LE PROCESSUS ÀPFÉTITIF OU RÉFLEXE MENTAL
' Processus spontané des états de conscience : Vappétit. Description du réflexe
iD entai on appétitif. Son rapport avec le réflexe mécanique et avec le réflexe
II JE^ysiologique.
~ jP^iis les faits mentaux enveloppent les trois moments du réflexe appétitif, soit
^ Tétat latent, soit à Tétat clair. Indissolubilité de la sensation, de Témotion
t|^ et de la volition.
*^* Impossibilité de réduire les trois moments du processus mental à un seul, soit à IV ^^ sensation, soit à Témotion, soit à la volition.
^ - Ordre de développement des trois phases du processus mental : primauté de l'activité appétitive.
, Nous examinerons d'abord les états de conscience sous ^^Urs formes les plus spontanées et les plus primitives, tels qu'ils ^^ïit avant de s'être réfléchis sur eux-mêmes en idées pro- P^^ment dites. Quels sont 1* les éléments fonctionnels de tout ^^^t de conscience, et 2* le processus fondamental dont ils ^5^ïit les moments? Y a-t-il des idées sans émotion, des émo- ^\ons sans appétition, et enfin y a-t-il appétition sans mo- ^*on? Si la réponse est négative, nous aurons déjà montré ^Vie ridée ou, en général, l'action consciente dont elle est ^^e forme n'est pas un simple reflet sans efficace, mais ^Vi'en se pensant elle pense une réalité qui devient.
I. — La plus simple fonction de la vie mentale, fût-ce chez *e plus humble des animaux, ne peut pas ne point avoir trois moments distincts : 1* changement subi; 2* peine ou plaisir plus ou moins vague ; 3** changement produit par
LE RÉFLEXE MEMTAL t
ISUS APPÉTITIP.
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péactioD. Le premier raomenl, étant un changement apporté à l'état de conscience antérieur, si vague qu'il fût, est le début de ce qui sera plus tard sensation et, plus tard encore, perception. Le second moment, étant une émotion plus ou moins sourde à laquelle l'animal n'est pas indififé-J rent, — malaise ou aise rudimentaire, — est le germe d*' ce qui sera plus tard plaisir ou douleur, en un mot sentiment. Enfin, la réaction pour écarter le malaise ou prolonger l'aise est un changement interne qui tend à passer du dedans au dehors, comme une réponse de l'être vivant au changement qu'il a reçu; c'est le germe de l'impulsion, de l'appétition, de la volonté. ,
On pourrait appeler ce processus à trois moments le réflexd mental ou appétitif : — Sentir, être ému, réagir, — mais à If condition expresse de ne pas le confondre avec le réflexe physiologique. Le changement reçu du dehors (sensation) est suivi d'une complication et multiplication de changements qui retentit en peine ou en plaisir (émotion), selon l'harmonie ou le désaccord du changement subi avec la direction générale de la vie ; et ces deus premiers moments ne peuvent pas ne pas provoquer une réaction, un effort intérieur, qui se traduit par un changement transmis au dehors (motion) : la série de,"^ changements psychiques finit donc par être ré/lécAie, dg l'objet au sujet et du sujet à l'objet.
Dans les moindres parties des êtres vivants un exameï attentif découvre toujours l'irritabilité et la contractîlité, con*j séquemment le double pouvoir de recevoir du mouvemend et d'en transmettre. Mais ce qu'il importe de comprendrai c'est la part du centre nerveux, où le mouvement reçu si change en mouvement transmis. Ce centre nerveux n'est p*j
une sorte d'endroit neutre et de lieu vide, où les courants lU
feraient que passer. La réflexion même des courants n'est qu'un résultat dernier de ce qui s'est passé dans le centre nerveux : elle est l'effet final et visible de la réaction du centre. La part du centre nerveux consiste à emmagasiner du mouvement de ten&ion et à dégager du mouvement de translation dès qu'il est excité par un stimulus. Le mouvement, dans le centre, commence donc par s'emmagasiner, par y produire une tension et un équilibre provisoires ayant pour caractèra une extrême instabilité : c'est quelque chose d'analogue ! l'accumulation de l'électricité. Les Anglais appellent rélen tivité ce pouvoir de conserver et d emmagasiner la fow motrice; c'est le germe de toute habitude, de toute i
moire. Le centre nerveux, dès qu'il est excité, dégage du mouYcment, dépense une partie de la force motrice qu'il avait accumulée : son équilibre instable est rompu, sa tension devient mouvement de translation. Or, le mouvement ainsi dégagé n'est plus simplement celui qui s'était produit à la périphérie du nerf afférent : l'arc nerveux n'est pas un simple conducteur semblable à l'arc métallique dont on se sert pour transmettre une étincelle électrique; c'est un condensateur et un multiplicateur y comme les appareils à induction et la Lobine de Rumkhorf. Chaque partie de la matière nerveuse instable, durant le passage de l'onde de mouvenaent, ajoute au mouvement antérieur le mouvement dégagé pendant sa propre transformation. On a comparé ce phénomène à l'accumulation d'effets qui se produirait sur âes briques, délicatement équilibrées le long d'une base étroite, puis tombant successivement l'une sur l'autre : elles accroîtraient le mouvement par leurs chocs successifs. Ou encore, supposez le frottement d'une allumette qui Met le feu à une traînée de poudre aboutissant à une poudrière : ce léger frottement amènera une explosion ter^rible. L'excitation périphérique est analogue au frottenient, la traînée de poudre au nerf afférent, le centre nerveux à la poudrière^ où se dégage une immense quantité de force emmagasinée. Cette multiplication et complication des effets dans les réflexes nerveux a son corrélatif dans les Pi^ocessus de Tordre mental. La simple sensation auditive 4*Un mot injurieux peut aboutir à une explosion de fureur.
IL — Les faits de conscience, malgré leur complexité, n'en ^ont pas moins réductibles au processus élémentaire : sentir, ^tre ému^ réagir^ qui, en un seul mot, constitue ïappétit. Tous les faits de Tordre psychique, sans exception, offrent les trois moments dont nous venons de parler. Us se manifestent d'abord comme des modifications particulières de la conscience, comme des manières de sentir sui generis : choc, pression, chaleur, froid, odeur de rose, couleur bleue, saveur de miel, contact de velours, peine, plaisir, etc. Chaque état de conscience, le plus élevé comme le plus humble, Tadmiration esthétique comme la sensation de température, a sa forme propre, sa nuance indéfinissable et pourtant distinctive : c'est la façon dont il se fait sentir. L'idée la plus pure et la plus intellectuelle enveloppe elle-même, comme premier élément, un certain état de conscience qui est une manière de sen-
80 LE BÊPLIiXE MENTAL OU PROCESSUS APPÉTITIF.
tir, d'être modilié. Nos idées abstraites sont des symboloff:! d'images, dans lesquels une image simple et pour ainsi dire aiséraeot maniable, le son, devient un substitut d'autres images plus compliquées, plus lentes à évoquer; mais l'évocation de ces images reste toujours possible pendant nos pensées les plus abstraites, et elle est toujours h son début quand nous prononçons des mots. Ces images. à leur tour, viennent se résoudre en sensations. L'un ou l'autre des moments de tout processus mental peut être latent et comme sous-entendu, il n'est jamais absent. Parfois, dans la douleur ou le plaisir, nous ne saisissons pas la sensation ou les sensations excitatrices ; ainsi s'expliquent les tristesses sans cause apparente, les malaises indéHnîssables, la bonne oa la mauvaise bumeur ; mais ces sensations n'en existent pas moins à l'état confus. D'autres fois, nous croyons voir une idée délachée de tout sentiment et de tout vouloir, mais c'est encore une illusion ; sentiment et vouloir sont dans la
Eénombre, car on pense et on veut à tous les moments de L vie.
— On peut cependant, obj cetera- t-on, concevoir la repr^ sentation, par exemple celle d'un triangle ou d'un cercle, « sans y faire entrer 1 idée d'aucun plaisir, d'aucune peine, ni d'aucune volition (1). » — Nous répondrons qu'il faut se défier de cette méthode d'analyse idéale : plus logique que psychologique, elle s'applique aux apparences tranchées de la conscience adulte, non aux états primitifs. Descartes, par exemple, distinguait la pensée de l'étendue en montrant que l'idée de l'une n'entre pas comme élément dans l'idée de l'autre, dans sa définition, dans son essence. Or, quand même il serait certain qu'on ne retrouve pas un élément obscur d'exfensivite' dans toute pensée, même la plus pure en apparence (et nous avons vu plus haut le contraire), du moins retrouve-t-on la pensée dans l'étendue : imaginer une étendue sans aucun élément de sensation visuelle ou de sensation musculaire, ou A'ordre représentable de parties, c'est un problème insoluble. L'étendue n'existe pour notre esprit qu'en tant que représentée, et nous ne pouvons nous représenter une étendue sans aucun élément de représentation. PareUlement, un acte d'intelUgence sans émotion et sans appétition est une fiction toute logique : même dans la simple
(I) Voir M. Rabicr, Psychologie, p. Si.
LB RÉFLEXB MENTAL OU PROCESSUS ÂPPÉTITIF. 81
représentation d'un triangle ou d'un cercle, on retrouve un mouvement idéal de l'œil ou de la main, un dessin idéal, une série d'actions enveloppant des volitions. En outre, cette série d'actions a quelque chose de régulier, d'aisé, qui aboutit à nous faire saisir d'un même regard un ordre de positions successives; et cet acte de synthèse est inséparable d'un certain plaisir. Il y a un plaisir à vivre, donc à se mouvoir, donc à accomplir des mouvements circulaires, rectilignes, etc., c'est-à-dire plus ou moins ordonnés et faciles. Il y a même plaisir à accomplir des mouvements désordonnés, qui nous donnent le sentiment d'une vie et d'une volonté indépendantes, quoique ici le plaisir puisse aisément se changer en peine. Nous ne croyons donc pas qu'il soit possible, même au plus froid des géomètres, d'avoir des conceptions de figures sans aucun mélange de plaisirs ou de peines, et même sans éléments esthétiques. D'ailleurs, le géomètre ne raisonnerait pas sur des abstractions s'il n'y prenait intérêt et s'il ne voulait pas y appliquer son activité. ~ Cependant, dit-on encore avec Hamilton, ne pourraitil pas exister un esprit pur, en qui se réfléchirait l'univers, clair comme un théorème, « et qui à son absolu savoir allierait une impassibilité absolue (1). » — Fiction métaphysique. Vous établissez une séparation artificielle entre la conscience impassible des relations abstraites et la conscience des termes concrets que ces relations lient, — termes où se retrouve toujours, avec la réalité et la vie, Vactivité plus. ou moins favorisée, par conséquent la sensibilité plus ou moins satisfaite.
Inversement, est-il vrai qu'il y ait des émotions sans aucun rudiment de connaissance? — <( Je puis, dit-on, concevoir Uûe douleur, même très intense, qui ne serait accompagnée ^^ucune représentation ni de la cause agissante, ni même dô l'organe affecté. Je conçois plus aisément encore le plaisir ou la douleur sans un acte de volonté (2). » — Non, on ne P^ut concevoir une douleur, surtout intense, sans un effort sinaultané pour l'écarter, sans une activité qui tend immédiatement à repousser ce qui la gêne. Par cela même, il y a dans toute douleur la conscience plus ou moins ^^gue d'un conflit, d'une opposition, d'une dualité, de quelque chose d'autre que moi qui s'oppose à rhoi : c'est
W) Voir M. Rabier, Psychologie, p. 84.
(2) IL Rabier, Ibid.
IDÉBS-FORCES. 6
ce que les métaphysiciens nommeront le non-moi^ et il n'éclate nulle part mieux à la conscience que dans la douleur (1). En outre, je ne puis souffrir sans avoir au moins conscience spontanée de souffrir et même sans quelque «/^en^/on spontanée à cette souffrance. Enfin, comme ma douleur a une intensité et une qualité quelconque, un quale caractéristique (faim, soif, brûlure, etc.), il y a dans la conscience de cette souffrance un élément de représentation. Cet élément n'aura besoin, pour se dégager et être pensé à part, que d'un contraste entre la douleur présente et un état de bienêtre antérieur ou ultérieur. Les traits caractéristiques de la faim, par exemple, non comme souffrance en général, mais comme telle souffrance, rendue telle par telles sensations^ formeront alors contraste avec le plaisir de manger. Les deux images subsistant ensemble dans le souvenir s'opposeroi;it, et produiront la représentation proprement dite de telle douleur comme différente de tel état de bien-être : il y aura intelligence. On peut donc bien souffrir sans se représenter ni les c( causes » de la souffrance, ni « l'organe affecté », mais non sans avoir immédiatement présentée à la conscience sa souffrance même avec certaines sensations caractéristiques, et, quand elle est finie, sans se représenter sa relation avec un état tout différent de bien-être antérieur. C'est pourquoi il y a de l'intellection plus ou moins latente en toute émotion, comme il y a de l'émotion plus ou moins confuse en toute intellection.
Ceux qui établissent un contraste excessif entre Fémotion, la représentation et l'activité, dont une des principales formes est l'attention, aboutissent à cette conséquence curieuse que l'émotion et l'acte d'attention, n'étant pas des représentations, ne peuvent être connus d'une manière directe (2). — Nous admettons volontiers qu'un état purement subjectif ou un acte du sujet même ne peut être V objet d'une connaissance proprement dite, d'une représentation par laquelle nous poserions une chose devant notre imagination sous une certaine forme. L'imagination, d'ailleurs, est un résidu de sensations ; ce qui n'est pas tout entier réductible à des sensations ne peut donc devenir tout entier objet d'imagination. Néanmoins nous arrivons à distinguer intellectuelle-
(1) La doaleur est même le vrai moyen de dépasser ce qae les Anglais appellent le solipsisme^ c'est-à-dire la croyance à la réalité du seul moi.
(2) C'est l'opinion soutenue par James Ward, dans son magistral article de VEncyclopedia Britannica sur la Psychologie, 1886.
ment une émotion, état passif du sujet, d'avec un acte d'attention ou de volonté. S il n'y avait pas dans le plaisir et dans la douleur, même les plus vagues, un élément qualitatif et intellectuellement discernable, comment pourrions-nous nous en souvenir, opposer le plaisir à la douleur? De même, ne discernons-nous pas l'attention, l'effort volontaire, le désir, et non pas seulement dans leurs circonstances , dans leurs relations^ mais en eux-mêmes, en tant que fonctions et actions conscientes? On ne peut donc admettre de séparation entre les états de conscience : il y a de l'intellectuel dans l'émotion, de ïémotionnel dans l'intellection, de Vattention et de Vappétition dans toute émotion et dans toute intellection. Chaque état de conscience enveloppe du sentiment et tend à Vaction; la contemplation purement intellectuelle est un intermédiaire : l'efficacité, l'énergie, la force agissante, d'abord mentale, puis mécanique, voilà le terme et l'achèvement de tout état de conscience.
Ce qui fait croire à des divisions tranchées entre les divers moments du processus appétitif, c'est que les trois fonctions dont il se compose ont fini par avoir, chez les êtres supérieurs, des organes de plus en plus spécialisés. Si vous suspendez l'action de ces organes, vous suspendrez partiellement tantôt la sensibilité, tantôt la motricité, tantôt les fonctions intellectuelles. Mais cette différenciation des organes et des fonctions n'existe que chez les animaux supérieurs : elle est le résultat d'une longue évolution. Elle tient à ce que l'animal est en réalité un ensemble d'êtres vivants soudés les uns aux autres, un agrégat et une composition de « vivants », comme disait Leibniz. En d'autres termes, l'animal est une société, au sein de laquelle les fonctions se divisent. Ainsi, dans le myriapode, c'est la tête ou segment terminal qui dirige, voit, flaire, etc. ; mais tous les autres segments ont une vie propre au milieu de la vie collective : la preuve en est que, si on coupe l'animal en plusieurs parties, ces diverses parties continuent de sentir, de se mouvoir, de réagir sous les excitations externes. Chez les animaux supérieurs, il y a une distinction de plus en plus tranchée entre les fonctions de sensation, d'émotion et d'exécution volontaire. En même temps que l'évolution amène une union croissante entre les divers éléments de l'organisme, elle amène aussi une croissante spécification des fonctions. Ce que les économistes appellent la division du travail se retrouve dans les organes de l'animal, y compris l'organe général de la vie psychique : le cerveau.
8i LE RÉFLEXE MENTAL OU PROCESSUS APPÉTITIF. I
Aussi notre opinion sur les localisations cérébrales est-elle la synthèse de celles qui se partagent encore les esprits. B"une
fiart, nous admettons qu'il y a des éléments sensicifs dans tous es éléments idéationnets du cerveau ; en même temps nous admettons qu'il y a des éléments moteurs dans tous les éléments sensitifs et idéationnels. Chacune des cellules cérébrales renferme donc en germe et l'imïaAzViïe sensible, — d'oîi peut sortir plus tard la représentation intellectuelle, — et la motricité^ qui n'est que le pouvoir de réagir sous l'excitation du dehors. Mais ces diverses fonctions se sont développées d'une manière inégale dans les diverses cellules du cerveau. Au sein d'un même Etat, il y a des gens qui s'occupent surtout de pe7iser, d'autres de gouviirner, d'autres de travaille)- à la production des subsistances, etc.; chaque citoyen n'en est pas moins capable, pour sa part, de penser, de gouverner, etc. Dans le cerveau, des groupes de cellules se sont formés qui ont développé et perfectionné de plus en plus certaines aptitudes particuhères, que toutes les cellules contenaient en germe : de là une certaine localisation organique des fonctions; s'il est faux de ia nier, comme Flourens, il n'est pas moins faux de la pousser jusqu'à une séparation absolue, comme Gall et Spurzheim.
III. — Nous avons reconnu que les trois moments du processus appétitif sont inséparables ; sont-ils en même temps irréductibles, ou peuvent-ils se ramener, soit à la seule sensation, soit à la seule émotion, soit à la seule volition? — Examinons d'abord si, comme élément de la conscience, on peut se contenter de la sensation seule, et si on peut y réduire d'abord i'appétition, puis le plaîsh- ou la douleur.
La sensation est un changement d'état de conscience ; elle implique physiologiquement une excitation, elleimplique psychologiquement une modification. L'excitation est une décharge nerveuse, un passage de la force potentielle à l'énergie actueUe, du mouvement de tension au mouvement de translation; la sensation présuppose donc, au point de vue physiologique, de la force emmagasinée, du mouvement emmagasiné. Au point de vue psychologique, la sensation enveloppe toujours résistance et choc, elle manifeste un conflit ou un concours, un rapport d'action et de réaction ; s'il en est ainsi, le se^itir ou le pâtir présuppose déjà Vagir, sous une forme quelconque. Là où il n'y aurait aucune impulsion préalable, aucune organisation fonctionnant, aucune vie ayant sa direc-
tion intérieure, aucun sourd appétit j Texcitation externe ne rencontrerait qu'un être absolument indifférent; le changement apporté du dehors ne deviendrait pas changement interne y changement de conscience. La modification qui constitue la sensation n'est donc pas absolument primitive : elle détermine la direction de l'appétit et de la vie, mais, en tant que changement passif ou sensation pure, elle ne peut ellemême rendre compte de ce qu'il y a d'agissant, de mouvant, de luttant chez l'être animé. Le combat même pour la vie implique autre chose que des tables rases ou de la pure réceptivité.
La sensation, en tant que modification passive, ne peut davantage expliquer le plaisir ou la douleur, qui présupposent une direction antérieure et un effort de l'être vivant, tantôt favorisé, tantôt contrarié. Il y a d'ailleurs dans le plaisir et dans la peine un élément original, qui n'est plus une simple modification superficielle de qualité ou d'intensité, mais
Quelque chose de plus profond et de plus général, impliquant éjà une réaction de 1 être entier sous l'excitation favorable ou contraire.
C'est en étendant et généralisant outre mesure la signification du mot sensation qu'on y a fait rentrer tous les phénomènes de conscience. La sensation devient alors le feeling des Anglais, une manière d'être quelconque, un état ou une action quelconque. Il n'est pas étonnant alors que la sensation suffise à tout, puisqu'on a eu soin d'y mettre tout d'avance. On fait, par exemple, du plaisir et de la douleur un simple ton de la sensation : c'est se tirer d'affaire par une métaphore^ et par une métaphore inexacte. Le plaisir et la douleur ne sont point, comme la sensation, l'effet absolument immédiat de l'action extérieure : ils supposent une diffusion consécutive de l'excitation, qui finit par intéresser plus ou moins l'être tout entier dans sa vie même ; ils supposent ainsi une première réaction de l'être sensible, aboutissant à ce changement de direction, à ce mouvement intérieur qu'on appelle émotion^ motus animi. Le seul effet premier de l'action externe, — par exemple d'une coupure, — est une certaine modification passive, un changement dans l'état de conscience antérieur, une différence dans la manière d'être, ime façon particulière de pâtir ; c'est seulement cette modification immédiate, c'est ce changement d'état que nous devons appeler sensation pure. Jamais, d'ailleiu*s, ce premier changement ne manque d'en entraîner d'autres à sa suite^
,ul-
de >lue laa-
et ces chaDgemeots ultérieurs sont toujours des peiiue^^^ ou des plaisirs plus ou moins vagues; mais la peine et
I le plaisir n'en constituent pas moins déjà une réponse de
l' l'être vivant à la sensation; c'est le second moment du réflexe appétitif, ce n'en est plus le premier. Nous reje-
I tons donc des sensations pures et primaires, abstraitement considérées comme telles, la prétendue tonalité du plaisir ou de la douleur. De même, on a voulu faire de rimpul^,. siou ou appétition un ensemble de sensations à forme activft qui suivent des sensations à forme passive; mais c'est W encore réduire à un simple accident formel une différence e6- ^ sentielle. C'est trancber du môme coup le problème ultime de la psychologie : celui de l'activité ou de la passivité absolue des êtres conscients. Nous avons le droit, au début de l'analyse psychologique, d'écarter ce qui n'est qu'hypothèse, et dt^a
, maintenir jusqu'à nouvel ordre les trois moments distinct
' quoique non séparés, du processus appétitif.
A plus forte raison ne saurait-on réduire, comme le I l'école de Herbart, tout le contenu de la conscience à des représentations, qui sont elles-mêmes un développement des sensations. Selon un des psychologues contemporains de l'Autricbe, Brentano, « état mental:= représentation » , et, comme la représentation consiste dans le rapport avec un objet, ce n'est plus seulement l'intelligence qui est objective, la sensibilité l'est aussi, et aussi la volonté. Les sentiments de plaisir et ée peine, dit Brentano, non moins que les états intellectuels et les'désirSj se rapportent à quelque chose; ils ont, pour emprunter la langue des scolastiques, « une existence intentionnelle »; c'est même là ce qui constitue le caractère distinctif du mental par rapport au physique : — « Tout phénomène mental se rapporte à un objet ; en dehors, il n'existe rien de semblable. » — Cette théorie est l'exagération d'une vérité. Selon nous, la représentation implique avant soi une modification quelconque capable de représenter, c'estrà-dire d'être rapportée à une cause, à un objet; le rap-
Sort du sujet à l'objet suppose donc que le subjectif existe 'abord sans ce rapport explicite : avant que le miroir vivant conçoive l'objet qa'it reflète, il faut bien qu'il sente tout d'abord !e reflet sous forme d'une modification. Par cons^~ quent, c'est la modification quelconque qui est primitive, : la représentation. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a un côté i
frésentatif possible dans tout état de conscience. D'abor(. état de conscience peut se présenter lui-même à lui-mêmaj
LE Réflexe: mental ou processus âppétitif. 87
se réfléchir sur soi. De plus, par une opération ultérieure, il peut aussi être rapporté à une cause, à un antécédent, à un objet; mais c'est là, encore une fois, une fonction dérivée, qui suppose un terme antérieurement donné, soit action, soit passion, que nous rapportons ensuite à une cause. Dans Tétat total dont nous avons conscience, nous extrayons certaines qualités, ou plutôt certains rapports, pour les projeter hors de nous et en faire la représentation d'objets extérieurs ; mais cette image objective est une esquisse, un linéament, un contour dont l'intérieur est sentant^ jouissant^ pensant^ désirant : c'est la rive du ruisseau où coule l'appétit. Nous plaçons donc les appétitions de Leibniz sous les perceptions. Au lieu de dire avec lui que l'appétition est le passage incessant dune perception à une autre, nous disons que la perception est un rapport et une forme d'appétitions ; elle est la fixation plus ou moins durable d'appétitions toujours mouvantes. On est allé encore plus loin que Herbart dans l'intellectualisme; on a cherché parmi les opérations logiques la plus élevée, pour en faire (sous une forme, il est vrai, inconsciente) l'acte essentiel de la vie mentale. La sensation, a dit Wundt autrefois, se réduit, pour l'analyse physique^ à une somme de mouvements dans le cerveau et les nerfs; elle se réduit, pour l'analyse mentale, à une somme d'affirmations ou de raisonnements : les derniers éléments de la connaissance sont donc, quant à la matière, des faits mécaniques, quant à la forme, des jugements logiques. — Ce sont là les derniers éléments de la connaissance^ oui peut-être; mais la connaissance n'épuise pas la conscience entière, encore moins la réalité et l'existence. Peut-on admettre que le fond des choses soit le mouvement, — un rapport, — et le raisonnement, — autre rapport? — Jouir et souffrir, agir et pâtir, n'est-ce point là quelque chose de plus fondamental? Ce *< panlogisme » nous semble prendre le dehors et l'abstrait pour le dedans et le concret; le mouvement n'est qu'un changement de relations tout extérieures, et la logique ne roule paiement que sur les relations des choses. Aussi le mécanisme et la logique sont-ils essentiellement hypothétiques^ c'est-àûire qu'ils présupposent des termes donnés. Si A est, il est A; SI A = B, si B = C, alors A = C ; mais qu'est-ce que ^> B, C ? C'est ce qui reste toujours à savoir. La vie mentale ^^ peut se réduire entièrement au logique, et toute vie est ^n elle-même fort indifférente à la logique abstraite. Concluons que le primordial ne peut être ni le raisonne"
ment logique, ni la représentation, La pensée proprement
représentative est de la conscience subtilisée qui arrive à saisir les changements les plus délicats, même quand les états entre lesquels ont lieu ces changements ont perdu leur vivacité agréable ou pénible; la pointe des plaisirs ou des peines est émoussée, et la pensée les effleure en passant avec rapidité de l'un à l'autre, sans enfoncer. Aussi voit-elle moins les choses mêmes que leurs rapports de succession et de simultanéité. On peut appliquer à la connaissance, à la science des rapports et des lois, ce qu'on observe sur la rétine quand il y a une alternative de dépense et de réparation nerveuses. Regardez pendant longtemps un objet où la lumière et l'ombre sont en un vif contraste, si ensuite vous regardez l'ombre, vous verrez de la lumière; si vous regardez la lumière, vous verrez de l'ombre : vous pourrez ainsi avoir d'un objet une « image négative», c'est-à-dire une image où les parties lumineuses
Îiaraissent en noir et les parties noires en blanc. Les physioogistes expliquent ce fait en disant que les nerfs qui avaient d'abord fourni la sensation de la couleur vive, se trouvant émsussés, vibrent moins et donnent une sensation faible, tandis que l'inverse a lieu pour les nerfs qui ont donné la sensation de la couleur sombre. Une loi analogue s'applique à la pensée et à la science : on peut dire qu'elle est une image négative, dans laquelle ce qui était d'abord tout lumineux de sensibilité, de vie et de désir, a pris la teinte de l'indifférence ; au contraire, les rapports et les contours des choses y ressortent en pleine lumière et frappent presque exclusivement la conscience. La connaissance, ne saisissant que des relations, demeure toujours plus ou moins superficielle : circum prœcordia ludit; l'appétit, au sens le plus général de ce mot, est la vraie caractéristique de l'existence mentale, et peut-être de toute existence. ~
Maintenant, passons à un autre essai de réduction à l'unil Les plaisirs et les douleurs sont-ils les seuls faits élémentaires? Epuisent-ils, comme tels, le contenu de la conscience, et peut-on y réduire les fonctions intellectuelles ou appétitives? Cette théorie, soutenue par Horwicz en Allemagne et Barratt en Angleterre, est unfe nouvelle exagération. On ne saurait prétendre que toute qualité soit uniquement un mode de plaisir ou de douleur, une simple affection du sujet en tant que jouissant ou souffrant. Par exemple, il y a bien dans le bleu ou dans le rouge des plaisirs et des
Seines élémentaires, mais la teinte propre et caractéristique u bleu comme tel, du rouge, de la lumière, du son, n'est pas de la jouissance ou de la soufeance. Allons plus loin, le bleu fût-il un composé de plaisirs complexes et subtilement combinés, encore y aurait-il entre ce composé et d'autres composés différents une distinction de qualité qui ne serait plus proprement la jouissance même, mais un certain état de conscience opposable à d'autres, objet d un discernement. Qualités et relations^ tels sont précisément les deux objets propres de l'intelligence, non pas créés par elle, mais dégagés des états concrets où ils se trouvent. La qualité est l'oBjet de la sensation, la relation est l'objet de la pensée : l'une a rapport à l'intuition^ l'autre à l' entendement^ pour parler le langage de Kant. Sans doute, à mesure que nous descendons dans l'échelle des être sentants, les éléments qualitatifs et surtout relationnels des sensations deviennent de moins en moins nombreux, de moins en moins complexes et définis; mais l'amibe elle-même est-elle affectée d'une manière identique par les changements de température ou de pression extérieure et par les changements dans ses fluides internes? Nous pensons qu'il est difficile de l'admettre (1). Toujours est-il que, quand l'amibe éprouve le bien-être d'une nutrition suffisante et le malaise d'une nutrition insuffisante, il y a encore entre le plus vague bien-être et le plus vague malaise un contraste de qualité^ une différence de manière d'être ou de sentir ; et c'est là l'élément primordial de la représentation. La plus simple forme de la vie psychique enveloppe donc non seulement du plaisir ou de la douleur, mais des affections discernables par leur qualité, c'est-à-dire des sensations, dont le plaisir et la peine sont des suites; et ces sensations, nous l'avons vu, peuvent devenir représentations lorsque, le plaisir et la peine s'émoussant, il ne reste dans le souvenir qu'une forme affaiblie, une esquisse où le côté affectif est réduit au minimum, tandis que le côté qualitatif et relationnel se dégage.
Enfin, une dernière réduction à l'unité consisterait à faire à^làvolition seule le tout de la conscience. Mais nous ne pouvons vouloir à vide, sans un objet ; cet objet nous est toujours révélé par la sensation, et son rapport à notre volonté nous est toujours manifesté par le sentiment pénible ou agréable. La loi
(i) Voir sur ce point James Ward, .ibid.
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du réflexe mental, avec ses trois moments, est donc la loi mêi de la ■volontéj qui, devenue consciente, relie d'un indissolul lien ces trois termes : motif, mobile, détermination. Point détermination sans un motif; car, s'il ne s'introduisait auci changement dans l'état actuel de ma volonté, ma volonté continuerait de vouloir ce qu'elle voulait et n'aurait aucune raison de changer elle-même ; c'est pourquoi 1! y a toujours une sensation ou une représentation quelconque comme excitant du vouloir. Mais le changement de sensation n'est jamais absolument indifférent, le motif ne va jamais sans quelque mobile, sans quelque sentiment qui révèle à la volonté un concoura ou un obstacle. Enfin, le mobile n'existe jamais sans réaction quelconque de la volonté, qui accepte ou refuse i' nouveau qu'elle sent. D'une part, donc, tout motif about.,. à un vouloir, par le moyen terme du mobile; d'antre part, nous ne pouvons saisir en nous «ne volition gui ne soit pas précédée d'un mobile et d'un motif, d'un sentiment et d'une représentation, si obscurs ou confus qu'ils puissent être ; \X,, nous est aussi impossible de vouloir sans motif et sans i bile qu'à un corps de transmettre du mouvement sans mouvement antérieur, qui a provoqué en lui un déga; ment de force vive. Le processus mental est donc un terminisme où le motif, le mobile et la volition sont reliél par une loi constante.
On peut donner au processus mental le plus élémentaire la forme logique du raisonnement, non pour l'identifier avec une sorte de « raisonnement inconscient », mais pour faire comprendre l'harmonie de l'ordre logique et de l'ordre psychologique. Il y a, comme Aristote l'avait déjà dit, un syllogisme de l'action. Selon nous, les trois termes sontlestrois moments de la sensation, du sentiment, de la volition : — Telle sensation est ou a été suivie de tel sentiment agréable; je veuAl tel sentiment agréable ; donc je veux telie sensation (:" " ' réflexe purement mécanique ne nous montre la transmissi du mouvement que sous l'aspect d'une causalité aveugle , réflexe mental nous montre la transmission du changemei sous le double aspect d'une causalité plus ou moins conscient et d'une finalité plus ou moins consciente.
rv. — 11 suffira de résumer les considérations précédente»! pour déterminer dans quel ordre chronologique et surtoiil
psychologique se sont développées et difiérenciées les diverses phases du réflexe appétitif.
L'évolution commence par ce qui est le plus rudimentaire et le moins distinct, soit au pomt de vue physiologique, soit au point de vue psychologique : la nature va du simple au complexe. Or, nous savons que les perceptions représentatives, en ce qu'elles ont de tranché, — comme celles du tact, du goût, de l'odorat, de l'ouïe, de la vue, — supposent des organes distincts et annoncent un degré supérieur de l'évolution. Aussi Tintelligence proprement dite, avec ses fonctions de perception, de jugement, de raisonnement, s'estelle montrée la dernière dans l'évolution des êtres et des espèces, et elle n'a été d'abord qu'un auxiliaire de la sensibilité. L'animal n'a pas commencé par voir sa proie ou son ennemi : la vision est un raffinement ultérieur de l'organisme, comme l'ouïe, comme les sens aujourd'hui les plus intellectuels. Ces sens supérieurs, qui agissent à distance, ont pour but de remplacer la sensation immédiate et l'émotion de plaisir ou de douleur que l'animal éprouverait, soit au contact de sa nourriture, soit au contact de ce qui le blesse ou le déchire. Si l'animal voit sa proie, ce n'est pas pour une contemplation platonique, c'est pour l'atteindre et la manger : on peut dire qu'il la mange par les yeux avant de la manger avec sa bouche ; on peut dire aussi qu'il fuit son ennemi par les yeux avant de le fuir par un mouvement de tout son corps. Les perceptions supérieures sont pour lui comme des formules de mouvements appétitifs, soit vers un objet, soit à l'opposé d'un objet ; et ces mouvements mêmes sont des formules de sensations possibles, ainsi que d'émotions agréables ou désagréables. Au plus bas degré, il suffit à l'être vivant, pour conserver son existence, de sentir un changement et d'éprouver un plaisir ou une douleur sourde, qui l'avertissent par le fait de son harmonie ou de son désaccord avec les conditions extérieures d'existence. La sensibilité à la nourriture, à la chaleur et au choc, voilà l'essentiel pour un être élémentaire qui n'a besoin que d'absorber sa nourriture, d'entretenir une certaine chaleur utile, d'éviter les chocs extérieurs trop violents. En outre, dans ces sensations de nutrition, de chaleur et de choc, c'est l'élément affectif ou émotionnel qui domine, c'est-à-dire le
f^laisir et la peine; enfin, de cette émotion est inséparable 'impulsion motrice, germe de la volonté.
Lappétition et l'émotion, qui sont le sujet même, ont donc un caractère plus fondamental et plus primordial que
la représentation objective. Aussi l'appétition et rémotion sont-elles ce qui disparaît en dernier lieu de la conscience. Quand on s'endort au milieu de quelque grande souffrance physique ou morale, on finit par ne plus rien çenser, par ne plus rien percevoir du dehors, par ne plus rien vouloir d'extérieur; mais la douleur occupe encore la conscience : elle reste et veille la dernière. On a vaguement conscience de souffrir, et c'est tout. Cela tient sans doute à ce que rémotion douloureuse n'a besoin, pour être fixée, d'aucune perception externe , d'aucune représentation , d'aucune unage^ d'aucun signe ; elle n'implique rien que ne puisse envelopper la conscience la plus élémentaire et la plus pauvre, elle n'a besoin que d'un sourd appétit contrarié et vaincu. La sensation, comme changement conscient, comme entrée de quelque chose dans la conscience, comme point de rencontre et limite commune du subjectif et de l'objectif, n'existe plus alors que sous une forme effacée. L'être est tout entier à son état subjectif, contre lequel il ne réagit même que confusément, comme en un songe lourd et pénible. Puis, l'adaptation se faisant à la longue, la peine elle-même, en tant que travail et lutte, disparaît, et on retombe dans une sorte de vie végétative oii ne subsiste plufe que Yappétit obscur, l'effort confus sans lequel disparaîtrait la vie même. L'état le plus indistinct et le plus rudimentaire que nous puissions nous représenter est donc une activité sourde enveloppant un malaise vague ou un vague bien-être, et où le côté intellectuel n'est pas encore dégagé du côté émotionnel.