la terre de Chanaan. Dans ses adieux à l'avant-garde de l'émigration sur les quais de Leyde, il avait prononcé ces paroles, qu'on peut à

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bon droit qualifier de prophétiques, quel que fût le vrai sens qu'il leur prêtât : « Le Seigneur a encore « bien des vérités à vous faire découvrir dans sa sainte « parole. Je ne puis assez déplorer la condition des « Eglises réformées qui en sont venues à ne pas vou- «'loir s'avancer plus loin que les promoteurs de la « Réformation. Luther et Calvin ont été en leur temps « de grandes et brillantes lumières; cependant, ils ce n'ont pas pénétré tout le dessein de Dieu. »

Ces exhortations ne devaient pas tomber sur un sol ingrat. Toutefois, leur portée était trop en avance sur le siècle pour être saisie par ceux auxquels s'adressait le discours, et sans doute par celui-là même qui le prononçait. Ce que les « pèlerins » de la Fleur de Mai, fuyant les persécutions de l'Église oflacielle, allaient demander aux rivages du nouveau monde, ce n'était pas la liberté religieuse, mais leur liberté religieuse, c'est-à-dire le droit de former une Eglise à leur façon, sans le secours de la hiérarchie ni de la liturgie anglicanes. Le gouvernement qu'ils se donnèrent était une véritable démocratie; mais c'était avant tout une démocratie théocratique, et l'on y chercherait vainement rien qui fût conforme aux idées modernes, soit sur les rapports de l'État et de l'Église, soit sur le respect dû aux droits de la conscience et à la liberté des cultes.

La Bible était leur loi suprême; elle devait inspirer et suppléer les lois écrites. Leur premier souci, quand ils fondaient quelque établissement, était de se construire un temple, qui devenait bientôt le centre de leur vie individuelle et sociale. La première élection

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