PRÉSIDENCE DE SIR RODERICK I. MURCHISON
Il est donné lecture d’un mémoire de Hl. W. E. Hickson, snrla climatologie du pôle Nord et des parages circompolaire.s. Le procès-
\erbal analyse ce mémoire destiné !i être inséré in extenso dans le recueil de la Société ; il est terminé par un chaleureux appel au gouvernement dans le but de briser tous les obstacles, insignifiants d’aillenrs pour les canonnières de la marine royale, qui séparent du pôle Nord.
M. C. Markham, secrétaire de la Société, lit un long mémoire sur la meilleure route des explorations polaires boréales.
La voie des mers avoisinant le Spitzberg est défendue par le général Sabine, l'amiral Edward Belclier, l’amiral Ominaney, le capitaine Richards. Le Gulf-Stream, il est vrai, roule ses eaux entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble; mais il ne suffit pas à briser, même dans l'été, l'énorme bamère des glaces; il ne peut donc pas assurer l’existence d’un océan navigable autour du pôle.
Après avoir développé toutes les raisons opposées à cette route, M. Markbam expose les raisons en faveur de la voie du détroit de Smith, voie défendue par l’amiral 'Wrangel, sir Georges fiack, l’amiral Collinson, sir Léopold MaoClintock, le capitaine Sherard Osbom, le capitaine Vesey Hamilton et par lui-méme.
C’est la vraie porte pour la découverte polaire ; les voyages sont faciles maintenant, attrayants même, donnant l’occasion de chasses intéressantes qui servent de distraction. Des dépôts de vivres, disposés convenablement, garantissent la sécurité ; en plus, la mesure d’un arc de méridien, ce grand desiderata de la science, se trouve facilité et assuré.
Par le Spitzberg, les bâtiments seront saisis dans les glaces, broyés et perdus ; par cette voie, on a la dure chance de ne faire que très-peu, et l’on est certain par le détroit de Smith de faire beaucoup.
Pour juger les inconvénients et les avantages des glaces de terre et des glaces de mer, voici le propos d'un marin : n Quand vous êtes > saisis par la glace de terre, vous êtes là ! quand vous êtes saisis B par la glace de mer, où êtes-vous ? »
Si la solution du plus grand problème géographique qui nous reste à résoudre ne suffisait pas à enlever l’opinion publique, le caractère du peuple anglais serait bien changé. Le gouvernement prendra certainement en considération ce grand projet, et quoi qu’il arrive, les membres de la Société royale gét^raphique auront la satisfaction d’avoir fait de leur mieux pour réaliser une grande
ocnvre nationale qni sera achevée par la génération suivante si elle ne l’est pas par la génération actuelle.
Le Président prend la parole.
Il dit que, pour la quatrième fois, durant cette session, l’attention du Conseil et des membres de la Société a été appelée sur une ex|)édition au pôle Nord. II résume le débat en insistant sur toute la série des points à mettre en lumière ; il ternnne par les paroles suivantes :
Messieurs, vous n'êtes pas appelés ici pour exprimer voire opi~ nion personnelle sur l'une ou l'autre des deux roules proposées ; c’est pour que le comité de notre Société, aidé par les avis des comités des autres Sociétés savantes, soumette la question à l’Amirauté et au youveniement de Sa Majesté, afin d’assurer l'accomplissement d'une grande recherche géographique, par telle route et par tels moyens qui paraîtront les plus efficaces (1).
Le Président donne ensuite lecture d’uue lettre de lady Franklin, qui s’associe de tout cœur à la pensée d’une nouvelle expédition.
Le capitaine INGLEFIELD prend la [varole pour soutenir la voie du Spilzberg ; la barrière de glaces n’arrêtera pas plus les navigateurs qu’elle n’a arreté Ross dans le sud; la crainte des glaces n’est plus maintenant qu’un épouvantail puéril ; le voyage sera court par cette direction; on sera peut-être obligé d’hiverner deux ou trois fois et d’abandonner le navire si l’on passe par le détroit de Smith. L’opinion du regrettable et si distingué hydrographe, sir Francis Beaufort, qui a tant contribué, de ses avis et de sa bourse, à la recherche de Franklin, était formelle sur ce point, et l’opinion d’un tel homme doit être d’un grand poids aux yeux de la Société.
Le commandant S. E. Datis développe longuement un avis opposé ; il s’étonne que le docteur Petermann ait voulu comparer les régions australes aux régions boréales, et en tirer des arguments en sa faveur. Il confesse candidement que Maury n'a pas réussi à le convaincre de l’existence d’une mer arctique ouverte ; il opine pour le détroit de Smith, en déclarant que si le chancelier de l’Échiquier consent à faire une légère épargne sur les cuirasses métalliques des bâtiments ou sur les parements des fortincaiions, le
(1) Cette phrase est en Hanqoe dans le texte des proctedings ou proeâsverbaux des séanoes.
voyage au pôle Nord peut être considéré comme un fait accompli.
L’amiral Fitz Roy et le Président échangent quelques paroles de congratulations au sujet du grand hydrographe américain Maury, présent à la séance.
Le capitaine Allen Ydng dit qu’il croit les deux routes toutes deux bonnes, praticables, et devant conduire au succès. Malgré cela, en sa qualité de marin, sa préférence serait pour la voie du âDÎlzb6rs*
M. Lamont a passé deux étés au Spitzberg pour son plaisir et pour chasser. Selon lui et suivant l’opinion des hommes pratiques avec lesquels il en a conféré, Parry eût réussi en traîneau s’il lût parti en hiver; il parle de l’abondance de la vie animale, et du quelques mots sur les courants.
Le Président lui demande s’il a vu d’autre glace que de la glace de mer. Il insiste à plusieurs reprises sur celte question : Ces glaces portaient-elles la trace de débris terrestres?
M. Lamont répond que non, et qu’il a vu très-peu d'ice-bergs
ou glaces de terre.
M HiCKSON montre les fortes présomptions qui permettent de croire à l’accès du pôle. Les deux routes ne doivent pas être mises en opposition l’une à l’autre. Wrangel, en 18AA, écrivait au général Sabine en faveur de la voie du Spitzberg ; et, plus tard, tout en restant logique, il préconisait la route du détroit de Smith; cela dépend de l’époque de l’année où l’on doit voyager.
Le secrétaire, M. Markham, donne lecture de la réponse de la Société linnéenne à l’invitation de la Société de géographie, pour coopérer k une adresse au gouvernement en faveur d’une expédition au pôle Nord. , r .• i
La Société linnéenne a appris avec la plus grande satisfaction le
nroiet d’exploration; elle n’hésite pas à s’associer activement, pour 4ne entreprise digne de tout le prestige de la marine anglaise, k toutes démarches auprès du gouvernement.
1» — Le danger est beaucoup moindre qu’on ne le croit communément.
2 « On ne peut que favoriser chaudement des expéditions qui produisent le meilleur effet sur le service naval. Une preuve de l’estime qui s’attache k ces recherches a été donnée par l’Institut de
France, qui a récemment élu membre honoraire un explorateur anglais.
3° — La Société linnéenne ne se prononce pas sur le choix de la meilleure roule ; les résultats scientiliques seront différents pour chacune d’elles, mais toujours importants.
U° — Âu point de vue de la zoologie et de la phytologie, l’expédition aura une haute importance dont suit le développement.
La séance est levée.
Le Procës-veiibal contient à la suite une note longue et importante de M. Markh^m, sur le régime des glaces dans la baie de Baflïu, et un aperçu critique sur les prétendus voyages, à des latitudes très-voisines du pôle, effectués dans le dernier siècle et dans les siècles précédents.
Sans l’opposition scientifique du docteur Augustus Peterinann, et sans la divergence des opinions qui en a été ja conséquence parmi les sommités de la marine anglaise, le projet du capitaine Sherard Osborn eût été peut-être réalisé immédiatement (1) .
De son côté, le docteur Pelermann avait réussi à obtenir un navire dont la machine se dérangea dès les passes de l’Elbe, sans qu’on eût assez de fonds pour obvier à cet accident. Plus tard, il adressa une lettre éloquente aux ministres de Prusse, où il disait que l’Allemagne, devenue une grande nation, devait, elle aussi, tenter de grandes expéditions scientiliques. 11 lui fut répondu que tous les fonds disponibles étaient absorbés par d’autres nécessités.
(1) On m’a communiqué, il y a quelques mois, un passage d'une lettre où sir Roderick I. Murcliison déclare que l’Amirauté anglaise s’est décidément refusée h effectuer l’exploration boréale. Mais il ne serait pas impossible que la projet anglais ne fét repris à nouveau, soit par le détroit de Smith, soit par le SpiUbcrg.
Lorsque fut mis en lumière le projet français, conçu de toutes pièces, dans son ensemble et dans ses détails, sans que son auteur eût pu prendi'e connaissance de tous les documents étrangers, il fut chaudement appuyé par Augustus Petermann,
Quoique la science n’ait point de patrie, cela est vraiment digne et beau, à nos époques, de voir le savant Allemand soutenir de toutes ses sympathies, de tout son concours public, un Français ignoré, surtout à propos d’un projet qui diffère notablement du sien, sous quelques rapports essentiels.
Cet acte a porté bonheur au docteur Petermann. Nous apprenons récemment que M. Rosenthal, armateur à Brême, a mis le bâtiment à vapenr F Albert à la disposition d’une entreprise allemande pour réaliser le projet national.
Certes, moi aussi, je forme les vœux les plus vifs pour le .succès de cette expédition ; je ne chercherai pas à cette occasion à lancer aux échos de la France quelque phrase véhémente et patriotique; je n’irai pas demander si nous allons rester à l’écart, spectateurs tranquilles, indifférents et froids, en face d’intelligents émules.
Toutefois, comme marin, je manquerais à une sorte de devou’de compétence si je n’exprimais pas la crainte d’un échec par la voie de la Nouvelle-Zemble. Si l’on me donnait un navire, avec l’ordre de suivre cette direclion, j’irais, mais je n’irais qu’en septembre, et en laissant le Spitzberg à droite ; et, pour rien, je n’oserais répondre de rienl
Peut-être même essayerais-je de revenir par cette voie; mais sans me dissimuler que ce serait lâ vraiment la partie périlleuse du trajet. Autre chose est d’ailleurs de passer pour sortir ou bien de passer pour entrer. Dans tous les cas, même avec un succès, on doit protester contre îa pos-
sibilité de jamais obtenir, par le Nord, un passage pratique, régulier, conitnercial, usuel.
Si. — PRO/tT FRANÇAIS.
La carte que vous avez sous les yeux porte le tracé des routes indiquées pour atteindre le pôle Nord, suivant les trois projets successivement proposés.
Je me hâte de dire que cette carte n’est point un document de circonstance, dans lequel on aurait profité d’un artifice de dessin pour surprendre la bonne foi des opinions. Les marques des glaces sont extraites de la carte allemande de Bergbaus et Stulpnagel, carte éditée par Justus Pertbes, de Gotha.
Un simple coup d’œil permet de juger le plus ou moins de chances de succès que peuvent présenter les trois directions préconisées.
Je résume chacun des projets en quelques phrases aussi précises que possible.
Sherard Osborn reprend la voie du détroit de Smith ou canal de Kennedy ; il laisse un navire à l’entrée de ce détroit, ou vers les lieux d’hivernage de Kane et de Bayes, comme base de ravitaillement et comme appui moral en cas d’accident; il pénètre avec un second navire jusqu’au bout du détroit, dans la mer libre de Kane, mer qu’il croit être simplement une brisure dans le glacier général qui doit recouvrir, selon lui, toute la calotte polaire; il gagne le pôle en traîneau, ce qui nécessite, aUer et retour, quarante-cinq Jours de marche au moins, à raison de dix lieues par jour, avec un lourd bagage d’instruments et surtout do provisions alimentaires-, pois les explorateurs se rabattent sur le premier navire, et de là sur le second.
Petermairo creit à une mer libre polaire, et, par consé-
quent, à la débâcle des glaces à la saison favorable; suivant lui, on ne pourra pas gagner le pôle en traîneau ; on sera arrêté par- les mêmes difficultés qui ont entravé Parry dans sa tentative de 1827; il faut suivre la direction du Gulf-Stream, vaste courant d’eau chaude qui contourne le nord de l’Europe, et qui doit se continuer entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble.
Le projet français s’appuie également sur le fait d’une mer libre polaire; l’existence d’une vaste étendue d’eau est affirmée par les considérations relatives aux courants et aux glaces plates de mer; cet océan circumpolaire est vraisemblablement figé sur toute sa surface pendant la saison d’hiver; mais la quantité de chaleur versée par le soleil au pôle, d’après les lois de F insolation, permet aussi d’affirmer qu’une débâcle générale doit s’effectuer en juin et juillet ; après avoir franchi le détroit de Behring, au plus tôt en juillet, on se dirige vers l’ouest; on dépasse le cap Serdze, puis le cap Nord de Cook, point extrême atteint par ce grand navigateur; on se trouve alors au milieu des débris meubles de banquise, entre lesquels on guide le navire, en faisant sauter avec de la poudre, ou en coupant avec des scies, quelque barrière plus étendue; on gagne la Polynia, mer libre reconnue par Hedenstrom en 1810, par Wrangel et Anjou, de 1823 à 1825; on traverse précisément en navire les points où le traîneau de Wrangel était arrêté par les flaques d’eau libre qui séparaient les fragments de glaces minces et plates; de là, on gagne le pôle Nord, avec toutes les ressources accumulées sur le navire, tant au point de vue des instruments d’observation qu’au point de vue des provisions alimentaires et même du comfort.
Dès que l’on admet l’existence d’une mer libre pouvant être congelée entièrement en hiver, mais subissant l’effet île la débâcle en été, le projet de Sberard Osborn n’est
plus praticable que dans la saison froide. L’énergie humaine peut vaincre les difficultés d’exécution, même par les froids rigoureux qui sévissent alors; mais, si l'on peut satisfaire ainsi la curiosité humaine, en tant qu’ accès du pôle, on ne peut guère recueillir qu’une très-maigre moisson d’observations scientifiques.
La direction recommandée par Augustus Petermann a contre elle la barrière énorme de glace qui s’étage sur une profondeur immense jusqu’à la Polynia, et qui s’appuie sur le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble. L’insuccès des nombreuses tentatives essayées par cette voie, non moins que les montagnes de glaces accumulées dans ces parages, au milieu des banquises plates d’origine maritime, peut faire craindre un nouvel échec; suivant l’adage que j’ai cru devoir formuler : Fuir les terres doit être la devise du marin polaire. Aussi les marins anglais, l’amiral Ommaney, entre autres, qui partage l’opinion générale du savant allemand, désirent-ils plutôt reprendre le chemin de Parry en 1827, sans abandonner le navire toutefois, et après l’établissement d’un centre important de ravitaillement au nord du Spitzberg.
Dans la direction que nous devons suivre, et que j’ai pu étudier pratiquement, il n’a jamais été fait qu’une seule tentative, celle de Cook. Ce grand Anglais avait jugé prudent, à cause des brouillards et des coups de vent de septembre, de revenir hiverner aux Sandwich, pour renouveler sa campagne l’année suivante; il fut tué par les Kanaks. Celte tin regrettable l’a seule empêché, à mon sens, d’arriver au pôle Nord, quoique son but fût seulement d’essayer de longer les côtes de la Sibérie. Les explorations de Wrangel et d’Anjou ont précisé quelques limites de la Polynia, mer libre, constamment même, diton, et qui sert de principale base à^nolre projet.
J’ai dû reporter aux diverses parties spéciales de l’examen scientifique qui va suivre, tesqiielques développements que j’avais à fournir sur les raisons invoquées, et que j’ai seulement indiquées à cette place, pour ne pas faire double emploi.
La seule objection qui m’ait été faite consiste dans la nécessité d’elTectuer au préalable un long trajet maritime pour atteindre Behring, en doublant le cap Horn ou le cap de Bonne-Espérance. La voie par le cap Horn est un peu moins longue, et elle peut être parcourue en quatre mois, avec une très-courte relâche aux îles Hawaï.
Cette partie du voyage pouvait offrir quelque difficulté ou même avoir quelque prestige U y a deux siècles; aujourd’hui ce n’est plus qu’une promenade maritime dont te seul inconvénient consiste dans une perte de temps et dans un surcroît de dépenses. Au point de vue spécial de notre campagne, cet inconvénient est racheté par le fait qu’il donne l’occasion de bien connaître l’équipage, et de pouvoir débarquer aux Sandwich, en les rapatriant, tous ceœc qui ne seraient pas assez sûrs d’ eux-mêmes pour lutter contre les obstacles ultérieurs.
Ainsi, en partant de France au mois de février, on peut arriver en juillet à l'entrée en quelque sorte de la Polynia, et l’on doit être anût an pôle Nord. C’est pour ce motif surtout qoe j'ai pu profondément regretter que les préoccupations extérieures aient entravé notre .souscription, et qu’elles n'aient pas permis de commencer l’amement vers le milieu de novembre. Deux mois de retard nous ont fût perdre un an, et ce n’est plus qu’en août 1869 que nous verrons le pôle.
J’ajoute qu’eu partant au mois d’août ou de septembre, on aurait le temps alors d’effectuer de nombreuses relâches sur divers points de la^route, et de colliger des observations
variées, entre autres pendulaires, d’un haut intérêt.
Je serais fort heureux, messieurs, si j’avais déjà pu vous convaincre de la certitude du succès en ce qui concerne le but géographique à atteindre; j’espère corroborer cette conviction, et au besoin la faire naître, en répondant à diverses questions qui m’ont été adressées.
Ces questions se résument toutes dans les deux suivantes : Que va-t-on faire au pôle Nord? Quelle est l’utilité ou l’importance d’une pareille exploration?
En essayant de répondre, en procédant à l’examen méthodique et sommaire de tout ce que la science doit recueillir d’enseignements dans ces lieux encore ignorés, il me faut vaincre ou tourner les difficultés et les écueils d’une revue scientifique rapide et trop superficielle. Je n’écris point ici pour les savants dont la conviction est faite et favorable. Peut-être que les hommes du monde auquel je dois m’adresser trouveront cette lecture parfois un peu épineuse, malgré le soin qne j’ai pris d’éviter les expressions techniques autant que cela m’a été possible. À eux, et à tous, je demande beaucoup d’indulgence.
§ 5. — OES PÔLES EX DE LEOR BÉTEBUINAXION.
Messieurs,
La terre, vous le savez, est uo elbpsaïde de révolution doué d’un mouvement de rotaition mathématiquement régulier. Ladurée de ce mouvementest le jour sidéral. Depuis que l’homme peut et sait oberver, cette durée n'a pas subi de modifications.
L’axe ou ligne idéale autotu de laquelle s’accomplit la rotation, perce la terre en deux points, qui sont les deux pôles, l’un Nord, Septentrional, Arctique, Boréal; l'aube
Sud, Méridional, Antarctique, Austral. Les plans perpendiculaires à cet axe découpent sur la surface des parallèles de latitude ; celui de ces plans qui passe par le centre, et qui s’appelle équateur, partage la terre en deux hémisphères qui portent le nom de leurs pôles. Les cercles dont les plans passent par l’axe s’appellent plus habituellement méridiens.
La distance d’un point au pôle est le complément de la latitude ou distance à l’équateur; un point est déterminé par cette latitude et par la longitude, ou angle que fait le méridien du lieu avec un premier méridien choisi comme méridien de départ. Les divers amours-propres nationaux n’ont pas cru pouvoir s’effacer devant le choix d’un premier méridien unique, et chaque nation compte ses longitudes à partir du méridien de son observatoire principal. Dans la pratique, les méridiens de Greenwich et de Paris sont seuls utilisés (1).
La latitude d’un lieu est mathématiquement invariable, c’est-à-dire que l’axe de rotation est semblable à une barre rigide faisant corps avec notre planète, et les deux pôles sont absolument immuables sur la surface du sphéroïde terrestre.
Il convient d’autant plus d’insister sur ce point que quelques littérateurs scientifiques, dans des écrits distin-
(1) Malgré l’incontestable utilité que présenterait le choix d'un méridien unique, il ne faudrait pas attribuer à cette réforme désirable un caractère aussi précieux qu’à la réforme relative à l’unité de poids et de mesures. Ce dernier et très-grand progrès, en voie d’accomplissement, supprimera des entraves techniques de tous genres, tandis que l’unité de méridien ne donnera que le bénéfice d’une légère addition ou soustraction. Les observatoires où ne passerait pas un premier méridien auraient d’ailleurs quelques corrections supplémentaires à effectuer sur leurs observations, pour les ramener au méridien type.
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gués, lus et appréciés, pour expliquer certains grands phénomènes naturels, ont paru admettre que que les pôles pouvaient se déplacer sur la terre, en changeant la situation de l’équateur qui suivrait nécessairement leur mouvement, et en devenant ainsi une raison modificatrice des climats.
On a paru ainsi confondre ce qui se passe sur la terre avec le chemin sidéral des pôles sur la voûte céleste.
Notre sphéroïde est légèrement aplati, ayant un axe de rotation plus court que le rayon équatorial, et présentant en conséquence un renflement à l’équateur. Ce renflement est la cause de la précession des équinoxes, et il influe sur le mouvement lunaire dans des conditions telles que l’astronome peut calculer l’aplatissement de la terre sans recourir à des mesures directes. Le chilTre adopté pour cet aplatissement est de 1/300 environ , c’est-à-dire qu’un sphéroïde de 300 millimètres de rayon, représentant la terre, aurait un petit axe de rotation de 299 millimètres, différence inappréciable à l’œil.
Or, si l’axe de la terre pouvait se déplacer dans son sein, si les pôles changeaient, le renflement équatorial changerait aussi de situation par rapport à l’axe; à moins d’admettre un état de demi-fluidité, et une dislocation graduelle qui conserverait le renflement symétrique aux pôles ou à l’axe; alors l’aplatissement, le mouvement de précession, certaines constantes lunaires, et, qui plus est, le jour sidéral lui-même, seraient modifiés. D’autre part, la mesure directe des latitudes des divers observatoires, mesure effectuée avec toute la précision que comportent les grands instruments, ne permet pas de soupçonner la plus légère tendance de changement dans leur latitude; tandis que, au contraire, le phénomène de précession, malgré son -caractère séculaire, se mesure annuellement et jourtaelle-
ment. Les latitudes des grands cercles muraux sont connues, on peut le dire, à 4 ou 5 mètres près.
Je glisse sur tous ces points, et tout à l’heure je serai forcé d’y revenir eucore à propos des glaces et d’une grande théorie du déluge qui a fait bruit dans ces dernières années.
Ces pôles étant immuables, comment les déterminer?
Nous observons les objets terrestres ou célestes en mesurant les directions relatives de nos rayons visuels ou distances angulaires, puis les distances rectilignes.
Pour instituer des procédés de calculs permettant d’utiliser les données d’observations, on convient d’une fiction : on imagine autour de l’œil une sphère astrouomique idéale d'un rayon arbitraire; et eu prolongeant les rayons visuels qui aboutissent aux objets terrestres ou célestes, on coupe la surface de cette sphère céleste en un point qui est \'éqm~ valent astronomique de l’objet en vue. Tous les sujets d’observation sont ainsi remplacés par des points idéaux situés sur' une sphère abstraite, et formant des triangles dont les éléments se calculent par les procédés connus.
Ainsi le pôle Nord donne lieu au pôle boréal céleste, qui, lui, se promène dans les deux en 26 000 ans, pour décrire le cône de précession, avec un léger balancement de autour des positions moyennes, et en entraînant la terre inilexiblement liée à tous ses mouvements.
Un lieu terrestre correspond à son zénith, pendant qu’un astre observé se trouve également remplacé par le point de la sphère céleste qui est dans le même alignement.
On obtient ainsi un triangle dit parallactique, contenant trois angles et trois côtés, qui permet de calculer trois éléments quand on en connaît trois autres, et qui forme le fond complet de toutes les méthodes de calcul et d’observations. L'un des angles, dit horaire, est précisément celui qui permet de calculer ou de mesurer les longitudes ou
angles des méridiens des deux lieux, au moyen du temps employé par un astre pour passer de l’un à l’autre méiidien (1).
Les mesures directement obtennes sont d’ailleurs assujetties à des corrections diverses, dont l’une, entre autres, de parallaxe, permet de rapporter les observations à ce qu’elles seraient si l’œil avait été placé au centre de la terre; nulle pour les étoiles, très-faible pour le soleil, cette correction est assez forte pour la lune.
Ce triangle s’annule ou disparaît quand un astre est au méridien, et cela permet, à ce moment, d’abréger certains procédés de calculs.
(1) A ce propos, je crois opportun de signaler l'une des réformes les plus désirables à accomplir, au point de vue des marins et des calculateurs. Sous son humble apparence, celte réforme soulève des difficultés énurmcs; elle rentre dans le groupe général relatif aux poids et mesures ; et son adoption abrégerait des deux tiers, sans exagération, le temps consacré aux calculs de mer et d’observatoires.
On sait que le jour est partagé eu 24 heures avec des subdivisions sraagéaimales ; d’autre part, la circonférence, identique avec le jour, est partagée en 360 degrés.
Les réformateurs de la Convention avaient proposé la division en 400 grades, avec subdivisions décimales ; c’était là une faute grave ; ou bien il ibllait alors corrélativement partager le jour en 4, ou 40 grandes divisions.
he jour ou la circonférence, unité avec ses subdivisions décimales, est le seul moyen de simpUdcation ; et si l’on reculait devant l'adoplion de l'heure décimale, il faudrait tout au moins supprimer la division en degrés comme superflue, et eompter les angles parleurs équivalents en temps.
En mer, la graduation des cartes en longitude doit être en temps, seule mesure réellement utilisable. Au lieu de dire 165 degrés, il est tout aussi simple de dire 11 heusce. Je ne quitterai certainement pas la France . avant d’avoir soumis à la Société de géographie un travail résumé sur tous tes avantages de l’unité de mesure pour le temps et l’angle. Si les Sociétés savantes s’unissaient pour provoquer une agitation salutaire en vue d'obtenir cette réforme importante, ellts rendraient un immense setvice immédiat pour un progrès qui s’accomplira tôt ou tard»
Ce triangle s’annule encore et disparaît quand le zénith se confond avec le pôle céleste, ou quand l’observateur se trouve au pôle de la terre. Alors il n’y a plus d’observations générales possibles; la hauteur d’un astre se confond avec sa déclinaison, et les angles horaires ne sont plus que des azimutbs. On est à la fois par tous les méridiens du monde; il n’y a plus de longitudes, et en pivotant sur soimême, on parachève le tour entier du monde.
Ce serait sortir de mon sujet que de vous décrire le spectacle que doivent présenter les deux pour un observateur situé au pôle. Vous savez que les étoiles ne se lèvent ni ne se couchent, et qu’elles décrivent au-dessus de l’horizon des cercles qui lui sont parallèles, que le soleil reste six mois au-dessus de l’horizon et six mois au-dessous, que la lune est en vue durant quinze jours par mois et invisible pendant quinze autres jours, puis que les planètes apparaissent suivant leurs déclinaisons, ou distances à l’équateur, quand ces déclinaisons deviennent boréales.
Si le pôle Nord, au sein de la mer qui l’entoure, se trouve situé sur un îlot, on pourra vérifier sa situation précise en observant la hauteur d’une étoile dans tous les azimulhs. Si cette hauteur reste constante, on est au pôle; si elle varie légèrement, un calcul de parallaxe renversé permettra de rectifier l’erreur. Après quelques tâtonnements, on pourra planter en terre une tige de fer, portant pavillon de France, dans le prolongement même de l’axe terrestre.
La hauteur du soleil, celle de la lune, en tenant compte du mouvement précis de la déclinaison inscrite dans la Connaissance des temps, permettront aussi de vérifier la situation.
On observera sur un horizon k glace, ou bien sur du mercure ou sur l’huile dans la saison favorable. En hiver, l’un se congèle, l’autre se fige ; en supposant même que
l’on manque d’horizon à glace, on peut lever facilement cet obstacle de la congélation ou de la coagulation, obstacle dû au froid.
Avec quelle précision, peut-on espérer de marquer le point précis du 90' de latitude ?
Dans certains traités techniques, écrits par des hommes qui connaissent de réputation seulementla pratique des observations, on recommande des corrections portant des dixièmes de seconde, quand on n’est même pas sûr de la demi-minute. Les hommes pratiques se rebutent contre des calculs fastidieux et inutiles, et adoptent, par contre, des procédés souvent trop incorrects, tombant ainsi d’un excès dans l’autre. — Récemment, à propos de la Commission nommée pour la vérification de plusieurs longitudes, on a écrit dans divers journaux que l’on allait déterminer à un mètre près la position de certains points du globe !
En dehors des grands instruments d’observatoire, instruments considérables, coûteux, et établis à demeure, il ne parait guère possible de dépasser la précision de 10 secondes dans la mesure des angles, et encore la lecture des verniers qui permettent cette précision laisse-t-elle souvent indécis sur le choix entre deux ou trois divisions voisines. Or, la seconde représente environ 300 mètres. En conséquence, si l’on arrive, à terre, dans les meilleures circonstances, à placer le pôle à 300 ou 500 mètres de sa position réelle , on aura bien opéré. Et l’on voit que pour déterminer une situation à 3 mètres près, il faut pouvoir déterminer les angles à un dixième de seconde !
Si, comme cela est plus probable, le pôle est en pleine eau, on pourra bien l’hiver, sur la glace fixée et solide comme la terre, marquer le point mathématique avec une égale précision. Mais, tant que durera la saison favorable, c’est-à-dire tout l’été, et surtout l’automne, les observa-
tiens seront essentiellement maritimes, et l’on aura trèsbien opéré si l’on réussit à se placer à 1 ou 2 kilomètres du véritable point cherché.
Puis en mouillant une bouée armoiriée aux trois couleurs de France, avec toutes les précautions d’affourchage et d’einpennelage, on aura le regret de savoir qu’au moment de la congélation de la mer, si cette congélation a toujours lien, l’hiver, dans ces parages, les glaces arracheront ou briseront la bouée.
Mais, au point de vue des recherches scientifiques, quelques minière ou quelques cent milliers de mètres, ou un degré, ne sont d’aucune importance, et la précision, dans ce cas, ne comporte qu’un caractère spéculatif.
Au point de vue de Y heure et de la mesure du temps, quoique, à proprement parler, il n’y ait plus de longitude, le problème devientfacile à résoudre à l’aide d’une table as- " tronomique calculée pour un lieu déterminé. Ainsi, l’observation de la hauteur de la lune, après quelques corrections, permettra de calculer l’heure de Paris, avec la déclinaison de la Connaissance des temps; la mesure de la distance lunaire à une grande étoile boréale sera de beaucoup préférable. On aura remarquablement observé, si l’on obtient ITieure de Paris, à une minute près, avec des instruments portatifs. Si donc^on oubliait un jour de remonter ses chronomètres, ce qui ne dort jamais arriver à un navigateur, on refronverait facilement, à un moment donné, leur état absolu.
Toute ligne verticale, fil à plomb, devient un gnomon équatorial dont la marche des ombres solaires ou lunaires trace la route des temps. De même, le tkmdolithe bien installé servira à' équatorial.
Ce qu’il importe de pouvoir observer avec précision, c’est la morcAer^'urne des chronomètres; cette grrmdeur
s’obtiendra tous les jours où le ciel sera visible, en observant le retour des diverses étoiles à travers une mire fixe placée n’importe comment; et cette quantité, la seule essentielle, pourra se mesurer avec autant de précision que dans un observatoire. Cela est d’une importance capitale pour la confrontation des observations pendulaires; on se servira alors du jour sidéral et non du jour moyen.