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plus proches collaborateurs, M. de Lindequist, soussecrétaire d'État des colonies, qui, de 1905 à 1907, a rempli les fonctions de gouverneur du Sud-Ouest africain. Le 18 août 1907, M. de Lindequist, avant de transmettre à son successeur les services de la colonie, promulgua, à Windhuk, une ordonnance destinée à entrer en vigueur dès le 1" octobre suivant et qui fixait pour Tavenir la situation légale des indigènes. Cette ordonnance rend en principe la liberté aux indigènes, mais elle leur refuse tous les moyens d'en profiter. En effet :
i^ Sauf autorisation spéciale du gouverneur, les indigènes ne pourront à l'avenir acquérir aucune sorte de droits sur les terrains.
2<* Sous la môme réserve, ils ne pourront pas davantage posséder d'animaux de bât ni de gros bétail.
3° Enfin, ils seront tous soumis à l'obligation du passeport, aussi bien pour séjourner en un même endroit que pour circuler d'un district à l'autre.
Ainsi la prépondérance des blancs ne sera plus désormais en question. Il faudra bien que les indigènes, pour vivre, se mettent en service, aux conditions mêmes que le colon voudra leur imposer; et, quoi qu'ils fassent, ils resteront toujours misérables, puisqu'il leur est légalement interdit de s'enrichir. Ce serait presque le rétablissement du servage, si l'ordonnance ne décidait que les contrats de travail conclus pour une durée de plus d'un mois devront être soumis au visa des autorités. Grâce à cette restriction,
le gouvernement pourra empêcher les colons d'abuser des avantages de leur situation. Voudra-t-il le faire? Il ne se contente pas d'assurer aux colons des privilèges économiques; il leur accorde encore un droit officiel de surveillance sur les indigènes. La police, exercée jusqu'ici par les troupes d'occupation, sera confiée à une classe spéciale de fonctionnaires, qui porteront le titre de « commissaires de l'indigénat » (Eingeborenenkommissàre), Quel que soit leur nombre, on peut prévoir qu'ils ne parviendront jamais à surveiller simultanément toutes les parties de la colonie. Aussi l'ordonnance de M. de Lindequist désigne- t-elle, comme collaborateurs éventuels de ces commissaires, en première ligne les fermiers, chefs d'exploitation, patrons de toutes sortes, et ensuite, si les circonstances l'exigent, tous les Blancs, à quelque profession qu'ils appartiennent. Tout Colon pourra donc, à l'occasion, se transformer en policier. Ce sera, si l'ordonnance est strictement appliquée, un véritable régime de terreur.
Les coloniaux louent M. de Lindequist d'avoir su faire une politique de réalités et non de sentiments. Son prédécesseur, Leutwein, était l'humanitaire et l'utopiste; il* songeait à une réconciliation et à une collaboration des races. On sait gré à M. de Lindequist d'avoir introduit dans l'administration de la colonie le principe utilitaire : on colonise pour l'intérêt bien entendu de la mère-patrie, non pour l'amour des indigènes.
Il reste seulement à savoir si les mesures prises-
sont bien les plus propres à assurer le développement et la prospérité des entreprises allemandes en terre africaine. Les indigènes ne manqueront pas de comparer les rigueurs policières des Allemands avec l'indulgence hautaine que pratiquent les Anglais dans leur colonie du Cap. Ils seront tentés de passer de l'autre côté dé la frontière. L'exode a déjà commencé et il sera bien difficile de l'arrêter. Ces gens qui ne possèdent plus ni terres ni troupeaux n'ont aucune raison de demeurer dans le plus inhospitalier des pays sud-africains. La main-d'œuvre indigène deviendra de plus de plus rare dans la colonie allemande , qui déjà souffre du manque de travailleurs manuels.
Il faut, pour oser appliquer une telle politique, que les Allemands aient une robuste confiance dans le système de colonisation à l'américaine, préconisé par M. Dernburg, et qu'ils soient bien assurés de pouvoir recruter chez eux un nombre de colons suffisants pour peupler rapidement le Sud-Ouest africain, y cultiver les terres, y développeur l'élevage et y exploiter les gisements miniers. C'est aux résultats seulement qu'il sera permis de juger la valeur pratique de la méthode. Mais on en peut contester, dès aujourd'hui, le caractère civilisateur.