SCENE PREMIERE
EYANDALE, LAD Y MARGUERITE.
LADY MARGUERITE
Quoi! mon neveu, vous voulez absolument vous unir à miss Edith?
EVANDALE
N'êtes-vous pas de mon avis?
LADY MARGUF.RITE.
De votre avis? je ne sais pas trop.
EVAMIALE.
Comment, ma tante !.. . . Auricz-vous remarqué dans Edith des défauts?
LADY MARGUERITE
Gardez-vons de le croire! C'e->t bien le meilleur C(rur , la grâce la plus parfaite, la sensibilité la plus vraie. . . .
EVANDALE
Mais , alors . . .'
LADY MARGUERITE
Alors, en y réfléchissant, je trouve que vous pourriez n'avoir pas tort; et , puisque vous n'avez pas d'ambition. . .
J'ai celle d'un franc Ecossais , d'un loyal soldat.
AIR des decoirs de la Chev'alerie.
L'ambitieux, qu'un fol orgueuil dévore, Cherchant partout la route des grandeurs. En avançant, souvent se de'shonore El se fle'trit pour atteindre aux honneurs. Une autre iilee , un autre soin m'attache, A l'avenir léguer un noble nora ; A'ivre sans peur , mourir sans tache , Voilà quelle est ma seule ambition.
LADY MARGUERITE
Et pourtant j'ai de fortes raisons pour en vouloir à Editli.
EVANDALE
Que dites-vous, rua tante? A-t-elle eu des torts envers vous ?
LADY MARGUERITE
De Irès-gramls torts. Attaché au service , revêtu du grade de colonel , vous ne vous êtes jamais occujoé de l'administration de vos biens, et vous vous êtes reposé sur moi du soin de vos intérêts. Cette confiance , bien placée, me mettait à même d'adoucir la position des malheureux villageois des alentours, et nos deux noms, je puis le dire sans orgueil , étaient bénis dans chaque chaumière. . . .
EVAINDALE.
Eii bien ?
LADY MARGUERITE
Eh bien ! depuis que , pour tenir le serment que vous aviez fait à sa mère, de veiller sur Edith, vous me l'avez amenée dans ce ch.iteau , il m'est impossible de trouver le moyen de faire une boiuic action.
EvANDALE, souriant.
En vérité, c'est cela!
LADY MARGUERITE
Sans doute; elle me prévient en tout Avec cela qu'elle
est jeune, et qu'elle va beaucoup plus vite que moi. . . .
EVANDALE
Je conçois votre colère.
LADT MARGUERITE.
Edith dépense le peu que la spoliation n'a pu lui ravir , à faire du bien partout. Enfin, cet Ingliss, ce jeune orphelin que vous avez pris coname jardinier , c'est encore elle. . . .
EVANDALE
Et c'est tout cela qui me fait tant désirer de l'épouser.
LADY MARGUERITE
Je ne puis pas faire autrement que d'être de votre avis.
EVANDALE
Vous voyez bien ! . . . .
LADY MARGUERITE
Lorsque je songe, surtout, que celui qui vous disputait son cœur, que cet Henri Morton , qu'un arrêt de notre parle:nent exila, il y a cinq ans , de cette province , a péri dans un naufrage, que même son souvenir est entièrement elïacé de la mémoire d Edith ....
Penser qu'elle a oublié Morton malheureux, serait lui fa?re injure; mais notre hymen fut le dernier vœu de lady Bcllenden sa mère. Edith est sans appui ; elle cède à la volonté de ses parens : j'ai son amitié , son estime, je puis croire au bonheur.
SCÈiNE II.
LES MEMES, INGLISS, chargé dc Jîeitrs.
INGLISS, accourant.
M. Cuddy ! M. Cuddy ! j'ai à vous parler : que je vous coule !
EY ANDALE.
Ail ! c'est Ingliss I
INGLISS.
Pardon , milord et milady , c'est M, Cuddy.
LADY MARGUERITE
Que de fleurs!
INGLISS.
Et des fameuses, encore I tout y a passé. . . Dame I un jour comme celui-ci. ( A demi-voix. ) J'connaissons i'goût de la jeune miss : mon père n'a pas été pour rien jardinier du père de. . . . (5e reprenant.) Imbécille ! .... qu'est-ce que j'allais dire .'....
EVANDÀLE.
Achève donc î
INGLISS.
J'n'ose pas , milord . . . C'est un nom que railady a défendu de jamais prononcer ici.
LADY MARGUERITE
Sir Henri Morton ?. . . .
INGLISS.
Làl ... ce n'est pas moi , au moins , qui l'a nommé 1<* pipmier. . . . Pauvre jeune homme!.,, c'était ça un charmant cavalier... et beau... et jeune... et bien taillé... Plus grand qu'moi, par exemple. . . d'un' belle espèce.
LADY MARGUERITE
Tu ne peux donc pas le taire?. . .
EVANDALE
Et pourquoi lui prescrire le silence? Son père devait tout aux bienfaits de la famille de sir Henri ^ j'aime sa reconnaissance.
LADY IrtARGUERlTE.
Je n'avais défendu de prononcer ce nom que dans votre intérêt, de peur qu'il ne renouvelât l'amour d'Edith.
INGLISS.
Oh! je sais bien , miladj, qu'c'élait dans d'bonncs intentions. . . . parce que , vojez-vous, vous avez beau dire. ... et avoir l'air. ... je n'vous crois pas du tcui; méchante.
EVANDAtE.
Il VOUS connaît, ma tante !
LADY MARGUERITE
Et d'oii sais-tu que je ne suis pas me'chante?
D'où?. . . Oh ! j'ai une manière qui m'réussit toujours : je juge les gens sur les actions, jamais sur les paroles. . . . C'est miss Edith qui m'a fait entrer ici; mais qu'est-ce qui m'récompense ? . . . .
LALY MARGUERITE, lui faisant signe de se taire.
Ingliss ! . . . .
INGLISS.
Qu'est-ce qui prend soin de moi?. . .
LADY MARGUERITE, dc même.
Mais I . . . .
INGLISS.
Encore vous ! . . . . Qu'est-ce qui m'fait porter en secret des s'cours à nos pauvres montagnards ? . . . ,
LADY MARGUERITE
Je vais me fâcher !
INGLISS.
Toujours vous !.. . Tout cqiie vous m'dites, quand vous m'grondez, . . . vos paroles, enfin. . . \"r'r'r. . . sont envolées, vos actions sont là. . . . ( Il met la main sur son cœur.) \'là comm' je suis taille'.
EVANDALE
Bien, Ingliss! . . . Ma tante, vous n'avez rien à reprocher à Edith?....
LADY MARGUERITE
Moi! lui reprocher quelque cho^el Dieu m'en garde! C'est la seule femme qui te convienne. . . . Viens avec moi , tu vas voir comme je lui parlerai!
AIR : 3Ion cœur a V espoir s' ahaiulontie.
Aujourd'hui même, elle sera ma nièce j Aujourd'liui inrmc , elle l'epouscra.
ETAKDALE.
J'en doute encore, et , quand j'ai sa promesse , Veut-être bien elle balancera.
LADY MARGUERITE
Si miss Edith te traite de la sorte , *
Dans le chagrin que ta tante en aura, tlle mettra tout le monde à la porte.
iNGLiss, a part.
Elle est assez bonne pour ça.
LADY MARGUERITE
Aujourd'hui même elle sera ma nièce; Aujourd'hui même elle t'e'pousera.
Tu dois ici compter sur ma promesse :
Jamais Edith ne te refusera.
EVANDALE
^ I Aujourd hui même , au gré de ma tendresse,
S < Aujourd'hui même elle m'épousera.
w I J'en doute encore , et , quand j'ai sa promesse ,
W I Peut-être bien elle balancera.
INGLISS.
Comm' la jeun' miss a pour lui d'ia tendresse , Aujourd'hui même elle l'épousera.
H doit toiijours compter sur sa promesse : Jamais Edith ne le refusera.