‹ L'exode des classes dirigeantes à la cession du Canada [microforme]Chapitre 10 sur 10 · RER UN SEMEORER, | (11 EN · texte numérisé non relu

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Boucher de Montizambert, Chaussegros de Lery, Godfroi de T'onnancour, LeCompte-Dupré, Perrault, Panet, Chaussegros de Lery, fils, De Salaberry, T'aschereau, Duchesnay, De Lanaudière, De Montizambert, fils, De Lanaudière, cadet, Baby, fils, De Bonne, Chev. Duchesnay, Hervieux, Nivard St, Dizier, Guy, Beautbien, Delisle de la Caïlleterie, Chartier de Lotbinière, Denys de LaRonde, Pembrun, Hubert Lacroix, Saveuse de Beaujeu, T'arieu de Lanaudière, Verneuil de Lorimier, De St. Ours, Harvieux, file, Boucher de Labruère, De Lery, De Boucherville, père, Boucher de Montarville, Bo1c her de Lapérière, Pécaudy de Contrecoeur, Boucher de Grosbois, St. Ours d’Eschaillons, ” Hazeur de Lorme, Mailhot, Noyelle de Fleurimont, Guy, fils

© Dandonneau du Sablé,

De T'onnanceur, Bazin, L’Ecuyer, Adhémar,

Joliet d’Anticosti, Rastel de Rocheblave, Pothier, Fleury d’Eschambault, de Lachevrotière, Couillard de Beaumont, Couillard de l’Epinay, Riverin, l’Ainé, Aubert de Gaspé, Riverin, cadet, De Salaberry, fils, Desauniers-Beaubien, De la Bruère-Piedmont, Louvigny de Montigny, Marcoux, Sabrevois de Bleury, St. Georges-Dupré, Duchouquet, De Hertel, Jobert, Rocbert de LaMorandière, Des Rivières Beaubien, Lefebvre de Bellefeuille, Testard de Montigny, Tasché, Cartier, Trottier de Beaubien, Bouthillier, Boucher de Niverville, De Couagne, Pinguet, Levesque, De Lagorgandière, Lambert-Dumont, Dunière, Fromenteau de ia Boucherie, Curot,

Gaucher-Gamelin, Foucher, Hertel de Rouville, Le Moine de Martigny.

Duclos de Celles,

Ici, encore, nous croyons entendre et voir les noms

des seigneurs, gentilshommes, négociants et bourgeois que nous avons donnés comme n’ayant pas émigré : ce sont leurs fils, leurs descendants. S'il en manque quelques-uns, c’est que la mort, l’implacable mort, les avait moissonnés, et que ces familles ont ainsi disparu de parmi nous pour ne plus jamais figurer nulle part. Leur nom, faut-il le dire, est éteint.

Ces citoyens n'étaient point des politiciens: ils avaient appris à obéir au roi et non point à lui dicter des lois.

Fallait-l défendre le pays? Hommes d'épée et braves, ils étaient toujours au prernier rang, prêts à verser leur sang pour la défense de leur patrie ; bon sang ne peut mentir.

Après ces nombreux faits, auxquels on peut en ajouter beaucoup d’autres, le lecteur n’aura pas grand’peine à partager notre manière de voir sur la question proposée, et il La résoudra comme nous.

Non, les seigneurs, la noblesse du pays, les hommes lettrés et le haut commerce n’ont jamais quitté le Canada à l’époque de la cession ; et de plus, eu égard au temps et aux événements, leurs descendants vivent encore au milieu de nous en grand nombre, ainsi qu’il est facile de le constater en jetant un coup d’oeil sur le pays tout entier.

D'ailleurs, quels motifs auraient pu pousser la noblesse et les classes cultivées à émigrer en France ?

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En premier lieu devait venir, nul doute, le sentiment national. Mais, que n'avait donc pas fait le gouvernement français pour l’éteindre! Les Canadiens avaient mis tout en jeu pour conserver le Canada à la France; aucun sacrifice ne leur avait coûté en vue de cette noble fin. Rien, absolument rien ne les avait arrêtés. Leur sang le plus pur avait été répandu sur les champs de bataille ; ils avaient volontairement tout abandonné pour venir en aide au trésor épuisé de la mère-patrie ; ils ne s’étaient rien réserve, et le jcur néfaste qu’ils craignaient tant, mais prévu par la Cour, arriva dans toute sa laideur : et la France répudia sa dette.

Rameau, cet écrivain distingué qui nous a si bien connu et si bien compris, n’a pu s'empêcher de dire : “# Ce n’est donc ni par défaut de vitalité, ni par incapacité ou insuffisance quelconque de la part des colons, que le pays a été perdu. Il n’a cédé qu’à la force infiniment supérieure ; ce n’est pas la colonie qui a succombé, c’est seulement la domination de Îa France ; et la preuve, c’est que la colonie française lui a survécu.”

Les Canadiens, confiants dans f’honneur du Roi, avaient accepté son papier comme bon argent, et rien au monde, n'aurait pu leur faire concevoir qu’à un jour donné ce même papier serait déshonoré.

Il est facile de se figurer le sentiment d’indignation, de colère même, qui s’éleva de tous les côtés, à cette déplorable nouvelle. T'el que nous l'avons dejà dit, c'était la ruine à toutes les portes, ct surtout pour les hautes classes, le grand commerce.

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L'intérêt, ce grand mobile, les forçait, pour le bien de leurs enfants, à repasser au Canada, et y retenait pour toujours ceux qui y avaient pris une position d’expectative, espérant 1à où il n’y avait plus d’espoir à avoir |

C'est encore l’intérêt qui a retenu ici les seigneurs du pays. Que seraient-ils allés faire, en effet, en France, pauvres, sans influence, inconnus dans bien des cas? Nous croyons devoir choisir et donner ici, entre un grand nombre d’autres, quelques lettres qui expliquent parfaitement dans quel triste état se trou- vait alors la société en France.

M. Havy, riche négociant de LaRochelle, écrivait,

à la date du 12 février 1759, à MM. Baby, de Montréal :

“ Vous ne pouvez vous imaginer en quel désordre toutes choses sont par défaut de bonne police, et par les changements continuels qu’il y a eus dans le ministère de la marine—l’argent, ce grand mobile et ce nerf essentiel de la guerre, de toutes choses, manque ....

*... il ne paraît pas jusqu’à présent, que la Cour se prépare à envoyer les secours qui seraient nécessaires à la colonie. Ha ! que nous craignons que la Nouvelle-France ne tombe cette année au pouvoir de nos fiers ennemis ! Tout est pour eux. Les affaires générales sont dans une crise bien terrible. Nous | sommes dans un siècle de fer, dans lequel il se passe \ des choses inouïes. Enfin, Dieu veuille par sa bonté infinie nous donner de meilleurs jours et nous préser- | ver, ainsi que tout le pauvre Canada, et singulière- Î ment son brave et digne peuple.’

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D'un autre grand négociant, NL. Jauge, mais de Bordeaux, de la même date, et aux mêmes :

# On narle d'armement dans nos postes, mais il ne paraît pas qu’il y ait encore rien de prêt, ny que l’on puisse vous faire passer les secours dont vous auriez besoin. . ... Nous comptons beaucoup sur la valeur de nos braves Canadiens, mais nous craignons qu’ils ne soient accablés par le nombre des ennemis, et il ne paroit guère possible de vous envoyer de puissant secours, s’il y en a, ce que nous ignorons encore.”

On voit, tout de suite, dans quel état se trouvait cette pauvre France, la veille du jour où elle nous perdit. Pouvait-il être meilleur le lendemain ? Non.

Voici de la même source, en octobre de l’année milsept cent soixante : “ Je vous dirai seulement que {a misère est générale icy ; qu’il ne se fait plus de :ommerce ; le papier du Canada entièrement discrédité ; ainsi jugez combien ceux qui n’ont que cet argent se trouvent misérables ! ”

Monsieur Perrault écrit de LaRochelle à son frère aîné, à Québec, en date du 11 octobre 1760 :

“,.,,, Je vais leur remettre (à MM. de Boucherville) les 3 Ordonnances que vous m'avez remises pour eux, 1n2{s crains bien qu’ils n’en puissent rien retirer, puisque leurs appointements ne leur ont point encore été payés, depuis un an. Vous voyez par là combien ils sont à plaindre, ainsi que tous les autres officiers qui viennent d’arriver, et qui n’ont que du papier de cette espèce.”

Pauvre perspective, n'est-ce pas, pour les Cana-

diens, à quelques classes qu’ils pouvaient appartenir ? C'était l’indigence que leur offrait en quelque sorte cette France tant aimée d'eux. Coûte que coûte, il fallait s’incliner devant des circonstances insurmontables, revenir au Canada, ou y rester si déjà on s’y trouvait. Il valait mille fois mieux mener ici une vie frugale et économique, que d’aller se livrer à la mendicité en France. Ici, du moins, on était connu, con- Sidéré, entouré d’un certain prestige même ! Quant aux marchands, ils ne tardèrent point, certains moments difficiles passés, de se remettre en voie de prospérité, grâce à l’habile politique du gouvernement anglais. “ Vous avez sans doute reçu, dit une lettre en date du 4 février 1761, des lettres du Canada. J'en aye de divers amis qui fous me marquent se louer beaucoup du gouverneur anglais ; rien ne leur a manqué pendant l'hiver et mème en assez bon compte. Ils auront abondance de tout cette année.’”

Le fait est que les Canadiens étaient mieux traités qu’ils ne l’avaient jamais été.

Quelle fut donc l’origine de l’erreur historique que nous essayons de réfuter en ces pages ? Où Bibaud, qui le premier la consigna dans un livr:, la prit-il, lui si juste, si honnête, toujours si judicieu:: dans ses assertions au sujet de notre histoire? Il ne pouvait, en effet, l’avoir inventée : quel intérêt eût-il eu à cela ?

Est-ce à a tradition qu’il s’est adressé >? Mais la tradition était exactement Le contraire de cette erreur ?

Est-ce dans des écrits particuliers, dans des actes publics peut-être ? Mais ici encore, tout contredisait ce mensonge.

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De qui la tenait-il donc ?

Nous répondrons, sans hésiter, qu’il l’avait trouvé dans les pièces du baron Masere, cet ennemi acharné de tout ce qui était Canadien et catholique ; qui ne voyait jamais, chez ceux-ci que des adversaires innés, selon lui, de la Grande-Bretagne.

C’est ce même homme qui faisait dire au général Guy Carleton, gouverneur du Canada en remplacement du général Murray, dans une dépêche au Secrétaire des colonies : “ Je lui donne un congé de douze mois (il était avocat-général ici). Il desire retourner à Londres afin d’y trouver de l'avancement; il à une grande antipathie pour les Canadiens. J'avais espéré que le temps, l’expérience auraient fait disparaître ses préjugés, car il aurait été utile. Mes esperances ont été déçues ....”

Nous allons démontrer clairement que c’est bien sur ce dénigreur de tout ce qui était Canadien, que notre historien Bibard s’est foit malheurement appuyé pour nous dire l’état d’infériorité morale et intellectuelle dans lequel nous avait prétendäment plongés le départ des Français. (Cette pensée ne pouvait surgir, évidemment, que dans un esprit étroit et haineux comme celui du baron. Son but était de traiter les Canadiens en conquérant. Il ne prétendait les laisser jouir d’aucun des privilèges, d’aucune des immunités que l'Angleterre accorde à ses sujets.

Ces sentiments funestes étaient partagés par un assez grand nombre de personnes en Angleterre ; mais nous devons à la vérité de dire que, fort heureusement, les grands hommes d'Etat anglais refu-

sèrent sagement de s'engager dans cette voie de dénigrement.

Les nombreux écrits du baron Masere touchant le Canada portent les mêmes signes caractéristiques, sont marqués tous au même coin.

Mais c’est surtout en un mémoire où il examine et commente longuement une supplique présentée à S. M. Georges III, en 1773, par plus de soixante citoyens éminents et respectables, nobles et autres, de Montréal, afin d'obtenir le rétablissement des lois françaises, que le baron donne libre cours à son amertume.

À chaque ligne, il laisse percer sa crainte de voir les classes supérieures exercer quelque infuence sur les autorités impériales. Il s'efforce de démontrer, au peuple et aux gouvernants d'Angleterre, combien ces classes élevées avaient peu de valeur, combien elles étaient indignes des libertés dont tout citoyen anglais, sous n'importe quelle latitude, est si jaloux.

À cette tâche détestable, il consacra tout le temps qu’il passa au Canada, et ne cessa même de Ia poursuivre avec ardeur longtemps après son retour à la métropole. Un moment, les législateurs anglais semblèrent admettre sa manière de voir : de meilleurs avis prévalurent heureusement dans les Conseils du Royaume.

[l'en voulait principalement aux nobles, aux seigneurs : il paraît redouter grandement leur influence en Angleterre. Il cherche, il invente toutes sortes de moyens pour les abaisser. Il veut prouver que ce sont des hommes de rien, n’ayant aucune similitude avec ceux de même rang en Angleterre, ne méritant

de ces derniers aucune considération, aucun égard. D'ailleurs, faute énorme et irréparable à ses yeux, ils sont favorables aux prêtres catholiques ! Or, ces prêtres dominaient et tenaient les paysans dans la plus profonde ignorance : n’était-ce pas plus qu’il n’en fallait pour les mettre au ban de l'opinion ?

Cependant l'évidence même démentait à ce point ce qu’il avançait ainsi, qu’il est forcé de leur concéder le grand mouvement qui se fit — et dont il se plaint — pour le rétablissement des lois françaises.

Il essaie, il est vrai, d'en diminuer l’importance : son aveu n’en subsiste pas moins.

A la page 141, vol. I, nous lisons :

“It is not the great body of His Majesty’s new Canadian subjects that are dissatisfied with the English laws and government, but only a small number of persons (consisting partly of the noblesse or gentry of the country, and partly of the discarded officers of the French Government, both in the civil and militsry line), whose views and interests are totally distinct from and, in some degree, even contrary to those of the body of the people that have excited the complaints, etc. However, it must be confessed that there are among the names that are subscribed to the petition some persons who are not of this narrow class, such as those of M. LeMoine, M. St. George-Dupré and M. L. Porlier, who, I believe, respectable merchants and whose opinions and inclinations deserved regard. Such are likewise those of Mr. Mezière, Mr. Peter Panet, the father, Mr. Sanguinet, all who are notaries, attornies and

advocates at Montreal.” Mais tous les autres signataires sont des coureurs des bois, “ a sort of low traders or pedlars,” que le gouvernement français avait été forcé de mettre hors la loi!

Le gouvernement, d’après lui, ne pouvait confier des emplois publics à d’autres qu’à des Anglais de naissance, car “as to the Canadian themselves, as contra-distinguished from the natives of Old France, it is in vain to seek for such persons amongst them, because their education are not such as to qualiy them for these employments.”

Et les Canadiens instruits, sortis du Séminaire et du Collège des Jésuites de Québec, qu’'étaient-ils donc devenus ?

Continuant dans le même esprit :

“ As many people have mentioned, the noblesse of Canada on occasion of the late Quebec Act, and have seemed to think that they were a very numerous and powerful part of the people of that Province, and consequently, that their sentiments ought chiefly to be considered in settling the government of it, I shall here take the liberty to give a short account of them, in order to show that this opinion of their importance is by no means well grounded.”’

Après un long réquisitoire contre [a noblesse canadienne et les gentilshommes, il conclut en ces termes :

“# In general (as I have been informed), the nobles of all kinds were rather feared than loved by the common people of Canada in the time of the French Government, in consequence of the haughty manner in which they treated them, against which it was

impossible at that time for the latter to get any redress. The noble persons now have no titles of honour, as duke, or count, or marquis, or the like.”

On le sait parfaitement bien, mais n'empêche que c'était bien ià la noblesse du pays, aimée, respectée de leurs censitaires, ainsi que le dit M. de Gaspé dans ses mémoires.

En effet, quel plus touchant témoignage de confiance peut-on voir que celui qui fut accordé à Îa noblesse, aux classes cultivées et instruites, que celui qui fut donné par tr‘1te la Province de Québec dans la première élection qui suivit l’octroi de la Constitution de 1791? Le peuple se fait représenter en parlement par les citoyens les plus intègres, les plus éclairés, les plus dévoués à la chose publique ; ceux en qui, d’après son jugement, il croit, à bon droit, pouvoir placer une confiance implicite, à raison des grands services qu’ils lui ont rendus dans les beaux comme dans les mauvais jours. Voici les noms des élus :

Panet, Marcoux, Dunière, T'aschereau, de Salaberry, Juchereau Duchesnay, Godfroi de Tonnancour, (l'aîné), Hertel de Rouville, Rastel de Rocheblave, Mailhot, Le Gras de Pierreville, St. Georges-Dupré, de Lorimier, Chartier de Lotbinière, de Bonne, La Croix, Margane de LaValtrie, St. Martin, Panet (Ant.), de Salaberry, Boisseau, etc. Tandis que, au Conseil Législatif, siégeaient Chaussegros de Lery, Picoté de Belestre, Roch de St. Qurs, François Baby, Le Moyne de Longueuil, de Lanaudière, Boucher de Boucherville, etc.

Trente années et plus de dénigrement et de fausses représentations, de calomnies même et d’injures, n'avaient pu diminuer le prestige de ces classes élevées et importantes qui avaient toujours si bien servi le peuple dans toutes les circonstances périlleuses de son existence. Ce même peuple leur en donnait aujourd’hui un témoignage de reconnaissancenon équivoque.

Ces erreurs du baron furent reprises, amplifiées et propagées par d’autres. Le Procureur-général de la Grande-Bretagne, Marriott, dans son Rapport à Sa Majesté sur un Code de lois pour Quebec, adopta beaucoup de ses vues. Mais il ajoute que, d’après le général Carleton, les membres de la noblesse alors domiciliés au Canada et ayant servi dans les armées du roi de France, étaient au nombre de soizanteseize; ceux qui n’avaient point porté les armes se montaient au chiffre de quarante-quatre, soit un total de cent-vingt nobles.

Ce qui, on l’admettra bien, est certainement plus que quelques nobles, ainsi que le rapportent Bibaud et d’autres. C’est un nombre qui compte et ne pouvait être méconnu, ni considéré comme quantité négligeable.

Est-il possible d’accorder la moindre créance à un homme assez sectaire, assez aveugle pour écrire que “les Canadiens étaient peinés de voir la religion catholique reconnue au Canada ?” Peut-on compter sur la rectitude de ses observations, sur la sagesse de ses jugements ? — Avoir recours à un tel moyen, avancer une pareille fausseté pour se faire entendre, indique clairement que la vérité n’est plus qu’un vain mot chez cet écrivain.

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Et c'était là, c'était chez Masere, que Bibaud et d’autres allaient chercher leur inspiration, leurs documents historiques !

Nous avons dit que certains jurisconsultes partagèrent — du moins en partie — les idées du fâcheux baron.

Dans une brochure publiée à Londres en 1788 : “# À Review of the goi ernment and grievances of the Province of Quebec since the conquest of tt bythe British £rms,'” à la page 22, on lit : “ The progress of misfortune is nevertheless, always sufficiently rapid, 1nd we generally know the nature and extent of our calamity before we are adequately prepared to meet it. From the surrender of the country until the establishment of civil government, a number of French judges, Conseillers du Conseil Superieur, Avocats — il n’y en avait point — or lawyers,;—from choice, necessity, or effection — still remained in the Country, and cherished hopes that their professional talents might be wanted.” Voilà qui est clair et se comprend facilement, et corrobore pleinement nos dires sur ce point ; mais, s'inspirant de Masere, l’auteur ajoute : “The only system of laws which they or the Canadian people knew the practice being now abrogated —par l’Ordonnance du mois de septembre 1764 [— the greater part of them soon aîter left for France,” ce qui n’est pas du tout le cas, nous l’avons démontré. Dans une autre brochure publiée à Londres, en 1789, et attribuée au Procureur-général d’alors, toujours animé de l'esprit du malencontreux baron, à la page 73,on lit: ‘“ T'hose who have taken the lead in the

pretended opposition to the reforms prayed for — l’abrogation pleine et entière des lois françaises et l'octroi d’une Chambre composée de protestants uniquement — are principally of that class of the people who call themselves gentry ; but we flatter ourselves, that their representations will not have much influence with the British legislature. But the Setgneurs and Noblesse by Yirtue of their fiefs, and the officers and nobles by patent who have served in the French troops, are the one too inconsequential and the other too miserable, in point of property, to merit any distinction by trials, or, in the nature of the punishment. To compare them to British Peers would be to form, an argument of ridicule and not of reason.’’—Marriott’s Report.

Il y en avait donc de la Noblesse et des Seigneurs alors, et ce, en assez grand nombre pour faire une opposition sérieuse à ceux qui voulaient un changement radical dans nos lois ? Ils étaient pauvres, c’est vrai: mais ils comptaient évidemment assez dans le pays pour inspirer de [a crainte à une certaine clique qui, dans le même esprit que Masere, et partageant les mêmes idées étroites et mesquines, croyait devoir en diminuer le prestige en Angleterre pour arriver à son but, en les représentant comme pauvres et d’aucune conséquence dans le pays.

Afin de mieux déguiser son jeu odieux, il invoque l'abbé Raynal qu'il avait lui-même inspiré—ayant déjà écrit tout cela bien avant lui sur l’état et l’émigration de [a noblesse :—“ T'hat this removal of the greater part of the French noblesse in Canada to old

France upon the conquest of it, is an advantage to that courtry in its present state of a province of the crown of Great Britain, is not only the opinion (surtout la sienne) of most Englishmen who are acquainted with that Province, but also of a very ingerious and learned writer.”

Alors, il cita “ l'Histoire philosophique et politique des colonies européennes dans les deux Indes ” de cet abbé pas trop véridique que nous connaissons tous : “ L’acquisition d’un territoire immense n’est pas toutefois le plus grand fruit que la Grande-Bretagne doit retirer de la prospérité de ses armes. La population considérable qu’elle y a trouvée est un avantage bien plus important. A la vérité, quelquse-uns de ces nombreux habitants ont fui une domination nouvelle qui n’admettait entre les hommes d'autre différence que celle des qualités personnelles de l'éducation, de l’aisance, de la faculté d’être utile à la société. Mais l’émigration de ces êtres méprisables dont l’importance n'avait pour base que des coutumes barbares, a-t-elle dû être regardée comme une calaraité? La colonie n’avait-elle pas beaucoup gagné à être débarrassée de tous ces nobles oisifs, qui la surchargeait depuis si longtemps, de ces nobles orgueilleux qui entretenaient le mépris de tous les travaux ? ”

Malgré tout, cet écrivain n’ose pas aller jusqu’à dire que presque toute la noblesse avait émigré, car il se serait fait contredire en France et au Canada ; fl se contente d'écrire “ quelques-uns,” et c’en est assez pour lui permettre d’injurier le plus grossièrement possible le corps tout entier.

Mais nous avons réservé pour la fin une pièce qui fait bonne justice des raisons du baron Masere et de ses pareils; qui met à néant les faits erronés qu’ils ont avancés ; qui frappe d’absurdité leurs prétentions, et qui soutient incontestablement, au contraire, la potion que nous avons prise. Cette lettre était inconnue à Bibaud, bien sûr, car autrement il ne serait pas tombé dans la grave erreur que nous lui reprochons, à bon droit.

Le général Murray, qui succéda à Amherst et demeura au Canada plusieurs années, dans une lettre adressée aux Lords of Trade and Plantations, demeurée longtemps inconnue, mais enfin publiée dans le “ British American Register,” du 19 février 1803, dit, entre autres choses remarquables, et d’une véracité à ne laisser aucun doute: .... “ On the other hand, the Canadians, accustomed to an arbitrary and a sort of military government, are a frugal, industrious and moral race of men who, from the just and mild treatment they met with from His Majesty’s military officers that ruled the country for four years past, until the establishment of the Civil Government had greatly got the better of the natural antipathy they had of their conquerors. They consist of the NOBLESSE, WHO ARE NUMEROUS, and who pique themselves much upon the antiquity of their families, their . own military glory and that of their ancestors, These noblesse are seigneurs of the whole country, and though not rich, are in a situation in that plentiful part of the world, where money is scarce and luxury still unknown, to support their dignity. The

inhabitants, their tenanciers, who pay only an annual quit rent of about a dollar for one hundred acres, are at their ease and comfortable. They have been accustomed to respect and obey their Noblesse ; their tenures being military, in the feudal manner, they have shared with them the dangers of the field and natural affection has been increased in proportion to the calamities which have been common to both from the conquest of the country. As they have been taught to respect their seigneurs, and not yet intoxicated with the abuse of Liberty, they are shocked at the insults which their noblesse and the King’s officers have received, —à la Masere,;—from the English traders and lawyers since the civil government took place.’’

Nous le voyons, c’est le général anglais, le gouverneur, en charge depuis les premiers instants du régime britannique jusqu’après le Traité de Paris, — jusqu’en 1766—qui l’assure officieilement à la Cour de Londres, en termes non équivoques : “ Que la noblesse canadienne restée au pays était nombreuse et respectée.”

Il ajoute: “ The Canadian noblesse were hated because their birth and behaviour entitled them to respect, and the peasants were abhorred because they were saved from the oppression they were threatened with. ...”

Voici la fin de cette remarquable lettre : “I glory in having been accused of warmth and firmness in protecting the King’s Canadian subjects, and of doing the utmost in my power to gain to my royal master,

the affecions of that brave, hardy people whose emigration, if ever it should happen, will be an irre-, parable loss to this Empire.”

N'aurions-nous que la parole désintéressée du général Murray pour soutenir notre prétention, que cela suffirait : car ce haut fonctionnaire était ici quand se sont embarqués pour la France, ou ailleurs, ceux qui, pour une raison ou une autre, avaient résolu dene point subir le nouvel ordre de choses. Mieux que tout autre — Mieux surtout que son Procureur-général qui igno rait absolument la langue française, la langue, à peu d'exceptions près de toute la population, et qui, par conséquent, ne pouvait se mêler à celle-ci, —il avait été à même d'étudier avec soin, et sans préjugés, les conditions sociales et autres du Canada qu'il gouvernait depuis plusieurs années ; la situation lui était parfaitement connue, familière même. Son témoignage est donc d’un grand poids, et nulle autorité plus forte ne saurait prévaloir à l’encontre. Il renverse et confond Masere et tous ceux qui se sont inspirés de ses racontars plus ou moins croyables.

M. Sulte, qu’il convient assurément de consulter, et qui a donné à la question une attention suivie, avoue qu’il y aurait un livre entier à écrire sur ce sujet ; mais il nous assure, en même temps, que la noblesse canadienne toute entière est demeurée au

Canada ; cela suffit au maintien de notre thèse. La bureaucratie qui s’en éloigna alors était, à quelques exceptions près, la plus compromise et la plus détestée. Souverainement méprisée, elle ne possédait pas la moindre bribe d'influence sur la population, au

contraire. Quant à la noblesse française, à propre-

ment parler, elle se recrutait uniquement dans l’ar- | mée et parmi les fonctionnaires en chef, qui, à part | Vaudreuil et quelques autres qui vendirent leurs

biens, n’avaient point le plus léger intérêt dans la

colonie. Ces nobles ne sortaient jamais de leurs attributions officielles pour s'occuper de la bonne ou de la mauvaise gouverne du pays tant qu’elle ne {es atteignait pas personnellement. Ils remplissaient strictement et honnêtement leurs devoirs envers le roi, et en la manière voulue par la Cour de France, rien de plus; et leur départ ne causa pas la | moindre commotion dans le public, cela se comprend facilement. C’est donc la clique Bigot, Cadet, Penissault & Cie, qui allait manquer au bonheur du l peuple canadien, elle qui avait tant travaillé pour le | ruiner! Non, mille fois non! On avait salué leur | ! départ d’un grand et long soupir de soulagement.

Il n'entre pas dans notre cadre d'étudier si les hautes classes canadiennes ont failli à la tâche qui leur incombait au moment si critique de la cession. Nous n’avons voulu faire voir qu’une chose, à savoir : qu’elles n’ont point émigré. Mais, ce que nous pouvons ajouter avec justice, c’est qu’elles ont contribué énormément à la prospérité du pays en aidant, avec une entente parfaite, le clergé à faire accepter, sans aucune secousse, le nouveau régime. Ce rôle était, pour le moment, peut-être ‘assez effacé, obscur même, mais il n’en était pas moins dictée par un patriotisme de bon aloi, on ne saurait le nier.

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Nous l’avons constaté, d’ailleurs, —position oblige— chaque fois que les événements mettaient en péril la chose publique, et demandaient, de leur part, une manifestation modeste mais réelle de leur patriotisme et de leur bravoure, la noblesse, les notables, en un mot les classes élevées et instruites du Canada, étaient les premières à répondre à l'appel, si toutefois elles l’attendaient, pour remplir leur devoir envers leur pays et leurs compatriotes.

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