‹ l` exercice de la medecineChapitre 86 sur 188 · PE PR DT CNT TER · texte numérisé non relu

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juil

Le physiologiste qui expérimente un alcaloïde, sur une grenouille par exemple, emploie, pour faire ses expériences, une substance pure, il sait ce qu’il fait, il est sûr du produit qu'il expérimente; s’il étudie l'effet de la strychnine sur un muscle, il est bien certain d’avoir affaire à la strychnine et non à une autre substance. En toxicologie, au contraire, il se heurtera à des difficultés insurmontables. Vous savez qu'au moment de la putréfaction il se développe dans le cadavre une quantité considérable d'alcaloïdes spéciaux, auxquels on a donné le nom de plomaïnes ; nous en connaissons sept ou huit, mais leur nombre est beaucoup plus considérable et Wurt{z l'évaluait à 1200, Que voulez-vous que le physiologiste puisse faire? Injectant à une grenouille une parcelle d’un cadavre contenant un toxique, même très énergique, il se peut qu’il reconnaisse les réactions physiologiques d'un alcaloïde quelconque, mais il lui sera difficile d'affirmer que ces réactions sont bien celles de l’alcaloïde en question, et non celles d’un autre alcaloïde de la putréfaction encore inconnu ; son rapport ne pourra donc être assis sur une base solide ; illui sera impossible de poser des conclusions, car, ainsi que je vous l’ai dit dans mon cours de l'année précédente (1), pour émettre une affirmation dans une pièce aussi importante qu'un rapport médico-légal, il faut être doublement sûr de ce que l’on avance; s’il y a un doute, si l’on peut craindre de commettre une erreur, si petite qu’elle soit, il ne faut pas conclure; peu importe que ce défaut de conclusions entraine l'abandon de l'affaire pour laquelle vous avez été commis, cette possibilité ne doit peser en rien sur votre appréciation. |

Il y a quelques années, un homme fut accusé d’avoir empoisonné sa femme à l’aide d'un alcaloïde d'une toxicité moyenne, la colchicine. Je fus commis pour cette affaire avec MM. Pouchet et Ogier. Nous avonsexaminé les réactions colorantes produites par les réactifs dela colchicine sur les ré-

(1) Brouardel, Responsabilité médicale. Paris, 1898, p. 264 et suiv.

sidus des liquides extraits du cadavre, d’après la méthode usuelle dans la recherche des alcaloïdes. Nos expériences peuvent se résumer ainsi. Dansles organes examinés, on a trouvé une substance qui présentait la réaction fondamentale de lacolchicine. Injectée à un chien, cette substance a paru l’empoisonner, sans que cet empoisonnement ait été accompagné de signes bien caractéristiques. Dans les organes, dans l'urine, dans le sang de ce chien, on n’a pas trouvé de substance offrant la réaction de la colchicine.

Une contre-expertise fut demandée et on nous adjoignit MM. Vulpian et Schutzenberger. Toutes les expériences que nous avions faites furent reprises et confirmées, mais nos recherches concernant les réactions des alcaloïdes de la putréfaction furent plus étendues.

Avec les organes putréfiés provenant de deux cadavres pour lesquels l’idée de l’intoxication par la colchicine ne pouvait être souievée, on prépara des extraits chloroformiques, en opérant exactement dans les mêmes conditions que pour les viscères de la victime. L'un des extraits donna des résultats négatifs; l’autre, au contraire, fournit des réactions à peu près identiques à celles du cadavre au sujet duquel nous avions été commis. Notre second rapport ne fut que la confirmation du premier. L'inculpé fut acquitté (1).

Je vous ferai remarquer que les analyses, aussi bien que les expériences physiologiques, ne donnèrent aucun résultat, bien que nos expériences aient porté sur un alcaloïde relativement peu toxique, puisque sa toxicité se dose par centigrammes et n’est en rien comparable à celle de la digitaline, de l'atropine ou de l’aconitine, et, cependant, il nous fut impossible de conclure que l’empoisonnement était certain. Vous pouvez concevoir, par cet exemple, la difficulté qu'éprouvent les experts chargés de retrouver dans un cadavre une substance toxique, à la dose d’une - fraction de milligramme.

(*) Brouardel, Accusation d'intoxication par la colchicine, affaire R., acquiltement (Annales d'hygiène et de médecine légale, 1886, t. XN, p.230).

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