SUSCEPTIBILITÉS, SPÉCIALES
tion de cette potion. Le pharmacien, ou plutôt l'élève en pharmacie qui l'exécuta lut chlorhydrate de morphine, au
Lieu de chlorhydrate d'ammoniaque, et, trouvant la dose
excessive, sans en référer au médecin, il n’en fit entrér dans la solution que 5 centigrammes. Chlorhydrate d'ammoniaque ne ressemble guère à chlorhydrate de morphine, cependant la confusion était fort possible, car aucun des experts, M. G. Pouchet, M. Laugier et moi, ne fut capable de lire, sur l'ordonnance originale, le mot ammoniaque ; on pouvait lire tout ce que l’on voulait, et M. Gobert, expert en écriture, auquel une photographie de cette ordonnance fut présentée, fut dans l'impossibilité absolue de déchiffrer le mot ammoniaque.
L'enfant prit trois cuillerées de cette potion, la première à une heure, la seconde à quatre heures, la troisième à cinq heures. Dès la première cuillerée, il eut des accidents d'intoxication, et, malgré les soins qui lui furent prodigués, il mourut vers deux heures du matin, onze heures environ après l'administration de la première cuillerée de la potion.
Une discussion s’engagea, afin de savoir si la mort de l'enfant, qui dans ce cas ne pouvait être attribuée à la maladie, avait été le résultat d’une intoxication par le tartre stibié ou par la morphine. Pour moi, le doute n'était pas permis, la morphine devait être incriminée ; c’est du reste ce que nous avons dit dans les conclusions de notre rapport (1). L'affaire se termina par la condamnation du médecin et du pharmacien.
Cette question de l’empoisonnement des enfants par des doses excessives d'opium ou de ses dérivés est tellement importante, que je vous citerai encore le cas suivant: un médecin, visitant une enfant de seize mois et demi atteinte de rougeole avec complications pulmonaires, fit les pres-
criptions suivantes :
. (1) P. Brouardel, G. Pouchet et M. Laugier, Empoisonnenent d'un
enfant par le chlorhydate de morphine. Rapports médico-léqaux (Annales d'hygiène et de médecine légale, 1896, t. XXXVI, p. 193).
{9 Sirop d’ipéca..... RU A OC ‘040 ET Poudre d'ipéca........... Mrs ochert 50 centigr.
Donner une cuillerée à café toutes les cinq minutes, jusqu'à effet vomitif.
20 Toutes les heures une cuillerée à café de la potion suivante :
Alcoolature de racine d’aconit...... XII gouttes. Teinture de belladone......... sb 2% X = Siroprde COdéIne ere ro LOC Sirop de fleurs d’oranger........... 40 —
Eau, detilleul Eee 40 —
Chaque cuillerée à café contenait donc : un peu plus d'une demi-goutte d’alcoolature d’aconit, une demi-goutte de teinture de belladone et trois quarts de gramme de sirop de codéine.
L'enfant prit environ douze cuillerées de cette potion et, le lendemain, le médecin appela en consultation un confrère, qui trouva l'enfant endormie et constata l'existence d’une bronchite capillaire. L'enfant mourut et des poursuites furent engagées. Chargé de faire un rapport, je conclus que la dose de codéine était trop considérable, mais qu'il était impossible de savoir si la mort avait été causée par l'intoxication par la codéine ou simplement par la bronchite capillaire intense que présentait le pelit malade au cours de sa rougeole, complication excessivement grave chez un enfant de seize mois. L'affaire n'eut pas de suites à cause de ce doute, qui, suivant la règle, est au bénéfice de la personne poursuivie.
En terminant cette question de doses excessives chez les enfants, je vous citerai le cas d'un pharmacien qui, par erreur, délivra, pour un enfant âgé de neuf mois, atteint de coqueluche compliquée d'affection pulmonaire grave, une potion contenant du bromure de potassium; elle fut prise pendant deux jours consécutifs, et l'enfant absorba 2 grammes de bromure par jour. Le pharmacien ne fut pas poursuivi, parce que la dose ingérée, bien qu’excessive, pouvait n'être pas fatalement mortelle, et surtout parce que l’enfant était gravement atteint d'une coqueluche, avec com-
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