SCÈNE IX
Les mêmes, ALIX, puis FCLVI.
ALIX
Salviali ! justice! et justice sévère!
Un frère, lâchement, vient d'attaquer son frère !
SALVIATI
Son nom?
nicolo, à part.
Il m’a trompé !
ALIX
, Ce frèré, c’est Minto 1
SALVIATJ.
Qui des deux est blessé?
Qui des deux?...
fülvi, entrant. **
Nicolo !
Mon père, dominez cette terreur extrême,
Et laissez-moi d’abord me maîtriser moi-même.
Du coup tombé sur lui tout mon cœur est frappé.
Sur lui ?
FÜLVI.
Par un avis indignement trompé,
J’accepte un rendez-vous... Je voulais me soustraire A ces honteux complots où me jetait mon frère. J’arrive... Je suis seul... j’attends... Minto parait...
« Boscoli, c’était moi! ce rendez-vous secret,
» C’est moi qui l’ai donné, dit-il ; plus de refuge ;
» Notre amour vient de Dieu , que Pieu soit notre juge. Et, soudain, contre moi son fer s’est dirigé!
Je l’écoutais toujours, dans la stupeur plongé;
Ma raison se couvrait de nuages funèbres,
Quand une épée a lui, dissipant mes ténèbres.
Alors, par un transport aue je ne comprends pas,
Mon fer arme ma main, le sort guide mon bras...
Ciel ! .
FÜLVI.
Une épée éclate , un homme fuit, je reste, Accablé, frémissant d’un succès si funeste!
(Se jetant aux genoux de Salviati.)
Pardonnez-moi !
* Nicolo, Alix, Salviati.
** Nicolo, Fülvi, Salviati, Alix.
5*2 L’EXIL DE MACHIAVEL
salviati, allant à Nicolo, et à part. * L’écrit, je le veux !
Le voici !
salviati, regardant Fulvi.
Dieu me doit le meilleur!
nicolo, à part.
' Ah! que n’ai-je Fulvi !
alix, à Fulvi.
Mais, voyez, quel transport agite votre père !
FULVI.
Faites tomber sur moi votre bonté.
J’espère !
FULVI.
Pardonnez-moi !
salviati, après avoir lu.
Mon fils! mon fils! relève-toi !
Je ne pardonne pas, j’approuve... Embrasse-moi !
(Il s'éloigne un peu et lit la lettre à mi-voix. **)
« Machiavel, fuyez, je le veux, je l’ordonne.
» Mon remords doit être éternel.
» Puisse Minto, ce fils que le crime nous donne,
» N’avoir rien de Machiavel ! »
Machiavel !... (Il tombe sur un fauteuil.)