‹ L'évolution religieuse contemporaine chez les Anglais, les Américains et les HindousChapitre 16 sur 146 · MULTIPLICATION DES SECTES · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION DES SECTES

l'Église dans des assemblées de ministres et d'Anciens. Les presbytériens ne projetaient que de réformer l'Église nationale par la suppression de l'épiscopnt et de la liturgie . Mais bientôt surgirent les Indépendants, qui, repoussant toute immixtion du pouvoir civil dans les questions d'organisation ecclésiastique, réclamèrent l'autonomie absolue des congrégations, tant dans leurs rapports entre elles que dans leurs relations avec l'État. Enfin, les anabaptistes, les quakers, les seekers, les « hommes de la cinquième Monarchie » et les autres sectes qui apparurent pendant les troubles de la première révolution, prétendirent supprimer toute espèce de fonctions ecclésiastiques, pour donner libre cours à l'inspiration individuelle, à l'instar de ces assemblées primitives que les Actes des Apôtres nous montrent visitées par l'Esprit-Saint \

Ce curieux phénomène d'atavisme trouve son explication dans le désir croissant de modeler textuellement sur l'Écriture, non seulement le fond des doctrines, mais encore la forme de l'organisation ecclésiastique. Sans doute, le respect outré de la lettre n'a rien de commun avec l'esprit de libreexamen, ni même avec les principes de la tolérance religieuse, et, de fait, la plupart des sectes issues du mouvement puritain se sont montrées plus fermées encore que l'Église anglicane aux progrès du rationalisme. Mais, outre qu'en faisant respectivement valoir leur droit à l'existence, elles travaillaient forcément à la liberté générale, elles devaient, par leur mul-

1 J. J. Tayler, a retrospect of the Religions Life of England, 2^ éd., Londres, 1876, p. 126.

tiplicité même, développer l'habitude du recours constant au jugement individuel dans la formation des croyances. Tout au moins pour un certain nombre de leurs congrégations, l'absence d'unité doctrinale ou disciplinaire, jointe à la force centrifuge qui les écartait chaque jour davantage du christianisme fixé par la tradition, devait favoriser insensiblement leur passage à des opinions de plus en plus avancées et leur faire bientôt dépasser, en logique comme en hardiesse, les audaces mitigées du parti latitudinaire, que tenaient en laisse les Articles de l'Eglise anglicane . C'est de ce milieu qu'est sorti l'unitarisme.

Les persécutions qui furent dirigées contre les dissidents par les deux premiers Stuarts ne firent que multiplier le nombre des sectes et développer l'énergie de leurs adhérents. Vers l'époque de la Révolution, Thomas Edwards, l'auteur de la Gangrœna, rapporte qu'il existait en Angleterre 176 hérésies distinctes, et lorsqu'après le triomphe passager de la « République des Saints », l'Angleterre rentra dans le giron de la royauté et de l'anglicanisme, les dissidents n'en restèrent pas moins un élément dont il fallut désormais tenir compte dans tous les mouvements rehgieux, intellectuels et politiques de la nation anglaise.

Pendant la Restauration, ainsi qu'il arrive d'habitude après toute réforme brusquée ou exagérée^ une explosion de licence succéda à un excès de rigorisme. Cette réaction, dont Hobbes fut le principal représentant en philosophie, devait nécessairement profiter à la cause de la liberté intellectuelle. Hobbes, il est vrai, après avoir démoli les fondements de toute

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