L'APPÉTIT COMME ORIGINE DE L'HABITUDE
Enfin, si la liaison des mouvements avec les impressions sensibles est encore imparfaite et laisse place à la conscience, elle constitue alors l'appétit, le désir, l'action volontaire et intelligente. La vie intelligente ne serait ainsi^ d'après Spencer, que l'instinct encore imparfaitement organisé, un automatisme qui doit sa conscience à sa lenteur, comme une machine que ses frottements mêmes rendraient lumineuse.
Cette nouvelle application de la doctrine mécaniste nous amène à nous poser ce problème fondamental : — Est-il vrai que ce soit le mouvement réflexe et purement automatique qui explique l'habitude, l'instinct et le désir? N'est-ce point au contraire le désir, ou du moins l'appétit, qui est la commune origine de l'habitude, de l'instinct et de cette action réflexe qu'on nous présente aujourd'hui comme l'explication unique et suffisante de toute la vie mentale? Dans cette seconde hypothèse, l'évolution n'aurait plus pour point de départ un automatisme brut, pas plus chez les animaux que chez Tliomme : son vrai point de départ serait une impulsion ayant un fond mental en même temps que des lois mécaniques, une idée virtuelle ou actuelle. C'est là une conséquence dont on pressent toute l'importance non seulement pour la psychologie, mais pour la théorie générale de l'univers^ puisqu'il s'agit de savoir si le ressort primitif est un mécanisme exclusivement matériel ou une force d'ordre mental.