PORTÉE DE LA CONSCIENCE
diatement en rapport avec lui-même ; il a la conscience spontanée. L'école anglaise, en commençant l'étude de la conscience par le côté intellectuel, a commencé par la fin. C'est ce qui fait que Spencer a pu répéter après Hobbes : « Une conscience uniforme est une absence totale de conscience. » Selon nous, c'est la conscience intellectuelle qui est ainsi relative. On pense des relations, et des relations plus ou moins abstraites, par exemple une différence ou une ressemblance entre le froid et le chaud, entre un degré de chaleur et un autre , etc. ; penser, c'est juger et conséquemment comparer ; sentir, ce n'est pas nécessairement comparer.
Une troisième forme de la théorie, la plus radicale, est la dernière ressource des partisans de la relativité : « La sensation, disent- ils, est elle-même quelque chose de relatif : nous ne sentons point un contenu véritable et absolu, mais seulement des relations, des différences, des formes, des changements. » C'est ce qu'on a voulu conclure de la loi de Fechner, sous prétexte que, pour être sentis, une pression, une lumière, un son doivent atteindre un certain degré de différence par rapport à la pression, à la lumière, au son antérieurs.
Ce système retombe dans la même erreur que les précédents et confond les conditions objectives de la sensation avec ses conditions subjectives. Objectivement, tout état présent, comme le plaisir de manger, est lui-même un changement par rapport à quelque état passé, tel que la faim ; mais, pour sentir cet état en lui-même et actuellement, il n'est pas besoin de se rappeler ce qui a précédé, ni de penser au changement ou à la relation des deux états. Si je perdais la mémoire entre la faim et sa satisfaction, la nourriture ne cesserait pas dem'être présentement agréable. «Dans la sensation, objecte M. Ribot, nous n'avons aucune mesure pour des grandeurs absolues, » ce qui est vrai ; mais M. Ribot en conclut immédiatement que « percevoir deux sensations, c'est en réalité percevoir une différence entre deux sensations (1) », par conséquent un rapport. La conclusion n'est pas contenue dans les prémisses et elle aboutit à une impossibilité : on ne compose pas des sensations avec des différences de sensations, pas plus qu'on ne compose un trésor réel avec des différences entre des nombres. Le sentiment de la différence et du rapport implique le sentiment antécédent ou simultané des termes, car ce n'est pas la différence qui fait les termes, ce sont les termes qui font la différence.