CARACTÈRE PRATIQUE DU BRAHMAÏSMË
yoga — disait le Brahmo Public Opinion dans un article du 26 février 1880, rédigé plus ou moins à l'adresse de la Nouvelle Dispensation — aiguise la vue de l'esprit en nous familiarisant avec les vérités de Tordre spirituel et en les mettant à portée de notre perception. Mais, quandelle est pratiquée comme unique méthode de culture religieuse, elle engendre lafaiblesse morale et paralyse les énerf»ies actives de 1 âme. Non plus que la communion spirituelle, la frénésie religieuse (c'est-à-dire l'idéal du bhakti, qui se traduit par les pleurs, les sanglots, le chant, ladanse, même l'évanouissement) ne peut être l'état normal de l'âme. Nous pouvons en avoir besoin, de temps à autre, |)Our secouer la torpeur de l'âme par une violente secousse. Mais l'expérience nous enseigne que parfois elle est simplement le résultat de moyens purement factices, par exemple le bruit d'un tambour. En outre, il n'y a aucune connexité entre ces démonstrations extatiques et la véritable excellence du caractère. C'est l'activité et la piété pratiques qui doivent former, avec la prière, le premier plan de la culture religieuse du brahmaïste; les deux autres facteurs ne doivent intervenir qu'à titre de complément. » — « Le but suprême de la religion, lit-on dans un autre numéro du môme journal (;23 janvier 4879), c'est de devenir un avec Dieu, non seulement en sentiment, mais encore en action. Nous avons l'obligation non seulement de vénérer, mois encore de servir Dieu. L'amour est pratique de sa nature. S'il est sincère, il doit aboutir à l'action. S'il re.4e inaetif, ce n'est pas de l'amour. »
386 l'avenir religieux de l'inde
Il faut également tenir compte des modifications que produira dans l'esprit hindou la diffusion de nos connaissances scientifiques. Sir H. Sumner Maine disait, en 1865, à l'Université de Calcutta : « Dans la lutte que l'hindou instruit et le missionnaire chrétien soutiennent contre l'erreur, tout succès qui a été remporté dans le passé ou qui le sera dans l'avenir, repose sur des connaissances positives. Heureusement tout faux système renferme quelque fragment de spéculation scientifique. Là est la brèche, qui, une fois ouverte, livre passage à toutes les armées de la vérité. »
Les différentes fractions du brahmaïsme ont déjà eu occasion de montrer, par leurs institutions d'enseignement, combien elles ont saisi cette nécessité d'asseoir sur la diffusion des sciences la régénération de l'Inde conîeraporaine. L'acquisition de la science est mise par le BrahraaDharma au nombre des devoirs envers Dieu, et Keshub lui-même ne s'exprime pas autrement que Parker et Emerson : « Un théiste, dit-il, doit aimer la science avec un enthousiasme chaleureux, car la science est l'Écriture de Dieu, tracée de ses propres mains, infaillible et sacrée ^ »
Jusqu'ici, le brahmaïsme est resté sur le terrain de notre théisme spiritualiste et transcendantal.Mais rien ne prouve qu'à l'instar de l'Église unitaire, il ne puisse s'accommoder également des vues qui tendent à prévaloir dans la philosophie de l'évolution. Il ne faut pas méconnaître que tous nos systèmes actuels ont leurs équivalents dans les vieilles spéculations des brâhmanas. Dès avant notre ère, l'école du Sânkhya ensei-
1 Essays, theological and ethical, page 37.