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ment, — par exemple, discerner ce malaise d'un état de bien-être antérieur : penser, c'est toujours distinguer en même temps qu'unir. La conscience purement sensible peut être confuse (alors même qu'elle est claire); la conscience intellectuelle est nécessairement comparative, différenciée et contrastée. Au sortir d'une syncope, on n'éprouve guère (jue le sentiment général et confus de l'existence, sans distinction du moi et des autres objets, sans distinction de telle pensée, de telle sensation, de telle modification particulière. La sensibilité générale et continue, ou cœneslhésie, comme l'appellent les physiologistes, est le perpétuel retentissement de la vie et de l'organisme ; sur cette oase profonde et monotone viennent se superposer des sons formant des harmonies diverses et relevées : c'est seulement avec ces harmonies que commence l'intelligence proprement dite.
Outre la confusion de la conscience indistincte et obscure avec l'inconscience, une confusion non moins fréquente est celle de la conscience en générai avec ta conscience de soi.
La conscience de soi n'est que la forme la plus haute et la plus centralisée de la conscience réfléchie, qui elle-même est déjà distincte de la conscience spontanée et générale. Or, les lois du développement intellectuel amènent une certaine antithèse entre la conscience de soi et la conscience générale.. La première loi est que, plus s'accroît le nombre des sensib tions, sentiments, représentations de toute sorte, efforts, etc.i plus la conscience générale se développe. Ainsi l'être qui a la plus longue liste de sensations estaussi celui dontlaconscience générale a le plus d'étendue. La conscience de soi, au contraire, exige que la même sensation ou représentation se répète : elle suppose une sorte d'intégration d'éléments semblables, une organisation des ressemblances au sein des différences.
La seconde loi, qui n'est qu'une conséquence de l'autre, c'est que, plus les représentations sont différentes, plus la conscience de soi est obscure : le sujet conscient se perd alors dans la multitude incohérente de ses sensations; il est comme dans un rêve. Supposons que l'on fasse apparaître successivement à mes yeux les formes les plus dissemblableSj les couleurs les plus opposées, et qu'en même temps on emplisse mes oreilles de bruits disparates et discordants; ajoutez-y encore des coups sur la tête, des piqûres, des brûlures, etc., etc. Je ne pourrai songer à mon moi dans ce cauchemar.
Une troisième loi, qui dérive des précédentes, c'est que plus la conscience générale est énergique, plus la conscience