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L'ACTIVITÉ MENTALE

comme objet coloré et mouvant, ne constituent d'ailleurs ni sa vraie existence à lui-même, ni sa vraie activité. Les mouvements moléculaires du cerveau, des nerfs et des muscles sont, nous l'avons vu, de simples signes perceptuels, des modes de représentation qui, comme tels, ne produisent réellement ni le corps même ni les actions corporelles. La réalité apparente du corps, c'est-à-dire sa forme et son mouvement, n'est donc point sa réalité sous-jacente.

Faut-il se figurer la réalité sous-jacente comme un tertium qidd qui serait, non seulement extra-physique, mais encore extra-psychique? — Ce tertium quid^ cette réalité extra-consciente que l'on suppose seule douée d'activité, est elle-même une construction dont tous les éléments sont empruntés à notre conscience, y compris l'idée à'activite. Si nous n'avions vraiment aucune expérience de l'agir, agir ne serait plus qu'un mot, un symbole de pures relations entre des éléments inactifs, et l'activité extra-consciente ne serait plus elle-même qu'un fantôme. On dit : — Vous acquérez la notion d'activité en subissant l'action que d'autres êtres, par exemple d'autres hommes, exercent sur vos sens. — Mais me sentir passivement modifié ne m'apprendra pas l'existence d'une activité autre que la mienne, si je n'ai préalablement aucune expérience d'activité et d'activité mienne. Si je ne distingue pas le mouvement de mon bras, quand il est voulu par moi, du mouvement de mon bras contraint, je n'attribuerai jamais ce dernier à une action, à une volonté étrangère. C'est donc dans notre conscience seule que nous prenons l'idée et le type d'une action causale, c'est dans la tension de la volonté, suivie de détente et de déploiement, que nous trouvons notre expérience de l'agir, sans laquelle, encore une fois, ce mot ne serait plus quun terme abstrait dénué de sens. En aucun cas il n'est logique de dépouiller les faits de conscience de toute efficace pour admettre ailleurs une efficace dont nous n'avons plus alors aucun exemple connu, et surtout pour attribuer cette efficace à un troisième terme non moins inconnuy non moins inconnaissable; on aura beau prétendre que ce terme est tout en dehors de notre conscience, nous répéterons que notre conscience seule le pose, sans que l'on comprenne où elle en a pu prendre les éléments constitutifs.

Dès lors, il ne nous reste d'autre alternative que d'attribuer l'activité au contenu de la conscience. En fait, c'est parce que nous accordons à notre volonté une part quelconque dans

nos mouvements corporels que nous interprétons les mou- ■vements extérieurs, surtout ceux des êtres animés, par une volonté plus ou moins analogue à la nôtre. — Mais précisément, objecte-t-on, \ous n'avez point l'expérience d'une réelle efficace de votre volonté. Vous voyez seulement le mouvement suivre ou accompagner telle volition, mais vous ne voyez pas comment votre volition meut. Nous répondrons qu'il faut distinguer le mouvement tel qu'il e&t perçu, et lii mouvement s'exéciUant. Le mouvement, tel qu'il est perçu, est une simple représentation dans la conscience, un simple fragment du contenu total de la conscience; la volition ne produit pas directement et ne peut pas se voir produire le mouvement perçu. Mais, s'il n'y a pas action transitive de la volition sur la perception de mouvement, qui n'est qu'une sorte de choc en retour, il peut y avoir influence de la volition sur le mouvement s'effectuant, action immanente par laquelle la volition est elle-même processus moteur, identité profonde du désir et de l'agir, du vouloir et du mouvoir. Kn saisissant le vouloir, nous saisirions ainsi le réeiàe la motion même, son actuation.Enfait, le mouvement n't&l pas d'un côté et l'appétition de Tautre, comme deux courants divers qui tantôt se sépareraient, tantôt viendraient se réunir par accident ; il y a un seul et même courant, un seul et même changement qui a lieu dans le temps et qui, par cela même qu'il n'est pas solitaire, mais aidé ou iavorisé par d'autres changements simultanés, finit par prendre pour nous la forme de Vétendue. On a donc tort de couper artificiellement notre être en deux portions : 1° une conscience avec son contenu, 2° un corps supposé tout à part de cette conscience. D'un côté, mon corps ne m'est connu que comme fragment du contenu total de ma conscience, comme ensemole de signes perceptifs, parmi les- 3uels, au premier rang, sont les mouvements ; d'autre part, ans la réalité, mon existence corporelle et mon existence psychique ne sont ni séparées ni séparables. La volition et la motion sont donc un même processus, considéré ici du point de vue de la conscience, là du point de vue de la

{lerceptiou. La volition sans motion est un abstrait, mais a motion sans volition est également un ahstrait, un simple signe pour la perception. Dans l'expérience intérieure, je me vois voulant, agissant, et agissant sur un milieu qui résiste; je me vois, en un mot, faisant eff'ort contre quelque chose; or, c'est là une volition concrète, une

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volition-motion à son premier stade, dont les mouvements figurés dans l'espace sont une répercussion ultérieure.

II. — Le mental, avec son aotîvité constante, se retrouve sous tous nos changements d'état physiologiques; il y a seulement, comme nous l'avons fait voir dans le cours de cet ouvrage, des cas où le mental sous-jacent aux changements de l'organisme retentit dans le cerveau et dans la conscience cérébrale; d'autres cas où il reste confiné dans la moelle, probablement sous forme de sensations rudimentaires et cellulaires, qui sont Tétat fluide de la sensation au lieu de son état solide; d'autres cas, enfin, où il est presque latent et endormi dans les molécules ou atomes. En étendant l'induction, nous avons admis quelque chose d'analogue aux rudiments du mental sous tous les phénomènes, même inorganiques et dès le début de l'évolution. On ne peut, philosophiquement, se figurer les mouvements atomiques que comme enveloppant euxmêmes des changements dont notre conscience est l'élévation à un ton plus haut, à une clarté supérieure. Le physique est l'ensemble des sensations de résistance actuelles ou possibles qui dérivent de la mutuelle action d'énergies essentiellement internes; il est pour la conscience un mode de sensation très élémentaire, très général, qui se retrouve toujours sous les modes plus élevés, et qui doit correspondre, dans les choses mêmes, à quelque sourd appétit. C'est la même action réciproque des choses qui est saisie tantôt comme expérience mentale, et tantôt, dans une autre partie de ses facteurs, comme mouvement physique ; et il n'y a pas là, nous l'avons montré (1), deux aspects parallèles, mais une même série de faits diversement groupés, une même évolution réelle, dont c'est le mécanisme qui est un aspect. Cet aspect est extrait de l'ensemble par la spécialisation du moyen d'appréhension, qui est le S€7is : il est détaché du tout comme fragment pouvant se substituer au lout, de même qu'une formule algébrique subit les transformations et manipulations à la place des objets réels dans lesquels on finit par la retraduire (2). L'expérience interne est donc la plus complète, parce qu'elle nous fournit un supplément au mécanisme des faits externes : elle nous montre des processus non plus simplement pro-

(1) Voir chapitre précédent.

(2) Voir plus haut, ièid.

duits et tout faits, mais en traiii de se faire^ ayant le sentiment de leur propre activité et de leur direction propre. Si toute appétition est, dans la réalité, un processus moteur en même temps que sensitif (et vice versa)^ nous pouvons conclure que toute appétition t^i force ^ énergie, au sens philosophique de ces mots. Désirer et sentir, c'est mesurer par la conscience, sous la forme d'une mesure concrète et non abstraite, un rapport de forces. L'arc vivant sent sa tension et Ténergie avec laquelle il se détend pour lancer la flèche : le vrai mouvement radical est son changement appétitif ; le mouvement à travers l'étendue qu'il se représente est la figuration, dans le cadre mental de 1 espace, du rapport qui existe entre le changement interne et les changements externes dont il rencontre le concours ou l'opposition. Nous sentons toujours notre énergie en synergie ou en conflit avec d'autres énergies. La force mécanique mise en liberté par Tinnervation et que, dans notre vie intérieure, nous expérimentons comme impulsion de l'appétit, n'est distincte que phénoménalementy non en sa nature ultime, de cette impulsion même de l'appétit. L'appétit n'est donc pas seulement le signe du processus moteur, mais un de ses facteurs constituants dans la réalité, et probablement son facteur dominant. Dès lors, bien loin que les phénomènes vitaux et mentaux soient un simple résultat accidentel et un accompagnement ultérieur du mécanisme évolutif, ce sont au contraire, comme nous venons de le dire, les phénomènes mécaniques qui ne deviennent philosophiquement compréhensibles que par des facteurs ultra-mécaniques. Si tout mouvement local est objectif, toute force agissante est subjective, mentale, plus que locale. L'explication la plus radicale des mouvements et de l'universelle évolution est, selon nous, la tendance à réaliser le maximum de bien-être avec le minimum de peine. En un mot, l'activité réelle est dans le processus mental, qui, enveloppant toujours à un degré plus ou moins grand quelque conscience de soi et quelque perception des limites qu'il rencontre, enveloppe par cela même une représentation possible, une idée possible, où se posent l'un devant l'autre le sujet et l'objet. L'idée est la conscience claire de la force et de ses rapports avec les autres forces ; eUe en est la forme supérieure, à la fois intellectuelle et impulsive : elle est vraiment idée-force,

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