SIR JOHN BOWRING
Il est intéressant de marquer ici les traits de la physionomie de sir John Bowring, le diplomate malencontreux qui avait conduit les affaires de Canton * :
« Savant linguiste, comprenant, parlant même la plupart des idiomes européens, auteur de nombreuses traductions très estimées, expert dans toutes les branches de l'économie politique, sur laquelle il fit paraître plusieurs études, dans la Westminster Review qu'il dirigea pendant deux ans, disciple, ami intime, exécuteur testamentaire du célèbre Jeremy
I. Il est utile de rapprocher de ce portrait fait par un Français le suivant dû à un Anglais : « Sir John Bowring was a man of considérable ability. At one lime he seemed to bea candidate for something likc famé. He was the political pupil and the literary exécuter of Jeremy Benlham, and for some years was éditer of the Westminster Review, He had a very large and varied, although not profound or scholarly, knowledge of European and Asiatic languages (there was not much scientific study of languages in his early days), he had travelled a great deal, and had sat in Tarliament for some years. He understood political economy, and had a good knowledge of trade and commerce ; and in those days a literary man who knew anything about trade and commerce was thought a person of almost miraculous versatility. Bowring had many friends and admirers, and he set up early fora sort of great man. He was fuU of self-conceit, and without any very clear idea of political principles on the large scale. Nothing in ail his previous habits of life, nothing in the associations and friendships by which he had long been surrounded, nothing in his studies or his writings warranted any one in expecting that when placed in a responsible position in China at a moment of great crisis he would hâve taken on him to act the part which aroused such a -controversy. It would seem as if his eager self-conceit would not allow him to resist the temptation to display himself in the fîeld of political action as a great Ënglish Plenipotentiary, a master-spirit of the order of <]!live or Warren Hastings, bidding England be of good cheer, and compelling inferior races to grovel in the dust before her. » (Justin M^ Garthy, A History of Our Own Times, HT, 1880, pp. lo-ii.)
Bentham, chargé par le gouvernement britannique de missions commerciales pour la Suisse, l'Italie, la* Syrie et l'Egypte, adepte fervent des doctrines du libre-échange qu'il défendait énergiquement par la plume et par la parole, nomme docteur en droit par l'Université de Groningue qui avait voulu le récompenser ainsi de ses travaux sur la Hollande, ancien membre de la Chambre des Communes où il avait siégé pendant deux sessions, puritain convaincu, connu et respecté pour ses mœurs austères, ayant déjà rempli, pendant quatre années (i849-i853), les fonctions de consul à Hong-Kong, nommé récemment chevalier du Bain, Sir John, alors âgé de soixante-deux ans, était un homme remarquable doué d'une rare distinction. Moins enclin aux aspirations théoriques, plus soucieux de la réalité, moins ardent à poursuivre l'exécution de ses désirs, observateur plus patient des faits, sachant raisonner avec plus de calme sur leurs causes et sur leurs conséquences, il eût été, sans doute, un diplomate fort habile. Sa physionomie était de celles qu'on n'oublie pas. De longs cheveux grisonnants et retombant sur ses épaules, des cheveux de savant, encadraient sa figure pâle, émaciée, l'une des plus laides, mais aussi l'une des plus intelligentes que j'aie jamais vues. Son nez long et flasque retombait disgracieu sèment sur sa bouche édentéc que bordaient des lèvres minces et pâles ; mais, sous d'épais et longs sourcils, brillaient ses yeux de feu, tout pétillants de Gnesse et de malice '.
Malgré l'approbation dont sa conduite avait été l'objet da la part du Gouvernement, Sir John Bowring', à la suite des débats au Parlement, crut devoir défendre la direction qu'il avait donnée aux affaires, dans une dépêche qu'il adressa ds