‹ L'expédition de Chine de 1860Chapitre 17 sur 271 · CONFIDENCES DE LORD EL(.I · texte numérisé non relu

CONFIDENCES DE LORD EL(.I

relations avec les Commissaires Impériaux, de ses idées sur la situation actuelle et de son intention de remonter le Yang-tseu. Le baron Gros a noté ces confidences dans son journal dont nous donnons l'extrait suivant :

Aujourd'hui, Vendredi 5 nov. i858, j'ai vu Lord Elgin chez lui, où, sans, pouvoir, m'a-t-il dit, me remettre une copie de la correspondance qui venait d'avoir lieu entre lui et les Commissaires Impériaux, il m'en a donné lecture.

L'initiative vient des Commissaires. Ils lui écrivent le 2 de ce mois pour lui rappeler cpie le traité anglais a été signé sous la menace appuyée par les canons alliés et que le Gouvernement Chinois, pour éviter des malheurs incalculables a été contraint de céder à toutes les exigences de l'Angleterre, et a voulu, en agissant ainsi, obtenir avant toute chose l'éloigné nie ni des forces anglo-françaises qui menaçaient Pe-King. Les Commissaires rappellent ensuite à Lord Elgin qu'il leur a souvent dit que jamais il ne voudrait faire un acte qui pût être fatal à la Chine et que, cependant, en ayant exigé par la force l'admission des Agents étrangers en résidence permanente à Pe-King, il a peut-être compromis l'avenir de l'Empire et la sûreté de la dynastie.

Les Commissaires Impériaux loin de nier que le Gouvernement de la Reine puisse faire résider ses Agents dans la capitale s'il le veut, reconnaissent loyalement qu'il en a le droit par suite du nouveau traité ; mais, comme il a en même temps la faculté de ne les y envoyer qu'éventuellement, les Commissaires disent que le Gouvernement de Sa Majesté Britannique donnerait à celui de l'Empereur une preuve irrécusable de tout l'intérêt qu'il lui porte s'il voulait ne faire usage que de ce dernier droit et fixer la résidence permanente de ses agents dans une autre ville de l'Empire, à Chang-Haï, par exemple, ou même à Nan- King, lorsque les rebelles en auront été expulsés.

Les Commissaires, dont la note est remarquable de modération et de logique, font ensuite un appel direct à la loyauté de Lord Elgin et rappellent de nouveau les circonstances fatales qui ont obligé le Gouvernement chinois à courber la tète et à céder à la force pour ne pas périr.

Dans sa réponse aux Commissaires, Lord Elgin leur oppose un refus nettement formulé, motivé sur l'impossibilité de revenir sur une clause d'un traité déjà signé. Il ajoute que loin de considérer la présence des agents diplomatiques anglais auprès

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de l'Kmpcrcur comme un malheur ou un danger pour le pays, il l'envisage au contraire comme un moyen de l'aire coimailre la vérité à l'Empereur et de pouvoir ainsi arranger à l'amiable les différends qui surgiraient un jour. Il fail remarquer aux Commissaires Impériaux que si au lieu de n'avoir pu traiter les affaires qu'avec le Vice-Roi de Canton intéressé à déguiser la vérité, on cul eu le moyen de la faire connaître à l'Empereur ou an moins directement à ses ministres, les graves événements qui venaient d'avoir lieu eussent été prévenus.

Lord Elgin termine sa note en prenant acte de la loyauté avec laquelle les Commissaires Impériaux reconnaissent à l'Angleterre le droit incontestable de faire résider en permanence, si elle le veut, ses Agents diplomatiques à la Cour.

La réplique des Commissaires m'a paru être aussi modérée H aussi bien rédigée que leur première lettre. Elle renouvelle leurs demandes, les appuie sur les mômes arguments, et fait encore le même appel à la lovante personnelle et aux sentiments de bienveillance de Lord Elgin. Les Commissaires finissent par dire clairement que si le Haut Commissaire Anglais s'engage à employer son influence auprès de son Gouvernement pour ob tenir de lui que les agents diplomatiques anglais ne s'établissent pas en permanence a l'c-lving, ils feront de leur côté de nouvelles concessions.

La seconde note de Lord Elgin est moins sévère et moins tranchée que la première : elle donne même lout espoir aux mandarins, puisque Lord Elgin s'engage à transmettre leurs vœux au Gouvernement de la Reine et à employer son influence pour que, dans les premiers temps du moins, la résidence des agents qui auraient procédé dans Pe-King à l'échange des ratifications allassent s'établir ensuite à Chang-Haï ou ailleurs ; mais, tout en conservant le droit que le traité leur donne, droit dont ils feraient usage à la moindre dilliculté qui s'élèverait entre les deux nations.

Cette condescendance de Lord Elgin n'a pas été gratuite. Il m'a conlié que dans une entrevue qui avait eu lieu avant que sa dernière réponse ne fût écrite, il avait demandé ou fait demander aux Commissaires l'autorisation de remonter le Yang-tseu lviang, si cette concession pouvait être une de celles qui lui étaient olfertes et il a ajouté qu'il ne s'agissait pour lui que d'explorer la rivière et de voir quels sciaient les trois ports qui, plus lard, pourraient être ouverts au commerce anglais.

Lord Elgin m'a dit qu'on avait accédé à sa demande et qu'on

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