PROBLÈME DES ÉTATS MENTAUX INCONSCIENTS
les sensations en éléments qui échappent à la conscience et qui seraient cependant « mentaux. » Même courant d'idées en Angleterre. Hamilton et ses partisans expliquent la plupart des faits intérieurs et même extérieurs par la pensée inconsciente ou par les modifications latentes de l'esprit. D'autre part beaucoup de physiologistes, principalement Laycock et Carpenter, ont donné à la théorie une forme plus matérialiste ; en même temps, ils ont désigné le phénomène sous le nom de cérébration inconsciente. Maudsley admet que la conscience saisit simplement les résultats généraux, souvent grossiers, d'un travail accompli au-dessous d'elle par l'automatisme cérébral. On a fait, selon lui, trop de cas de la conscience dans le passé : au lieu d'être le soleil autour duquel gravitent tous les phénomènes intérieurs, elle n'est tout au plus qu'un satellite ; ou plutôt « elle se borne à indiquer ce qui se passe au lieu- de produire les événements. » Pour Maudsley, l'inconscient n'est plus, comme pour M. de Hartmann, un principe spirituel d'un caractère mystique : il s'est réduit en un mécanisme tout matériel (1).
La conscience n'est-étte donc qu'un accident inerte dans la nature, ou existe-t-elle et agit-elle au fond même des choses? Telle est la question capitale qui revient toujours, sur laquelle se sont séparés et se séparent encore idéalistes et matérialistes. De notre temps, cette question a pris une forme plus psychologique et même physiologique : avant de spéculer sur l'essence des choses, on comprend la nécessité de faire d'abord en nous la part de la conscience et de l'inconscience : aussi peut-on dire que le grand problème de l'activité inconsciente domine la psychologie contemporaine. « Je me suis cherché moi-même, » disait Heraclite en résumant sa vie entière, et il ajoutait avec mélancolie : « Je ne me suis point trouvé. » A notre époque, nous nous cherchons encore. L'ancienne psychologie croyait atteindre du premier coup le fond de notre être par la conscience : <c Je pense, je me pense, ckxnc je suis. » La tentation actuelle des psychologues est de croire que la pensée avec ses idées est une simple forme, une surface brillante sous laquelle se dérobe un fond toujours obscur, matière selon les. uns, esprit inconscient selon les autres, qui seul dure pourtant, qui seul agit, qui seul est.
Deux hypothèses sont ici possibles. Ou le sentiment et la conscience nç sont qu'une condensation, une complication de
i. Telle semble être aussi l'opinion d< M. Ri bot.
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choses réellement insensibles et inconscientes, comme les atomes bruts d'Epicure ; ou, au contraire, l'inconscient est lui-môme une diffusion primitive, un faible commencement de la sensibilité et de l'intelligence, comme les nébuleuses renferment déjà la chaleur et la lumière, qui plus tard se concentreront en soleils. À un esprit inattentif ces deux hypothèses peuvent paraître équivalentes, mais elles diffèrent en ce que, dans l'une, le mental est simplementuneformeetun accident du physique, tandis que dans l'autre il est le fond, conséquemment un facteur, une force capable d'arriver par Vidée à se connaître et à se diriger elle-même.
Les preuves en faveur des états mentaux inconscients, comme éléments des états conscients, se subdivisent en deux groupes : d'abord les preuves tirées de l'observation, directe ou indirecte ; puis les preuves tirées du raisonnement.
— Une observation attentive, dit-on, peut amener au jour de la conscience directe des états ou des actes qui étaient d'abord « inconscients ». Dans la sphère intérieure et sombre du moi, au moment où elle semble vide de sentiments, de pensées et d'actes, projetez un rayon d'attention, comme dans une chambre obscure un faisceau de lumière ; vous verrez se mouvoir en vous un monde de petits sentiments ou de petites perceptions, semblables aux atomes de poussière qui deviennent visibles dans le rayon de soleil. Regardez attentivement en vous-même, au moment où vous semblez dans un état neutre d'indifférence et d'équilibre : tout d'abord vous n'apercevez rien de distinct ; puis, peu à peu, quelque chose se détache et se laisse entrevoir : c'est un mouvement instinctif, un geste involontaire, un sentiment confus, un sourd malaise dans quelqu'un de vos organes, qui va croissant et s'accusant à mesure qu'on y réfléchit, comme ces douleurs que les malades trop attentifs à leur mal finissent par découvrir en euxmêmes: à force de s'écouter, ils s'entendent toujours. Pendant Îue vous prêtez ainsi l'oreille aux voix intérieures, les voix du ehors s'efiacent dans la proportion où les premières s'accusent : vous n'entendez plus le bruit de la rue, vous n'entendez plus la conversation qui 6e fait près de vous, vous ne voyez plus les objets qui vous environnent; ou plutôt vous entendez toujours, vous voyez toujours, mais, semble-t-il, sans en prendre conscience. Et la preuve que vous avez entendu, c'est qu'une parole prononcée tout à l'heure pourra tout d'un coup vous revenir à l'esprit. Voulez-vous faire l'expérience inverse ;