CHLORATE DE POTASSE
Pharmacie centrale des hôpitaux de 1855 à 1875 (1). Cette recherche leur donna le résultat suivant :
ENS EE .. 88 kilogr. TS RAR vire . 354 kilogr. 1860. SR USE — TSTS MAN EE SAT Or ES
Ce médicament étail considéré comme absolument inoffensif; cependant, en 1855, un pharmacien de Tulle avait délivré par erreur, à un de ses clients, une dose de 60 grammes de chlorate de potasse en trois paquets, au lieu d’une égale quantité de sulfate de magnésie. Le malade absorba 10 grammes le matin à jeun, eut des coliques, de la diarrhée qu'il attribua au purgatif qui lui avait été prescrit. Le lendemain, il prit 10 nouveaux grammes de ce sel et mourut quatre ou cinq heures après. On remarqua que le cadavre avait très rapidement pris une teinte ardoisée, qu'une saignée avait donné un sang couleur chocolat; ces phénomènes étonnèrent, mais comme l'intoxication par le chlorate de potasse était inconnue, il n’y eut pas de conclusion.
En 1876 ou 1877, était établi aux environs de Valenciennes un officier de santé, en même temps pharmacien. Une femme vint demander, en l'absence du praticien, une purgation pour son mari âgé de soixante-sept ans; la bonne prit dans un sac 30 grammes de chlorate de potasse, croyant donner du sulfate de soude.
« À huit heures du matin, dit le D' Manouvriez, de Valenciennes, qui fut chargé de l'expertise, la femme mit une certaine quantilé de ce sel dans un verre (nous la lui avons fait représenter par du sel de cuisine versé dans le même verre). À deux reprises, elle remplit le verre d’eau el en fit boire le contenu à son mari.
« Une demi-heure après, survenait une selle peu abondante ‘ etun vomissement ; puis, vers onze heures, un second vomissement de liquide jaune vert, de quantité correspondant
(1) Lasègue et Regnault, Arch. génér. de Médecine, 6° série, t. XXIX, pet 129.
à peu près à une tasse. A onze heures et demie, encore une selle et un peu plus tard, un abondant vomissement vert et selle blanchâtre, avec émission d'une quantité indéterminée d'urine.
« Bientôt le patient se sentant faible se mit au lit; il se plaignait de douleurs dans le ventre. Vers deux heures et demie, sa femme, qui s'était absentée, fut frappée de l’état dans lequel elle le retrouva : en prières, il se préparait à la mort ; les lèvres étaient œdématiées et bleues; à trois heures quarante, un officier de santé, appelé auprès de lui, le trouva agonisant déjà, « teinte cyanosée, rigidité des membres, râles bronchiques, sueurs froides. Mort à quatre heures du soir (A); »
Le D' Marchand (de Halle) rapporte que deux enfants, de trois et sept ans, sont morts après avoir ingéré 10 et 25 grammes de chlorate de potasse ; ces petits malades avaient présenté des symptômes d’asphyxie et de l’albuminurie.
En communiquant ce fait, le docteur Marchand accusait le chlorate de potasse, ordonné comme médicament dans les cas de diphtérie, de causer l’asphyxie et l’albuminurie. Il est certain que, dans l’intoxication par le chlorate de potasse, on constate de l'albumine dans les urines, mais Bouchut et Empis ont bien montré que ce symptôme peut également se rencontrer chez un dipthérique qui n’a pas pris de chlorate de potasse. Cependant Marchand ne s’appuyait pas seulement sur des autopsies d'enfants ayant succombé à la diphtérie, mais avait reproduit les lésions identiques à celles constatées dans les aulopsies, en faisant prendre à des animaux des doses toxiques de chlorate de potasse (2).
En 1879, le D' Jacobi (de New-York) rapporta les faits suivants (3) :
(1) Manouvriez, Empoisonnement aigu par le chlorale de potasse
(Annales d'hygiène et de médecine légale, 3 série, 1880, t. TL, p. 543) (2) Marchand, Virchow Arch., 18179, 4, t. XVII, 3, p. 455. (3) Jacobi, The remedial and fatal effects of chlorate of potassa (American Journal et The medical Record, 1819, n° 11)
CILORATE DE POTASSE. 241
Une jeune dame but en peu de temps une solution de 30 grammes de chlorate de potasse, qui lui avail été prescrite par un médecin pour un gargarisme. Elle mourut de néphrite en quelques jours.
Un hommie de trente ans, qui avait pris par erreur 48 grammes de chlorate de potasse en l’espace de six heures, mourut le quatrième jour de néphrite.
Un enfant de trois ans, en ayant pris 3 drachmes (56',30) en vingt-quatre heures, mourut le lendemain de néphrite.
Un enfant de moins d'un an mourut en quelques heures, après avoir pris À drachme (18,77) de ce sel.
Enfin Jacobi rapporte l'histoire du docteur Fomstain, qui, persuadé de l’innocuité du chlorate de potasse, fit une expérience que je ne vous conseille pas de renouveler. Il absorba en une fois 30 grammes de chlorate de potasse et mourut de néphrite le septième jour. L'expérience fut concluante.
Tel était l’état de la question, lorsque je fus commis, avec M. L'Hôte, pour une affaire dont je vous ai déjà dit quelques mots en vous commentant l’article 16 de la loi de 1892 (1).
La supérieure d’un couvent de Saint-Saturnin-du-Portd'Enyaux, dans le Morbihan, avait la spécialité de soigner les affections de la gorge. La potion qu’elle donnait à ses malades, sans les examiner ni les connaitre, était d’après son interrogatoire la suivante :
Chlorate de potasse : 15 grammes dissous dans 350 grammes d’infusion de tilleul. Après dissolution du sel, le liquide était aromatisé au moyen d'une petite quantité d’eau de fleurs d'oranger, environ une cuillerée.
Dans son interrogatoire, elle ajoutait : « Je liens à expliquer l’origine de ce médicament, que je confectionne pour combattre le mal de gorge, ou piutôt pour combattre l’angine couenneuse. En 1856, j'étais attachée à la pharmacie de l'hôpital de Bois-Sainte-Marie (Saône-et-Loire). De nombreux cas d’angine se sont produits; le médecin de l’hôpital, M. le D' Lehouffre à employé avec le plus grand (1) Voir page 154.
P. BrouarveL. — Exercice de la méd. 16
= St à
succès le médicament que j'emploie moi-même ici. Je préparais le médicament sous la direction de M. le D° Lehouffre, et j'ai conservé sa recelle à laquelle je n'ai apporté aucune modification. Je suis certaine que M. le D' Lehouffre et d’autres médecins m'ont dit qu'on pouvait porter sans inconvénient jusqu'à 50 grammes la dose de chlorate de potasse. Pour moi, je n'ai jamais dépassé la dose de 15 grammes de chlorate, et encore je réduis la dose de 7 ou 8 grammes, si le malade est un enfant en bas âge. »
La potion ordonnée par la religieuse devait être prise par cuillerées de dix en dix minutes.
La supérieure remit à un voiturier les potions préparées pour quatre enfants souffrant de maux de gorge. Tous les quatre moururent dans les conditions suivantes:
David, 2 ans 1/2. —La potionestabsorbéeen deuxheuresetdemie.
Les accidents débutent de suite après qu'on a fini la potion. — L'enfant meurt deux heures et demie après la dernière cuillerée.
Depuis la prise de la première cuillerée jusqu’à la mort, il s’est écoulé cinq heures à cinq heures et demie. (Un vomissement. Diarrhée ; coloration verle, noire, de toutes les couleurs. On voyait le souffle diminuer.)
Cousin, 3 ans 1/2. — La potion est absorbée en sept heures.
Les accidents semblent n’avoir été remarqués qu'après que la potion a été lerminée.
L'enfant meurt une heure et demie après la dernière cuillerée.
Depuis la prise de la première cuillerée jusqu’à la mort, il s'est écoulé huit heures et demie. (Pas de troubles digestifs notés ; pâleur, lèvres blanc bleuâtre, respiration lente ; pouls presque insensible ; le cœur paraissait n'avoir aucune force ; les battements étaient à peine perceptibles. — D' Mailhetard.)
Salmont, 2 ans 1/2. — La potion est absorbée en neuf heures à peu près.
L'enfant meurt trois heures après la dernière cuillerée.
Depuis la première cuillerée jusqu’à la mort, il s'est écoulé douze heures environ.
Quelques garde-robes ; coloration violet vert.
Guérin, 2 ans 1/2. — La potion est absorbée en deux heures.