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en effet plus vraisemblable; car, à la suite de la révolte, les terres indigènes ont été confisquées ; tous les propriétaires du sol ont été dépossédés, leurs troupeaux sont morts ; ils ne sont plus aujourd'hui que des nomades affamés et prêts à tout. La nouvelle organisation est prévue contre eux et non pas pour eux.
Provisoirement, M. Dernburg ne veut coloniser que les trois huitièmes environ du territoire. Les lignes de chemin de fer seront l'instrument principal de la pénétration allemande. Deux d'entre elles, entièrement construites, conduisent de Swakopmund à Otavi et de Swakopmund à Windhuk; une troisième, encore inachevée, reliera, vers 1908, la baie de Lûderitz et Keetmanshoop ; on en construira une autre , à travers le Namaland , de Windhuk à Keetmanshoop. Chacune de ces lignes sera comme l'axe d'une région militairement surveillée : à une distance de 100 kilomètres, de côté et d'autre de la voie, les colons blancs pourront compter sur la protection des troupes allemandes; s'ils préfèrent s'établir en dehors de cette zone protégée, ce sera à leurs risques et périls.
Ces lignes de chemin de fer en outre attireront le colon. M. Dernburg a vécu dans sa jeunesse aux États-Unis ; il sait comment les Américains ont « ouvert » le Far West. Il a cité au Reichstag cet exemple :
Lorsqu'en 1883 la ligne du Northern Pacific fut poussée à travers le Montana, ce territoire était un désert désolé et
sans eau. Un grand nombre d'hommes intelligents ont été attirés dans le pays par le chemin de fer. On a apporté de l'argent, des capitaux avec lesquels on a établi des barrages et des élévateurs ; on a créé là en peu de temps de vastes cultures d'orge, et, en fin de compte, on y a découvert ces trésors minéraux, qui mettent aujourd'hui le monde civilisé dans la dépendance du Montana, en ce qui concerne la production du cuivre. Pourra-t-on obtenir les mêmes résultats dans Ift Sud-Ouest africain, cela est fort discutable. Mais ce qui n'est pas douteux, c'est que ce grand développement du Montana ne se serait jamais produit, si le chemin de fer n'avait pas été construit.
Or, si cette méthode américaine de colonisation réussit dans le Sud-Ouest africain, si les Allemands parviennent en quelques dizaines d'années à peupler le pays, à y attirer des capitaux, à y effectuer les travaux d'irrigation nécessaires, à y faire naître toute une vie agricole et industrielle, la question indigène n'existera plus à proprement parler ; il n'y aura plus de danger indigène. Mais en attendant il est nécessaire que le gouvernement, dans l'intérêt des colons, dans rintérêt de tous les Européens établis en Afrique, exerce sur les indigènes une stricte surveillance.
Toutes les puissances colonisatrices d'Europe, dit M. Dernburg, sont solidaires dans leur politique à l'égard des indigènes. Elles fondent toutes leur puissance sur les mêmes moyens ou sur le même défaut de moyens, auquel elles suppléent par l'autorité morale. Si donc une puissance comme l'Allemagne, qui est considérée à juste titre, dans le monde entier, comme une puissance militaire , faiblit devant des Hottentots, il est naturel que la situation de toutes les puissances colonisatrices en Afrique soit ébranlée du même coup. Et vous pouvez penser que nos voisins
nous en sauraient assez mauvais gré. Au début de cette session , le chancelier de l'Empire a été interpellé sur la question de savoir si l'Allemagne ne se trouvait pas fortement isolée dans le concert européen ; le chancelier a été en mesure de repousser cette crainte pour le présent, mais il n'y a pas de plus sûr moyen d'être isolé, que de se séparer et de s'isoler soi-même dans des questions où les conditions essentielles de l'activité colonisatrise européenne sont en jeu*.
S'ils poussaient jusqu'au bout ce scrupule de solidarité internationale, les Allemands devraient se faire un devoir de conformer leur politique à celle des Anglais du Cap. Car ils ne peuvent pasiexiger que les Anglais reviennent sur les mesures libérales qu'ils ont déjà prises et retirent aux indigènes la capacité électorale ou cessent de tolérer plus longtemps Texisience d'une église éthiopienne.
Mais, des exemples fournis par l'Angleterre, les Allemands préfèrent retenir ceux qui autorisent les mesures de rigueur. Un professeur allemand du Cap, le D' Hahn, présenté par M. Dernburg lui-même à la commission du budget et au gouverneur du Sud-Ouest africain, en décembre 1906*, a donné le conseil énergique de traiter les Hottentots et les Hereros comme l'Angleterre traite aujourd'hui encore quelques tribus, récemment soulevées : on assigne aux naturels une résidence, hors de laquelle ils ne peuvent pas se montrer sans passeport ; la police veille à ce qu'ils soient