‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 55 sur 164 · IhlOSlMIURC · texte numérisé non relu

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Certains médecins ont préconisé la médication phosphorée chez les scrofuleux, non pas le phosphure de zinc, qui a joui d’une certaine vogue dans le traitement des affections de la moelle épinière, mais une préparation faite par l’incorporation, dans l’huile de foie de morue, de phosphore blanc en nature.

Cette méthode de traitement fut mise en vogue, il y a douze ans environ, par un médecin fort connu de Vienne, le Ü‘’ Monti, qui publia une statistique de 2000 cas, dans lesquels les malades, généralement des enfants, s’étaient trouvés fort améliorés par l’emploi d’huile de foie de morue contenant 1 gramme de phosphore pour 1000 grammes d’huile. 11 n’avait jamais constaté d’accidents.

Quelques années plus tard, un jeune enfant présentant des symptômes d’intoxication phosjihorée est amené dans le -service du D'’ Legroux, à l’hôpital Trousseau. L’analyse, faite par l’interne en pharmacie, révéla la présence de phosphore dans les viscères, et le 1)’’ Legroux consigna ces laits dans un rapport. Je fus commis avec M. Ogier par le parquet, pour faire les recherches nécessaires concernant la mort de cet enfant. Voici quel fut le résultat de notre enquête.

L’enfant, sujet scrofuleux, était bien mort intoxiqué par le phosphore. 11 était soigné dans un dispensaire privé du quartier de Ménilmontant, fondé par un médecin, ancien interne des hôpitaux, qui donnait des consultations gratuites et fournissait même lesmédicaments aux personnes pauvres qui réclamaicnl ses soins. Beaucoup d’enfants scroluleux

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lui étaient amenés, et il les soignait d’après la méthode du D' Monli. Le pharmacien chargé de préparer l’huile phobphorée en avait légèrement modifié la formule. 11 n avait pas fait la solution dans la proportion d’un gramme de phosphore par litre d'huile de foie de morue; mais, comme le litre pèse moins de 1000 grammes, craignant de faire une préparation toxique, il n'avait incorporé à l’huile que 60 centigrammes de phosphore par litre, ce qui donne une solution moins active que celle employée par Monti.

L’enfant qui avait été transporté à l'hôpital Trousseau et était mort intoxiqué, avait absorbé, en cinq jours, 10 milligrammes de substance active.

Les médecins qui ont ordonné l’huile phospliorée ont eu grand tort d’oublier ce fait, qui est classique en thérapeutique et se trouve déjà dans le livre de l’rousseau et Pidoux, à savoir que le phosphore, bien supporté au début, peut

être la cause d'accidents subits d’intoxication, môme sans qu’à un moment donné la dose ait été augmentée. Dans les autopsies consécutives à des empoisonnements de ce genie, on trouve les lésions de 1 intoxication chronique, dégénérescence graisseuse du foie, des reins, des muscles et particulièrement du muscle cardiaque, qui, ne pouvant se produire subitement, prouvent bien que les premiers désordres ont débuté quelques jours avant le moment ofi le malade succombe.

Dans ce cas, Messieurs, M. Legroux avait eu le tort — il l’a reconnu et en a exprimé ses regrets à l’audience — de se laisser entraîner par son diagnostic et de ne pas avoir cherché àconnaître la cause de cet empoisomiement, avant de rédiger son rapport. Pour nous, plus rompu aux choses de la médecine légale, il était certain, môme l’enfaut étant mort des suites du traitement, que le médecin n’avait pas engagé sa responsabilité ; il se trouvait couvert

et par une série de cures dans lesquelles il n avait observé aucun symptôme inquiétant, et par l’opinion du D'’ Monti, qui occupe une situation considérable parmi les médecins

de Vienne et qui, sur 2000 cas, n’avait reconnu aucun inconvénient à l’administration de ce médicament.

L atlaire vint devant le tribunal, qui eut ([uelque peine à admettre nos conclusions, mais finit par accorder l’acquittement.

Un fait analogue vient de se passer en Normandie. Un médecin ayant à soigner un jeune homme scrofuleux, lui prescrivit l’huile phosphorée. Ce jeune homme guérit fort bien ou au moins fut considérablement amélioré. Son frère étant, lui aussi, scrofuleux, le médecin, à l’infirmerie du collège, prescrivit oralement : une cuillerée à bouche d’huile phosphorée. Il fit ce que nous faisons tous à l’hôpital : nous indiquons une première fois les doses, puis, quand le médicament est en usage journalier, nous ne les répétons pas à l’occasion de chaque prescription.

Par malheur, cette prescription fut exécutée chez un pharmacien autre que celui qui avait pi'éparé le médicament pour le frère aîné; celui-ci, après avoir cherché inutilement dans le Codex la formule de l’huile phosphorée, prépara une huile contenant i gramme de phosphore pour 1000 grammes de véhicule. Lejeune homme prit ce médicament et mourut au bout de cinq ou six jours, après avoir pris une cuillerée à soupe d’huile par jour. L’expertise fut faite et l’affaire est encoi-e pendante devant les tribunaux.

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