‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 153 sur 271 · Cordier, E.rp. de Chine, p · texte numérisé non relu

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•2. Walrond, pp. 337~8.

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bien tardive peut-être, uous donnait les renseignements les plus défavorables sur la possibilité d'opérer un débarquement dans les parages où l'expédition française, devait, ainsi qu'il on avait été convenu, prendre terre pour marcher sur Ta-Kou.

Les grands bâtiments ne peuvent approcher du rivage, en cet endroit, qu'à une distance de six ou sept milles. Les embarcations chargées d'hommes doivent, à marée haute, s'arrêter à deux milles au moins de la terre, et cet espace, qu'il faut franchir en marchant dans l'eau, se compose d'abord, c'est-à-dire le plus au large, d'une zone de sable assez dur sur lequel on peut avancer sans que le pied des hommes disparaisse sous le sol ; mais ensuite on trouve une autre zone, parallèle au rivage, où la vase mêlée au sable rend le sol bien plus mou et laisse enfoncer le pied jusqu'au-dessous de la cheville. Le terrain où la mer n'arrive pas est noir, inculte et semble fournir la vase qui se mêle au sable. On croit que l'on pourrait le faire franchir en évitant de faire parcourir aux hommes la trace que le premier aurait laissée dans la boue ; mais quant aux chevaux, aux bagages et à l'artillerie il parait impossible de les faire arriver jusqu'au sol ferme de la plaine. Il va sans dire que par un temps qui ne serait pas tout à fait calme, il ne faudrait pas songer à faire débarquer un seul homme dans ces parages dangereux même pour les embarcations, lorsque la mer serait agitée par la brise.

Ce rapport, bientôt connu dans tout le camp, y a fait une assez vive impression. L'opinion v était généralement répandue que nous avions eu tort de vouloir agir dès le commencement en nous isolant trop de nos Alliés, et qu'il fallait en revenir à l'idée d'un débarquement simultané des deux corps expéditionnaires au nord de Ta-Kou, et à l'embouchure du Pe-T'ang ho, où il y a dix pieds d'eau sur la barre et douze ou quinze dans l'intérieur de la rivière. Le général de Monlauban a donc renoncé à son premier plan, et Lord Elgin, auquel il en a parlé et que je m'étais empressé d'instruire de cet état de choses, n'a pas hésité à écrire au général Grant et à l'amiral IIopc pour les prier de vouloir bien venir à Tche-fou combiner de nouveau avec les commandants français les opérations à entreprendre, en tenant compte des obstacles dont on venait de constater l'importance, bien tardivement sans doute, mais heureusement en temps opportun.

L'amiral et le général anglais se sont rendus immédiatement aux désirs de Lord Elgin et les ambassadeurs et les comman-

dants en chef des forces alliées se sont trouvés un moment réunis à ïche-fou, dans le camp français.

Lord Elgin, en arrivant, m'a remis le mémorandum dont je joins ici une copie et une traduction. Il y formule la marche qui lui semble la meilleure à suivre dans les circonstances actuelles et Votre Excellence verra, par la réponse que je lui ai faite, que j'adhère d'autant plus facilement aux idées qu'il a émises, qu'elles avaient été préalablement arrêtées entre nous. J'ai pensé dès lors qu'il fallait donner aux Commandants en chef la possibilité d'agir le plus promptement possible et j'ai rédigé la lettre que je comptais écrire au général de Montauban et à l'amiral Chaîner, et, qu'à la demande de Lord Elgin, je n'ai pas hésité à lui communiquer confidentiellement. Celle qu'il adressera aux Commandants en chef des troupes de la Reine ne sera probablement pas tout à fait identique à la mienne ; il admet que les hostilités ne sont pas commencées entre les Alliés et la Chine; j'avoue qu'il ne m'est pas possible d'envisager la question sous cet aspect. En premier lieu, si les hostilités ne sont pas commencées, pourquoi ne ferions-nous pas encore une dernière tentative de conciliation — avant d'en venir à l'emploi de mesures de coercition ; cette tentative à faire, si elle est possible, n'est-elle pas un des motifs principaux cpii ont déterminé l'envoi des deux ambassades extraordinaires en Chine ? En outre, la prise de Chousan par les Alliés et le débarquement de forces importantes dans le Nord et à la porte de la capitale, opérés immédiatement après le rejet de notre ultimatum et la remise des affaires entre les mains des commandants de la force armée sont des actes aussi hostiles cpie possible, et si l'effusion de sang n'a pas eu lieu, c'est parce qu'heureusement aucune résistance ne nous a été opposée. Cette différence du reste entre le mémorandum de Lord Elgin et le mien, comme entre nos lettres officielles aux commandants alliés, ne peut amener aucune dissidence entre nous sur les moyens à employer pour atteindre le but que nos deux gouvernements nous ont signalé.

L'amiral Ilope et le général Grant sont venus me voir à bord du Du Chayla, et après avoir conféré longuement à terre avec le général de Montauban et l'amiral Charner, il a été convenu entre eux que l'on abandonnerait le projet de débarquement de troupes françaises au sud de Ta-Kou, débarquement que l'amiral Hopc avait toujours considéré, à ce qu'il m'a dit, connue impossible, cl que les deux corps expéditionnaires arriveraient en même temps le 26 ou le 2- de ce mois devant le Peï-ho ou de-

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vant Pe T'ang, el que là, après plusieurs recon naissances effectuées simultanément sur différents points de la côle, un plan d'attaque serait définitivement arrêté et mis aussitôt à exécution. L'idée qui semble prévaloir est de porter en masse toutes nos forces sur un point donné et d'ôter peut-être ainsi à l'ennemi toute possibilité de résister.

Le général Grant cl l'amiral Hope avaient à peine quitté Tche-fou, qu'une canonnière russe csl entrée dans la rade. Le général Ignatiev était à bord. 11 venait de visiter Nangasaki au Japon et était allé ensuite s'établir devant Ta-Kou où il nous a attendus pendant quelques jours. M. Ward, le ministre des Etats-l nis, s'v trouvait avec lui et y est resté seul. Le général [gnatiev va retourner devant le Pcï-ho, et comme pendant la première affaire de Ta-Kou en i858, nous verrons les ministres de Russie et des Etats-Unis suivre les pavillons de France et d'Angleterre pour chercher à interposer leur médiation entre les parties belligérantes, si on la réclame, et profiter de tout ce que les Alliés pourront obtenir de la Chine en agissant contre elle avec vigueur. Cette apparition du général russe dans le camp v a été vue avec déplaisir par les Commandants en chef de nos forces. Je ne partage par leur opinion et je crois que le général Ignatiev est beaucoup plus bienveillant pour nous qu'il ne peut l'être pour le gouvernement chinois.

J'irai demain trouver Lord Elgin à Ta-Lien wan et de là nous nous rendrons devant le Peï-ho pour y être à même de profiter de toutes les éventualités favorables que les événements amèneront.

Lord Elgin m'a parlé encore et avec insistance de la crainte qu'éprouvait le général en chef anglais de déplaire au gouvernement de l'Empereur en agissant contre la Chine avec des forces trop considérables. Il parait que le gouvernement des Indes a écrit au général Hope Graht que le Gouvernement de la Reine lui avait prescrit de ne plus envoyer de troupes en Chine, attendu que le Gouvernement français semblait prendre quelque ombrage de voir le corps expéditionnaire anglais acquérir des proportions considérables. Lord Elgin m'a de nouveau posé une question assez embarrassante, pour savoir si je ne ferais aucune objection contre l'emploi d'une aussi forte armée que celle qui agissait avec nous dans le Pe Tche-li. J'ai répondu encore à Lord Elgin que, dans la position assurément très grave où nous nous trouvions placés, il me semblait que plus les movens d'action dont nous pourrions disposer seraient puissants, plus vite

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nous aurions atteint le but auquel nos deux gouvernements nous ont prescrit d'arriver. Votre Excellence sait que jamais un mot ne m'a été dit au sujet de cette préoccupation du cabinet de Londres, ni des craintes supposées du gouvernement de l'Empereur.

Rien n'est ebangé dans la situation générale. Toujours même silence de la part du gouvernement chinois ; toujours même ignorance, dans nos camps, de ce qui se passe à Ta-Rou ou à Pe-Ring. Nous ne pouvons obtenir aucun renseignement, aucune donnée, et, je le dis avec chagrin, pendant ma seconde mission en Chine, les missionnaires répandus dans l'intérieur du pays et dans Pe-King môme gardent avec nous le même silence qu'ils ont gardé pendant la première. Pas un avis, pas un conseil, pas un renseignement ne nous a été adressé, même indirectement par eux.

J'envoie ci-joint à Votre Excellence une copie de la lettre que j'ai écrite au général de Montauban et à M. l'amiral Cbarner, et une copie aussi de la réponse que j'ai reçue de ces deux officiers généraux.

Agréez, etc.

Sig. Run Gros.

LE BARON GROS A M. LE GÉNÉRAL MONTAUBAN ET A M. l'aMIRAL

CHARNER, T7 JUILLET 1860.

A bord du Du Chayla,, en rade de Tclie-fou, le 17 juillet i8(io.

M'" l'Amiral,

M1' le Général en Cbef,

Au moment où j'ai quitté Paris pour me rendre en Chine, en qualité d'Ambassadeur extraordinaire et de Haut Commissaire de l'Empereur, le Gouvernement de S. Mtô m'a remis des instructions spéciales pour agir conformément à l'état de choses que je trouverais en y arrivant. 11 avait pu dès lors prévoir deux éventualités différentes. L'une était l'acceptation par le gouvernement chinois de l'ultimatum qui lui avait été présenté par le Ministre de l'Empereur et par conséquent le rétablissement <lc la bonne harmonie entre la .France et le Céleste Empire; l'autre,

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le rejet de cet ultimatum et, par suite, La remise des affaires entre les mains des Commandants en chef des troupes alliées, et la mise à exécution de mesures hostiles contre le Cabinet de Pe- K.ing, pour ramener par la force à céder à nos demandes.

C'est cette dernière éventualité <|iie nous avons trouvée réalisée, Lord Elgin et moi, en arrivant en Chine. Le Cabinet de Pe- King a rejeté l'ultimatum du Ministre de l'Empereur, ce dernier a remis immédiatement les affaires entre les mains des Commandants-en-Chef de nos forces, et ceux-ci, de concert avec leurs collègues d'Angleterre, ont commencé les opérations militaires en s'emparant de la grande, île de Chousan, et en faisant débarquer et camper sur le Continent Nord de la Chine et à quelques lieues, pour ainsi dire, de Pe-King,' deux armées considérahles prêtes à marcher sur cette ville.

11 m'est donc impossible de ne pas considérer l'emploi de mesures hostiles comme étant en pleine voie d'exécution et mes instructions me prescrivent, en pareille circonstance, de ne pas entraver l'action militaire, mais d'être toujours prêt à recevoir les ouvertures sérieuses qui pourraient m'être adressées par le Gouvernement Chinois, en y donnant suite, s'il était possible de le faire, sans compromettre d'une manière quelconque la sûreté' de nos forces militaires ou maritimes.

Nous nous sommes donc entendus, Lord Elgin et moi, sur la marche que nous aurions à suivre maintenant, et avons pensé que nous devions nous adresser officiellement aux commandants en chef de nos forces respectives, pour les engager à poursuivre activement la mise à exécution des plans qu'ils ont arrêtés entre eux et cjui, d'accord avec nos désirs consistent à enlever les forts de l'embouchure du Peï-Ho, à déblayer la rivière des obstacles qui en gênent la navigation jusqu'à T'ien-Tsin, et à s'emparer de cette ville murée qui deviendrait une place d'armes en communication avec la mer ; c'est dans T'ien-Tsin que les deux Ambassadeurs de France et d'Angleterre, s'établiraient encore une fois pour y attendre les ouvertures qui pourraient leur être faites par le gouvernement chinois et pour y prendre l'initiative de celles qu'ils croiraient devoir adresser au Cabinet de Pe-King, sauf, plus tard, à agir de concert avec les Commandants alliés s'il fallait en venir encore à de plus graves extrémités.

Nous avons pensé, Lord Elgin et moi, que le Gouvernement chinois ayant gardé envers nous le silence le plus absolu, depuis les notes qu'il a passées à M. de Bourboulon et à M. Bruce pour rejeter les demandes de la France et de l'Angleterre, nous

l'amiral charner vu baron gros a3~

devions aussi nous abstenir de toute communication à lui faire jusqu'au moment où le résultat des opérations militaires, commencées déjà, permettrait aux Ambassadeurs de s'établir à T'ienïsin et aurait prouvé au Cabinet de Pe-King que le parti de la guerre compromet l'existence même du gouvernement et que toute résistance étant inutile désormais, l'intérêt de sa propre conservation veut qu'il se soumette aux conditions que nous lui avons imposées.

Toute autre marche à suivre n'amènerait, j'en suis convaincu, (pie des lenteurs inutiles et qu'il faut éviter, et une démarche faite par Lord Elgin et par moi auprès du Gouvernement Chinois avant qu'il n'ait perdu forcément le souvenir de l'affaire de Ta-Kou ne serait considéré par lui que comme un acte de faiblesse ou de crainte qui le rendrait plus arrogant et plus aveugle encore qu'il ne l'est déjà sur ses véritables intérêts.

Nous comptons, Lord Elgin et moi, nous rendre devant l'embouchure du Peï-Ho lorsque les deux divisions, anglaise et française, s'approcheront des forts qui en défendent l'entrée, et nous serons prêts à remonter à T'ien-Tsin dès que vous nous aurez fait connaître que la route est libre.

Je vous prie donc, Mr l'Amiral (M1 le Général en Chef), de vouloir bien agir conformément aux désirs que j'ai l'honneur de vous exprimer au nom du Gouvernement de l'Empereur et de vouloir bien aussi me faire connaître en temps et lieu, les dispositions que vous auriez prises et les résultats que vous auriez obtenus.

Il m'est impossible (M1' le Général, M' l'Amiral) de ne pas compter sur un prompt et honorable succès.

Agréez, etc.

(Sig.) Baron Gros.

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