CHAPITRE XVII PE-T'ANG
DÉBARQUEMENT, Ier AOUT l86o.
L'embarquement des troupes étant terminé, les deux flottes quittèrent leurs mouillages de Tche-fou et de Talien wan le 26 juillet et pénétrèrent le 27 dans le golfe de Tchc-li ; on avait laissé à Tche-fou, 220 hommes d'infanterie sous le commandement d'un chef de bataillon, ainsi que le Duperré, vaisseau-hôpital, et Y Andromaque ; à Ta-lien wan, on avait gardé 200 à 3oo hommes, des fonctionnaires du Commissariat, et un vaisseau-hôpital.
Le 28, les flottes réunies jetaient l'ancre au Sud-Ouest de l'île de Cha-lui-tien, à douze milles environ de la passe du Pe-t'ang Ho.
Le 29, sous la direction du lieutenant de vaisseau de la Mark, accompagné de l'ingénieur hydrographe Mancn et du lieutenant-colonel Dupin, une reconnaissance de la ru vièrc était faite.
Le 3o, les deux flottes appareillaient et se rapprochaient de l'embouchure du Pe-t'ang Ho ; l'état de la mer empêchait le débarquement le 3i, mais le Ier août, à la pointe du jour, par un temps pluvieux, environ 2 000 Français et autant d'Anglais portés par des chaloupes et des jonques, passaient la barre du fleuve sans difficultés ; vers 3 heures, on était à 3 kilomètres des forts de Pe-t'ang; sur l'avis de
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Montauban, le débarquement enl lieu aussitôt : ce lut au milieu de la houe et de l'eau, que les chefs alliés el leurs troupes gagnèrent la terre ferme; les forts n'étaient pas défendus el furent occupés sans combat ; on y découvrit néanmoins quelques mines qui auraient pu causer beaucoup de mal si elles axaient éclaté '.
Le 2 août, à ."> heures du matin, les généraux étaient dans les forts cl les troupes alliées entraient dans la ville de Pet'ang dont les habitants affolés s'enfuvaienl avec leurs femmes et leurs filles; quelques-unes de ces malheureuses avaient préféré la mort à la fuite et s'étaient étranglées pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur; une population de 3 ooo âmes s'était rendue sans faire la moindre résistance 2.
i. « Les forts de Pé-tang étaient garnis du côté de la mer de canons en bois, pour faire croire de loin à de formidables préparatifs de défense; et du côté de la ville, ce qui était plus sérieux, de trois batteries de bombes disposées quatre par quatre, de telle façon que l'armée alliée, en voulant forcer l'entrée de ces forts, devait, par le moindre contact, faire éclater ces engins destructeurs. » (C. de Mutrécy, Campagne de Chine, I, p. 33a.)
2. « C'est une ville de forme elliptique, entourée d'un large fossé et partagée en deux portions par une longue rue, où vont se rendre une multitude de petites avenues et de culs-de-sac ; les habitants sont au nombre de 3 ooo. Les Français occupèrent le quartier de gauche et les Anglais le côté droit de cette cité. Ce qui donnait de l'importance à la possession de Peh-tang, c'est que cette situation se trouvait à l'embouchure de la rivière, ce qui permettait de débarquer facilement le matériel.
« Toute la population, consternée, avait fui à notre approche ; des Chinois avaient donné la mort à leurs femmes, et s'étaient suicidés après; le plus grand nombre avait abandonné leurs maisons après avoir brisé leurs meubles, laissant le reste à la merci des alliés. De malheureuses femmes qu'on retirait demi-mortes des puits, des enfants immolés par leurs parents, des cadavres gisant dans presque toutes les maisons, nous donnaient un spectacle des plus douloureux.
« Ce séjour était des plus malsains dans les conditions où nous le trouvâmes : telles que la putréfaction des cadavres sous l'influence de la chaleur de la journée, le manque de végétation et d'arbres, car les environs ne présentaient qu'une vaste plaine nue, en partie inondée par la mer pendant la marée; les exhalaisons malfaisantes qui sortaient de la fange des ruisseaux, une boue liquide à marée basse ; une épidémie n'aurait pas