OPÉRATIONS. — OCULISTES
l'opération du redressement. Étant donné le degré du strabisme et l’amaurose de l’œil droit, il pratiqua la fénotomie et l'avancement musculaire sur l'œil dévié et le simple avancement sur l’autre.
Six jours après l'opération, le Dr L..…. retira les fils des deux yeux. On pratiqua des lavages antiseptiques avec du sublimé à 1 p. 8000, et, le lendemain, on remplaça le pansement par des lunettes coquilles fermées.
Deux jours après, l'assistant du D' L..… constata dans l'œil gauche le début d’un abcès de la cornée, dans le segment supérieur de cette membrane. Il est à remarquer qu’à ce moment la guérison de l'opération était normalement accomplie, les muscles s'étant attachés au globe oculaire par première intention, et que l'opération n'avait aucunement porté sur le point atteint de suppuration.
Le D' L... institua le traitement rationnel, pratiqua des cautérisations au galvanocautère et, cinq jours plus tard, les progrès de l'infection étaient arrêtés. On put éviter la hernie de l'iris et la luxation du cristallin, pendant l’organisation de la cicatrice, et la malade, au bout de quarante-six jours, quitta la clinique. Les yeux étaient à ce moment entièrement redressés ; l’œil gauche pouvait distinguer les gros objets et les mouvements de la main dans tous les segments du champ visuel. La vision devait, du reste, s'améliorer par la suile, par la formation d’une papille artificielle en rapport avec le segment de la cornée qui avait pu être ménagé.
Le mari de la malade engagea des poursuites contre le D' L... pour les motifs suivants : d’après lui, sa femme avait été opérée par surprise, attendu que si, avant l'opération, on l’avait prévenue, elle s’y serait refusée; en second lieu, il accusait le médecin d’avoir institué un traitement qui n’était pas rationnel; car, disait le mari dans sa plainte, il avait « acquis Ja certitude que, pour opérer un œil du strabisme, il n’est pas nécessaire d'opérer l’autre œil »; enfin, il faisait remarquer que le D' L... avait prouvé
qu'il avait commis une faute, en donnant à sa femme des secours pécuniaires pendant son séjour à sa clinique.
Le Procureur de la République me demanda une consultation à ce sujet. |
Après avoir pris connaissance du dossier, et avoir demandé quelques éclaircissements au D' L... et à son assistant, je fus convaincu que la plainte était en tous points mal fondée. La malade n'avait pas été opérée par surprise, puisque c’est elle-même qui demandait à être débarrassée d’une infirmité qui l'exposait aux plaisanteries de ses camarades d’atelier. L'opération, qui, dans un cas de strabisme aussiaccentué, doit forcément porter sur les deux yeux, avait été pratiquée avec tous les soins d’antisepsie et d’asepsie désirables, puisque aucun des points sur lesquels avait porté l'opération n'avait suppuré. Enfin, si le D' L... avait donné des secours à la malade, c'était simplement par bonté, pour lui venir en aide pendant le temps qu'elle élait obligée de passer à sa clinique où, du reste, elle était soignée gratuitement.
Au cours de mon enquête, il me fut démontré que l'infection provenait bien du fait de la malade, qui était atteinte de blennorragie, et non du fait de l'opérateur. Je rédigeai ma réponse dans ce sens, et le juge rendit une ordonnance de non-lieu.
Cette affaire a eu une suite assez imprévue : quelques jours après, le D' L... reçut la visite du beau-frère du plaignant, qui vint lui faire des excuses, disant qu'il n'avait appris qu'après le dépôt de la plainte les impruadences commises par sa belle-sœur et qui avaient déterminé sa maladie; il ajouta que la malade était très heureuse de l'opération qu'elle avait subie et que la vision de l'œil malade s'était très sensiblement améliorée.
Les oculistes peuvent être également poursuivis à la suite de l'application de certains médicaments. Les clients attribuent volontiers les accidents non à la maladie, mais à la médicalion.