‹ l` exercice de la medecineChapitre 29 sur 188 · MALADIES ÉVITABLES. — FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

MALADIES ÉVITABLES. — FIÈVRE TYPHOÏDE

entre autres MM. Hardy, Peter, Léon Colin, s’opposèrent à ce que l'eau fût mentionnée comme cause possible de l'épidémie qui sévissait à Toulon et Marseille.

Messieurs, c’est à partir de 1886 que l’on commença à admettre la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par l’eau. En cette année, une terrible épidémie ravagea la ville de Pierrefonds (1), cette épidémie n'avait, somme loule, rien de plus extraordinaire que les épidémies de Chaumont, en 1854, et bien d’autres depuis ; cependant, ce qui obligea en quelque sorte le monde médical el scienlifique à ouvrir les yeux, c'est la place occupée dans le monde par les personnes qui furent atteintes : c'est à la suite de cette épidémie que M. Fernet, eut la douleur de perdre trois de ses filles ; la quatrième ayant eu la fièvre typhoïde deux ans auparavant resta indemne; M. Fernet, lui-même, et sa femme en furent atteints, mais moins gravement. Or M. Fernet est secrétaire-rédacteur à l’Académie des sciences; l’un de ses frères est médecin des hôpitaux. Au cours de la même épidémie, un grand nombre d'officiers ou de familles d'officiers furent atteints par le fléau. La mort de tant de personnes connues du public obligea, en quelque sorte, à faire une enquête sérieuse, qui amena à reconnaitre que l'épidémie avait pris naissance par suite de la contamination de la nappe d’eau souterraine servant à l’alimentation de la ville de Pierrefonds, par un commis voyageur convalescent de fièvre typhoïde.

Certaines villes, où les épidémies de fièvre typhoïde étaient les plus fréquentes, ont vu leur situation s'améliorer d'une façon indubitable à la suite d’adduction d’eau de source. Ainsi à Rennes, de 1875 à 1882, la mortalité causée par la fièvre typhoïde dans l’armée fut de 53 décès, en moyenne, chaque année pour 10 000 soldats; à la suile du changement d’eau, celle mortalité tomba, entre les années 1882 à 1893, à deux. À Angoulême l’eau d’alimenta-

(1) Brouardel, Enquéle sur une épidémie qui a régné à Pierrefonds en août el seplembre 1886 (Ann. d'hyg., t. XVI, p. 97),

tion était prise à l'embouchure de la Touvre, dans la Charente ; de 1875 à 1888 la mortalité par fièvre typhoïde fut, en moyenne, de 80 pour 10 000 soldats; à cette époque, on capta l'eau de la même rivière à sa source, et la morta- Mté, de 1890 à 1893, s’abai-sa à 2 décès pour 10000.

Des conditions particulières peuvent, en certains points d'une ville, créer non pas des épidémies véritables, mais des foyers d'endémie qui deviennent parfois le noyau d'une épidémie. À

En voici un exemple; il précise bien les difficultés auxquelles on se heurte :

Le 27 décembre 1884, le maire de Caen, apprenant qu’autour d’un puits absorbant placé dans le quartier Saint- Jullien, il s'était formé un foyer de fièvre typhoïde, ordonne la suppression de cette bétoire.

Le propriétaire refuse d'exécuter la mesure prescrite; il est acquitté par le Tribunal de simple police, et la Cour de cassation, le 25 juillet 1885, confirme cet acquittement, parce que la loi de 1884 a chargé les maires de prévenir, : par des précautions convenables, les accidents et les fléaux, les maladies épidémiques et conlagieuses, mais ne les a pas autorisés à déterminer eux-mêmes la nature et l'importance des travaux qui doivent êlre effectués.

L'affaire se poursuivait en même temps devant le Con- seil d'État; le 7 mai 1886, celui-ci, dans son arrêt, déclarait que le maire de Caen n'avait pas excédé la limite de ses pouvoirs.

L'arrêté du maire, légal pour le conseil d'État, est illégal pour la Cour de cassation. Aussi, non seulement le puits absorbant n’a pas été fermé, mais on en a creusé d'autres.

Entre temps la municipalité de Caen fit distribuer de l’eau de source dans la ville. A la suite de ce changement, la fièvre typhoïde diminua dans de très fortes proportions, sauf en un point, dans une caserne. L'autorité sanitaire, justement émue, ordonna une enquête, qui fut confiée à MM. Ogier et Léon Colin. Ils arrivèrent à trouver l'endroit :

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