I. BARON GROS
A bord de V Audacieuse, devant le Peï-ho, le 24 avril i858.
Le Soussigné s*empresse d*annoncer à S. E... que, conformément à ce qu'il a eu l'honneur de lui écrire dans une dépêche expédiée de Ghang-Haï le 6 de ce mois, il vient d'arriver à l'embouchure du Pei-ho pour y attendre le Plénipotentiaire d'un rang égal au sien et muni de pouvoirs suffisants qu'il plaira à S. M. l'Empereur de nommer, pour traiter et arranger à l'amiable les différends qui existent malheureusement entre les deux Empires et qu'ils ont, l'un et l'autre, un intérêt puissant à faire disparaître.
Les négociations pourraient avoir lieu à Ta-kou,soit à bord de l'un des bâtiments français qui s'y rendra, soit à terre dans le lieu où serait envoyé un Plénipotentiaire duement accrédité par l'Empereur de la Chine.
Le Soussigné attendra pendant six jours encore, à partir de la date de la présente communication, qu'une réponse satisfaisante lui soit faite; mais, si, à l'expiration de ce délai, un Plénipotentiaire chinois n'était pas venu se réunir à lui, il se considérerait comme ayant essuyé un refus, et il prendrait, dès lors, telles mesures qui lui paraîtraient convenables pour faire admettre les justes réclamations que l'Empire de France a adressées au Gouvernement Ghinois.
Que le Gonseil Suprême de l'Empire ne se fasse pas d'illusions : ce n'est plus à Ganton que des négociations peuvent avoir lieu. Jamais les Commissaires Impériaux n'ont présenté sous leur véritable jour au Gouvernement Suprême de l'Empire les affaires relatives aux grandes puissances étrangères, et il est de leur intérêt comme de celui de la Ghine, qu'à l'exemple des grandes puissances civilisées de l'Occident, les représentants des souverains étrangers puissent communiquer directement avec le Gouvernement suprême de l'Empire. G'est là le meilleur moyen de rétablir la bonne harmonie entre les deux nations et de la maintenir à tout jamais.