‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 87 sur 164 · Décès de l'enfant So... — Déposition de la mère · texte numérisé non relu

Décès de l'enfant So... — Déposition de la mère

Ma mère a fait vacciner ma lille Marguerite, âgée de deux ans et demi, le J 3 mars, vers 10 heures du malin, à Asprières, par M. A..,; l’enfant était bien robuste. Dans la soirée, l’enfant est sortie environ cinq minutes. La température s’était un peu refroidie. Le même soir, vers 7 heures, elle me dit de la prendre sur les genoux, qu’elle était fatiguée. Un moment après, elle vomit d’abord du pain et à plusieurs autres reprises des glaires. Dans la nuit, elle fut très agitée, elle eut une diarrhée très forte. La petite mourut vers 9 heures du malin. Lorsque la petite fut morte, la physionomie changea un peu; sur le cou, sur les bras et sur les jambes, il y avait des taches violacées.

ü. Décès (le l'enfant Gr... — Déposition de la mère :

J’ai fait vacciner mon lils le 13 mars dernier, vers 11 heures du matin, c’est-à-dire à peu près des derniers, par M. le D'’ A.... il était âgé de trois ans et demi et fort robuste. Ce jour-là, la (empérature était froide. Mon fils était bien couvert et il est soiti dans la journée comme d’habitude. Vers 11 heures de la nuit, il eut des envies de vomir sans y parvenir. Dans la même nuit, il eut une forte diarrhée, deux fois. Dans la journée, il fut très abattu. Il eut quelques convulsions et mourut à 4 heures. Après sa mort, tout son corps, à l’exception des bras et de la ligure, devint noir.

K\ !•’ E Cl ■ 1 0 N s VACCINALES.

lin résumé, que les enfants soient morts ou aient guéri, les accidents ont présenté une remarquable similitude dans leur évolution et dans le moment de leur apparition (1).

L’age des vaccinés qui ont succombé varie de cinq mois H trois ans. 11 est assez singulier de constater que ce ne sont pas les enfants les plus jeunes qui sont morts. Les accidents ont apparu de la quatrième heure à la seizième, le plus souvent neuf à dix heures après la vaccination. Les symptômes ont été : la fièvre chez tous, paraissant au plus tard dix-huit heures après f inoculation ; chez ceux qui ont guéri, elle a duré de deux à quatre jours; les vomissements, puis la diarrhée, chez presque tous et des convulsions chez quelques-uns. Les enfants ont succombé quatre en vingt-quatre heures environ, l’un aurait survécu quarantecinq heures (Cr..., le premier vacciné).

Les enfants qui ont guéri ont eu des phénomènes locaux ne ressemblant en rien à ceux qui suivent la vaccination. Chez tous, dès le pi-emier jour, une rougeur intense, large comme une pièce de cinquante centimes ou de cinq centimes, entoure les piqûres vaccinales. Une liqueur séreuse ou séro-purulente succède à la piqûre dès le premier jour, au plus lard le troisième. La cicatrisation est lente. Chez tous, une éruption impétigineuse locale et généralisée succède à rinoculation.

Rien ne ressemble, dans cette description, aux phénomènes qui sont la conséquence d’une vaccination légitime.

11 résulte de cet exposé que, dès la troisième transmission , la Aacciuen a pas suivi son évolution normale, cjue les vaccinifères ont eu des éruptions qui permettent de douter que les vaccinateurs aient réellement transmis du vaccin aux entants qu ils ont inoculés. La série des accidents a été s aggravant à chaque nouvelle transmission pour aboutir au désastre du 13 mars 1885.

Ces accidents n’ont de comparables que ceux de la septi-

(1,! Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène de France et des actes officiels de l’Administration sanitaire, 188G, p. 9.

P. Buouardel. — Exercice de la inéd. 21

cémie aiguë. Ils iront d’analogie en pathologie humaine que la piqûre anatomique, lorsque quelque écorchure ou plaie permet l’inoculation de pus provenant de malades ayant succombé à des affections septiques, à la péritonite puerpérale, par exemple. En ce cas, les phénomènes éclatent dans toute leur intensité, sans qu’il soit nécessaire que des transmissions successives des germes septiques interviennent. Par conséquent, on ne peut à priori affirmer que la petite Cl..., seule vaccinifère utilisée par le D’’ .A..., n’ait pas, seule, pu avoir dans ses boutons le germe de cette maladie infectieuse; mais, en groupant les faits, il semble que, de génération en génération, la virulence déjà notée à la troisième transmission ait pris chaque fois une nouvelle intensité, et on ne peut écarter cette seconde hypothèse que le germe virulent ait été, en quelque sorte, cultivé pendant les trois transmissions successives.

Cette question n’est pas résolue, mais, au point de vue des précautions à prendre, on doit tenir le fait pour possible.

Assurément le vaccin fourni par M. Chambon était bon. En effet, il a pratiqué lui-même, en prenant du vaccin directement sur la même génisse, 40 vaccinations et 121 revaccinations, sans avoir à noter le moindre accident. Le vaccinifère a également fourni du vaccin aux médecins du bureau de bienfaisance des P*’ et VP arrondissements; de plus, 106 tubes de vaccin ont été fournis à divers médecins qui n’ont observé aucun phénomène anormal.

Au cours de l’expertise, nous avons relevé les points suivants ;

Pour nous, la première erreur a probablemenl été commise le 7 mars, lorsque M. le D'' C... a pris pour vaccinifères les enfants Vi... et Br... Rappelons que chez la petite Vi..., la fièvre est survenue le quatrième jour, qu’elle a eu une persistance plus grande que de coutume, que les pustules auraient paru soixante-douze heures après l’inoculation ; que chez la fille Br. .., les pustules avaient paru quarantehuit heures après l’inoculation; qu’une autre vaccinée de

INFECTIONS VACCINALES.

cette série, mais celle-ci n’a pas servi de vaccinifère, De..., avait eu un phlegmon du bras.

Ür, lorsque le 7 mars le D" C... a vacciné les petites Cl... et Be..., avec du vaccin pris sur les petites Yi... et Br..., il reconnaît lui-même que le vaccin lui a paru bien avancé dans son évolution et il a puisé le vaccin dans des pustules qui avaient été ouvertes la veille.

11 semble bien probable que les petites Yi... et Br... avaient eu une éruption de fausse vaccine, et que le Ü‘' C... a transmis aux enfants Cl... et Be... tout autre chose qu’un vaccin légitime. Nous devons ajouter que les travaux récents doivent faire proscrire de se servir des pustules ouvertes la veille.

Les petites Cl... et Be... n’ont pas eu davantage un vaccin légitime : chez rime, les boutons ont paru le soir même ou le lendemain; chez l’autre, la bêvre éclata le soir même, l’évolution de l’éruption a été très rapide. C’est cette dernière qui a servi de vaccinifère au D'’ A.... Ces enfants ont donc eu une vaccine irrégulière, une fausse vaccine.

Il est fâcheux que le D‘’ A... n’ait pas remarqué ces irrégularités et se soit servi d’un liquide qui n’était que du faux vaccin.

Mais en admettant que nos appréciations soient exactes, que MM. les D'’* C. et A... aient fait une erreur de diagnostic, ils pouvaient, d’après l’expérience acquise pendant un siècle, redouter, non pas des accidents mettant la vie des enfants en danger, mais un insuccès vaccinal sans gravité pour la vie des vaccinés.

Yoici quelles furent les conclusions de notre rapport en réponse aux questions posées par M. le juge d’instruction.

1° L’examen du tube dans lequel du vaccin animal a été adressé par M. Chambon à M. le C..., de Montbazens, ne peut plus nous apprendre si le vaccin contenu dans ce tube était ou n'était pas de bonne qualité. Le contact de l’air altère le vaccin trop rapidement pour que les expériences

LA. RESPONSABILITE DU MEDECIN

leiilées deux mois a[)rès rouverlure du lube puissent fournir des résultats utiles.

Les phénomènes cpii ont suivi la vaccination pratiquée à Asprières, et notamment la mort de (> enfants survenue quelques heures après rinoculation du vaccin, ne peuvent être attribués au vaccin animal. La seule inoculation pratiquée avec luià la petite Cr... a donné lieu aune éruption vaccinale légitime. Le vaccin pris sur la petite Cr... et inoculé à 20 enfants n’a provoqué chez eux le développement d aucun phénomène anormal.

11 semble probable que, dès la troisième transmission, des irrégularités se sont produites dans 1 évolution du vaccin; il en a été de même lors de la quatrième transmission. On peut regretter que MM. les D’’® C... et A... liaient pas écarté les vaccinifères, chez lesquels l’éruption vaccinale n’avait pas été absolument normale, mais il faut ajouter que leur pratique a été conforme à celle d un grand nombre de médecins; que, jusqu’à ce jour, aucun accident grave n’en avait été la suite; que ces docteurs ne pouvaient donc supposer que l’inoculation, pratiquée dans de telles conditions, aurait des conséquences sérieuses pour les vaccinés; qu’en un mot ils n’ont pas commis une faute grave.

3° La responsabilité de MM. Couderc et Cbamboii doit être écartée. Celle de MM. C... et A... n’est pas démontrée. D’après les renseignements fournis, il semble probable que ces deux derniers ont commis une erreur de diagnostic, qu’ils ont pris de la fausse vaccine pour de la vaccine légitime. La réalité de cette erreur ne pourrait être démontrée que par la revaccination des enfants de la troisième, de la quatrième et de la cinquième série, et si cette erreur a été faite, elle l’a été tant de fois, sans qu’aucun accident en ait été la conséquence, cjne le fait n’est pas même pré\ u dans les instructions rédigées par 1 .Xcadémie de médecint.

Il semblerait donc excessif de les rendre responsables d’un événement qui ne s’était jamais produit et qu ils ne pouvaient prévoir.

ALIENATION MENTALE.

4° La cause réelle des accidents survenus à Asprières n’est plus actuellement scientifiquement démontrable; ou ne peut essayer d’interpréter les faits qu’eu faisant appel aux découvertes les plus récentes de la science. Ce désastre sera un enseignement pour tous; il appartient à 1 Académie d’en déduire les conséquences et de formuler les règles qui permettront d’en éviter le retour.

Quelques médecins ont signalé d’antres dangers. Cairdner (1) a publié un cas dans lequel la Upre aurait été communiquée par la vaccination.

La possii)ilité de la transmission de la luberculose par la vaccination a provoqué de nombreuses expérimentations. Yerneuil (2) et Besnier (3) la croient possible; Chauveau (4) et Büllinger (3) la tiennent pour improbable. Straus (6) a en vain recherché le bacille de la tuberculose dans la lymphe vaccinale d’individus manifestement tuberculeux. Straus et Josserand (7) ont inoculé cette lymphe dans la chambre antérieure de l'œil du lapin et dans le péritoine de cobayes sans aucun succès.

Ce ne sont là que des l'ésultats négatifs. Ils peuvent être démentis par un seul fait positif. Mais, grâce à la vaccination animale, on peut considérer ce danger comme écarté.

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