‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 103 sur 146 · RÂM MOHUN ROY EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

RÂM MOHUN ROY EN ANGLETERRE

visiter l'Europe, où sa réputation l'avait précédé. L'aristocratie anglaise lui ménageait l'accueil qu'elle sait si bien offrir, en dehors même des considérations politiques, aux supériorités sociales de tout pays et de toute race. A peine débarqué, il devint à Londres le lion de la saison, sans que cette vogue portât atteinte un seul instant à l'aisance et à la modestie naturelle de son caractère. Miss S. D. Collet, qui se souvient de l'avoir entrevu à cette époque, rapporte qu'il conquit la sympathie de tous les partis par l'affabilité de ses manières, non moins que par la culture de son esprit, et Garcin de Tassy, qui le rencontra l'année suivante à Paris, trace son portrait en ces termes : « Son physique répondait à ses belles qualités morales; il avait une physionomie noble et expressive; son teint était extrêmement brun, presque noir; mais son nez régulier, ses yeux brillants et animés, son front large, la beauté de ses traits rendaient son visage remarquable. Il était bien proportionné; sa taille était de six pieds. Son costume était habituellement bleu. Il portait un châle blanc, roulé sur ses épaules, qui descendait par devant jusqu'à la ceinture. Il ceignait sa tête d'un turban, à la manière des musulmans de l'Inde.^ »

Sa mission terminée, il se préparait à regagner l'Inde, pour mettre au service de la réforme qu'il poursuivait le fruit de ses expériences en Angleterre, lorsque, épuisé par ses travaux et peut-être miné par le climat, il tomba malade et mourut à Bristol, le 27 sep-

1 Garcin de Tassy, Histoire de la littérature Mndouie et hindoustanie, 2e éd. Paris, 1870, tome II, page 151.

292 LE THÉISME DANS l'iNDE CONTEMPORAINE

tembre 1833. Ses restes reposent dans le cimetière de cette ville, sous un monument de style oriental élevé par son disciple et ami Dwarka Nâth Tâgore, qui vint lui-même mourir en Angleterre quelques années plus tard .

Privée de son chef, la petite Église du Brahma Samâj languit une douzaine d'années et paraissait près de s'éteindre, lorsqu'elle mit à sa tête le jeune Debendra Nâth Tâgore. Celui-ci, né en 1818 de Dwarka Nâth Tâgore, l'ami de Râm MohunRoy, appartenait au clan brahmanique des piralis. A peine âgé de vingt ans, il avait fondé une « 'association pour la recherche de la vérité », Tattva hodhini Sabhâ, qui se proposait « l'introduction graduelle, parmi les populations indigènes, du culte monothéiste originairement inculqué dans les Écritures hindoues ». L'association se réunissait chaque semaine dans la maison des Nâth Tâgore, pour y discuter des questions religieuses; une fois par mois, elle y célébrait un service divin où l'on chantait des hymnes et où on lisait des textes des Oupanishads. Elle avait même commencé à former des missionnaires pour prêcher dans toute l'Inde la réforme du culte national, lorsqu'on 1843 elle entra en corps dans le Brahma Samâj, à la suite de Debendra. Elle y apportait, avec ses ressources pécuniaires, ses habitudes d'activité intellectuelle, et bientôt, grâce à cet élément nouveau, l'œuvre de Mobun Roy reprit sa marche ascendante. Cependant, en 1847, les brahmaïstes pratiquants n'étaient pas môme un millier. Alors éclata une crise qui semblait présager leur dispersion, mais qui devint, au contraire, le prin-

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