VI AVANT-PROPOS
mère-patrie. Si rAUemagne a tant tardé à devenir une puissance coloniale, ce n'est pas faute de colons; c'est seulement à cause de sa faiblesse intérieure et des luttes politiques où s'usait, avant la fondation de l'Empire, toute l'énergie des petits États allemands.
Mais la métropole retirait-elle quelque profit de l'existence de ces colonies spontanées? Longtemps les économistes allemands l'avaient nié; cet exode annuel de milliers d'émigrants, c'était, disaient-ils, une perte comparable à celle d'une armée qui sou* dain passerait à l'ennemi avec armes et bagages ; c'était, en un siècle, un déficit de six millions d'hommes et sans doute de plusieurs milliards.
Lorsque les ambitions coloniales commencèrent à se faire jour en Allemagne, c'est-à-dire vers 1880, une autre opinion sembla prévaloir. « On commença, dit Lamprecht*, à voir dans l'émigration une importante manifestation de la nation considérée comme un tout organique, et déplus en plus l'on se rendit compte qu'elle ouvre à l'exportation de la mèrepatrie des marchés favorables, qu'elle élève le rendement de la navigation allemande, que, grâce à une tendance toujours plus forte à se transformer en émigration momentanée suivie plus tard de
1. R. Lamprecht, Zur jûngsten deutschen Vergangenheit, II, 2, p. 597.