Maspero. Loe. eit
tant de peine à pénétrer, leur a paru ne pouvoir cacher que des choses sublimes. Les inscriptions, qu'ils traduisaient assez imparfaitement, ils ne pouvaient s'empêcher d'en exagérer le sens et de les interpréter avec emphase. A priori, les Égyptiens devaient avoir eu une métaphysique pleine de profondeur : on les en a donc gratifiés. Enfin, comme il est admis, dans notre Occident, que le monothéisme est une forme supérieure de la religion, il a bien fallu le retrouver en Egypte; en conséquence, Ammon-Rà est devenu un être suprême et la religion égyptienne un monothéisme pur^ se manirestant extérieurement par un polythéisme symbolique^ C'est vraiment un tour de force que de faire sortir le monothéisme du polythéisme animique et zoolàtrique le plus délirant qui fut jamais. Il est vrai que cette découverte a été faite par Porphyre et Jamblique, deux demi-aliénés.
L'enquête que nous avons poursuivie nous garantit contre de telles illusions. 11 est trop évident que l'animisme primitif est le fonds du culte égyptien; seulement cet animisme s'est compliqué et régularisé, parce que l'esprit de la race était éminemment conservateur; mais son plus grand effort a été l'astrolàtrie anthropomorphique et zoomorphique : au fond, l'Egypte est toujours restée essentiellement fétichique. Des gens, pour qui le ciel est une voûte solide supportant un océan supérieur, sur lequel le dieu-soleil navigue dans une barque, ne sauraient être en général susceptibles de raffinements métaphysiques. Nous avons vu aussi que leur conception des doubles était tout à fait sauvage.
Comme toutes les religions des peuples assez avancés en civilisation, celle de l'Egypte a fini par élever des prétentions morales et admettre une sanction posthume de la vie; mais l'a elle fait d'vine façon très grossière et sans jamais essayer de distinguer la morale réelle de la morale rituelle.