Quels ont été les résultats obtenus
Messieurs, on a fort critiqué la déclaration des maladies conlagieuses; des personneséminentes, instruites, maisétrangères à la médecine, nous ontsouventrépété que nos efforisen vue de la préservation des maladies étaient inutiles, et que si un individu ne mourait pas d’une maladie infectieuse, il était appelé à mourir d'une autre maladie. La réponse est facile : on meurt moins; je vous ai déjà dit qu’un de mes collègues d’une société savante, membre du Conseil d’administration des pompes funèbres, m'avait affirmé que les soins hygiéniques et la pratique de la prophylaxie avaient retiré aux pompes funèbres de Paris 12000 cadavres en deux ans. Nous pouvons invoquer d’autres preuves indirectes. D’après les chiffres publiés au Journal officiel du 10 janvier 1897, l'impôt sur les successions avait donné: en 1895, une somme de 194328 000 francs ; en 1896, ce même impôt n’a plus fourni que 181987000 francs. C’est donc une moins-
value de 12341000 francs due à la diminution du nombre des décès. Vous avouerez que c’est un résultat déjà fort appréciable, surtout si vous voulez bien vous souvenir que ce n'est qu'à partir de 188% que le Comité d'hygiène s'est occupé de cette question.
Je puis encore vous citer, comme preuve des résultats obtenus, la moyenne des cas de décès causés par les maladies infectieuses. Il y a sept ans, à Paris, les maladies infectieuses causaient le douzième du nombre total des décès. Actuellement, elles n’en causent plus qu’un vingt-septième. La différence est énorme, elle peut encore devenir plus considérable. Le rôle du médecin est tout indiqué, à moins, comme le disait Le Fort à l’Académie de médecine, qu'il ne veuille se rendre « complice d'homicide ».
Voyons maintenant les résultats obtenus pratiquement pour empêcher ou pour enrayer les épidémies. Lors des épi démies de choléra d'Espagne et d'Italie, aucune propagation ne s’est faite de ces pays en France. Quelles furent les précautions prises? On plaça aux points de pénétration des étuves à désinfection, afin de désinfecter le linge de corps des voyageurs avant leur entrée en France; de plus, un médecin inspecteur était chargé de les examiner. Messieurs, on se moqua beaucoup, non pas seulement en France, de ces médecins chargés de constater, sur la simple mine, si un individu avait ou n'avait pas de bacilles du choléra dans son intestin. On eut tort.
Sûrement ils ne pouvaient faire un diagnostic ferme, cependant il leur fut possible d'interdire l'entrée en France à des individus suspects. Comment? D'abord, lors del’examen médical, une personne qui ressent des malaises ne se comporte pas, sachant précisément qu’on la recherche, comme une personne bien portante; en second lieu, les voisins de compartiment, peu rassurés de voyager avec une personne qui a eu des vomissements ou qui a présenté de violentes coliques durant une partie du trajet, dénoncent. volontiers leur compagnon de route ; enfin, la visite une fois passée, le
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médecin faisant le tour du buffet, voit les personnes qui mangent de bon appétit el celles qui, au contraire, ne prennent qu'une lasse de thé ou un bouillon, et encore à contre-cœur. Au cours de leur mission, ces médecins n’ont pas défendu l'entrée de la France à un grand nombre de voyageurs, ils en ont peut-être arrêté 50 ou 60, mais il n'y a pas eu de germesinfectieux introduits; lerésultat cherché a été obtenu.
Mais, direz-vous, cette surveillance était relativement facile, attendu que, pour pénétrer d'Italie ou d'Espagne en France, il est nécessaire de passer, soit par le chemin de fer, soit par un petit nombre de routes carrossables; en est t-il de même quand nous avons à nous défendre du choléra venant d'Allemagne, ou mieux encore de Belgique? Dans la région du nord-est, en effet, la frontière n’est qu'une limite fictive, une ligne qui peut être facilement franchie en tous ses points. Dans le département du Nord, on peut évaluer à 10000 le nombre des ouvriers qui, chaque matin, viennent de Belgique en France et, le soir, traversent à nouveu la frontière, une fois leur journée de travail terminée.
Dans ce cas, je n’oserais pas affirmer que nous arriverons à un résullat aussi favorable que sur la frontière espagnole, mais les mesures prises ont réussi pendant l'épidémie de Belgique et d'Allemagne de 1892; elles ont fait leurs preuves, il nous faut nous en contenter, en attendant mieux.
Au début de l'épidémie de suette du Poitou, en 1887, on ne désinfectait que les linges souillés apportés dans les deux hôpitaux qui possédaient des étuves; avec d'aussi faib'es moyens de défense, on ne pouvait agir que dans un rayon fort restreint, alors que trois départements étaient atteints. Envoyé en mission dans cette région, je reconnus quil me serait impossible d'enrayer cette épidémie avec des ressources aussi restreintes; je revins à Paris et, en quelques jours, je fis construire des étuves mobiles, qu'il était facile de transporter d’un foyer à un autre. Quand les paysans virent leurs matelas de plumes placés dans l'étuve, “ls commencèrent par maudire l'hygiène etses conséquences,
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