SCÈNE VII
NICOLO, seul et très-accablé.
Il fuit! et, malgré moi, je reste épouvanté!
Quoi ! l’odieux projet qu’il avait médité.
Celte logique extrême et que rien n’épouvante,
Serait de mes écrits l’expression vivante?...
Non! non!... Etcependantun regret... un remords...
Me serais-je trompé?... Moi!... Bizarres transports! Douterais-je de moi ! Je m’absous, je m’accuse!...
O peuple ! comprends-moi ! mon but est mon excuse...
Et si ce but est grand, qu’importe le moyen ?...
C’est en créant le mal que j’ai cherché le bien...
Corrompre le pouvoir pour le rendre coupable.
Je l’ai fait... Ai-je eu tort? réponds... Oui, misérable !
Ton but fut odieux, ton système infernal!...
Môme au profit du bien, le mal reste le mal,
Machiavel... au vice il n’est pas de limite.
Et l’exemple des grands est le seul qu’on imite!
O peuple ! Est-ce bien toi qui m’as jeté ces mots? *
Ah ! si ma politique enfante ces fléaux...
Mon Dieu ! dans mon cerveau tarissez la pensée.
Rendez ma main inerte et ma langue glacée;
Arrachez-moi vos dons, et ne permettez plus Que le génie existe appauvri des vertus !
Que du monde et de moi votre pouvoir m’isole !
J’ai peur de mon esprit, j’ai peur de ma parole !
Frappez ! Et, qu’avec moi, sous vos coups protecteurs,
Tombent déshonorés ces livres corrupteurs ! (Il jette ses livres.)