ACTE I, SCÈNE III
Oui, Monsieur, c’est mon nom.
FBRRALDI.
N’avez'vous pas chez vous d’autres personnes?
FERRALDI.
Pourquoi celte erreur? Il faut toujours, mon frère. Aimer la vérité, nous fût-elle conti aire.
FULVI.
Mais en quoi donc, mon frère, ai-je pu la trahir?
MiNTO, à Ferraldi.
Un soin pieux, Monsieur, nous a fait recueillir Là, dans cette demeure, à la nôtre adhérente,
Une jeune persone, Alix, notre parente.
Elle a, pour gouvernante, une duègne.
FEHRALOI.
C’est bien.
Personne autre?
Un valet?
FERRALDI.
Plus rien encor?
HINTO.
Plus rien!
J’oubliais... Nicolo, notre maître... un poète!
FERRALDI.
Donc, votre solitude est réelle et complète...
Une jeune parente, un maître... rien de plus...
Sous le toit paternel, vous vivez en reclus...
Et cette solitude, où nul n’ose paraître.
Ne s’ouvre qu’aux brouillons qu’a pardonnés mon maître ; Eh, tenez, les voilà, sans doute, au rendez-vous.
FULVI, allant à cinq ou six jeunes gens qui entrent.
Mes amis? De quel droit les soupçonneriez-vous?
ferraldi, montrant ses soldats.
Du droit qui, devant lui, fait que tout tremble et ploie... [Montrant un écrit.)
Du droit que rn’a donné le maître qui m’emploie.
FULVI.
Que nous reproche- t-il? Parlez !
ALIX, bas, fixant Minto,
Contenez-vous !
Et regardez !
MINTO, Ô pfirt.
Alix m’observe ! /
FERRALDI.
Écoutez tous! {H lit.)
« Un loyal ami des Médicis croit de l’honneur de signaler à » son Altesse une maison, devenue, à San Casciano, le refuge » des mécontents. Dans cette maison, dont le père a fui quel* » ques jours après la mort de sa femme, se trouvent deux » frères, à peu près du même âge, Fulvi et Minlo ; mais au- » tant siinto est grave et modéré, autant son frère est hardi et » dangereux. Le loyal serviteur de son Altesse pense que la r> proximité de Florence exige que Fulvi soit éloigné de San » Casciano. »
FULVI, voulant prendre l’écrit.
Livrez-moi... Je veux voir...
MiPtTO, le déchirant avant que Fulvi ait pu le voir.
Non, c’est vous faire injure;
Où se cache le nom se montre l’imposture.
ALIX, très -bas, regardant toujours Minto.
Écoulez î
MINTO, embarrassé par le regard d'Alix.
Le méchant oui nous vaut cet éclat.
Vous trompe en vous donnant comme hostile à l’État,
Un citoyen honnête et dévoué quand même Au duc que la Toscane a mis au rang suprême !
FULVI.
Qu’osez-vous dire?
FERRALDI.
Eh quoi! Ce noble dévouement, Le désavoueriez- vous ?
MINTO
Peut-être en ce moment...
FEKRALDI.
Et pourquoi?..
MINTO
De son cœur je connais la noblesse :
L’injustice l’irrite, et le soupçon le blesse;
Fort de son dévouement, il le veut respecté ,
Et conteste le droit de le voir contesté...
Un mot accusateur lui semblant un outrage.
Se défendre, pour lui, c’est manquer de courage.
Et perdant, s’il le faut, le calme et le respect.
Il sera factieux pour n’être pas suspect.
FULVI.
Mon frère!...
MINTO
Eh quoi ! mon frère, irez-vous contredire
*• Ferraldi, Minto, Fnlvî, Alix.