RAPPORT ADRESSÉ PAR M. DE BASTARD A S. E. LE BARON GROS 4 I I
délégués du Prince Koung pour recevoir en votre nom, l'indemnité pécuniaire que le Gouvernement chinois alloue aux victimes du 18 septembre dernier et pour m'entendre aussi avec ces délégués sur le projet de Convention à signer pour rétablir la paix.
L'entrevue a eu lieu aujourd'hui, à 2 heures de l'après-midi, dans Pe-King ; en m'y rendant, j'ai passé par le quartier-général, où M. le Général en Chef, sur votre demande, a bien voulu mettre à ma disposition une escorte de 20 hommes d'élite et me l'aire accompagner par M. l'Intendant et M. le Payeur de l'Armée et par quelques officiers comptables avec une Compagnie de cbasseurs à pied destinée à convoyer les voitures qui devaient aller chercher et apporter au camp français la somme promise par le gouvernement chinois.
J'ai trouvé à l'heure et au lieu fixés d'avance, Hcng-Iv'i, Intendant au Palais impérial, Tchonque, Intendant des Sels à T'ien-tsin, et un mandarin à bouton rose du nom de Song-ki, dont j'ignore la position olficielle dans l'administration chinoise, tous les trois délégués par le Prince Koung, pour s'entendre avec moi.
Heng-k'i, que je n'avais pas vu depuis le 18 septembre et que j'ai trouvé très changé, m'a dit tout de suite cpie les 200000 taels promis me seraient remis immédiatement et il m'a montré en même temps des voitures qui encombraient la petite rue qui conduit au yamen où nous étions. Ces voitures étaient chargées de caisses renfermant, à ce que m'a dit Heng- K'i, la somme convenue. L'une d'elles, ouverte devant moi, était effectivement pleine de lingots d'argent et Heng-R'i m'a assuré que ces caisses étaient au nombre de 67, contenant chacune 3 000 taels, sauf une seule, dans laquelle 2 000 taels seulement se trouvaient. Le nombre des caisses énoncé a été reconnu exact, mais le payeur de l'armée m'a fait observer qu'avec les moyens dont il disposait, il lui était impossible, séance tenante, de vérifier le poids et le titre de l'argent, que, par conséquent, il ne pouvait, en encaissant le métal qui était sous ses yeux, me donner le reçu qui aurait annulé, pour mettre à couvert votre responsabilité, celui que V. E. m'avait chargé de remettre à lleng-K'i et qui était destiné au Prince Koung. La vérification ne pouvant être faite qu'au camp français, j'ai demandé à Heng-R'i de consentir à ce que les lingots y fussenl transportés pour v être pesés ot, comptés m présence, bien entendu, (]c± autorités chinoises qu'il déléguerai! à cel effet, Heng-K'i, je dois
C0NVEN1 IONS DE PE Kl\i;
le dire, n'a fail aucune difficulté de satisfaire à ma demande ; de mon côté je lui ai promis que le reçu, destiné an Prince k< -• lui sérail remis dès que les autorités françaises se seraient assurées du quantième des lingots chargés sur \c< voitures, lesquelles furent immédiatement conduites au camp, hors de la ville, convoyées par la Compagnie de Chasseurs à pied el sous la direction de M. l'Intendant, «lu Payeur de l'armée el des officiers comptables qui m'avaient accompagné.
Cela fait, Heng K i a reçu de M. de Méritens, interprète de l'ambassade, qui était venu avec moi, le projet de la Conven lion préparée ,:i T'ien tsin : il la connaissait déjà à T'ien-tsin, elle lui avait été communiquée el à ï'oung-tcheou, le 17 septembre il assistait à mon entrevue avec le Prince Tsai, à qui j'avais remis ce document : quant aux articles nouveaux, le 6e et li" 0' relatifs à la restitution des Églises catholiques et à la liberté d'émigration pour les Chinois, à coup sûr il n'en prenait |>as connaissance pour la première lois, la correspondance ollicielle de \ . E. avec le Prince Kouner n'avanl rien laisse ignorer .1 cet égard. Heng K'i n'en a pas moins lu, à trois reprises différentes ce projet dont il a fait prendre copie par ses lettrés. Il m'a demandé la substitution de deux ou trois mois à ceux dont les interprètes français s'étaient servis dans leur rédaction : M. de Méritens m'ayanl affirmé que celle modification n'altérait en rien le sens de la convention, j'\ ai consenti avec empressement. 11 a insisté ensuite sur l'impossibilité où le Gouvernement "chinois se trouverait sans doute, par suite des derniers événements, de payer intégralement et comptant la somme de 1 million de laels stipulée par l'article !\ et il m'a prié de soumettre à V. E. cette observation qu'il ne faisait, dit -il, que pour constater la sincérité du désir que le Gouvernement cbinois avait de s'acquitter et pour constater aussi sa bonne foi, puisque le premier il prévoyait le non-accomplissement, mais seulement pour cause de force majeure, de ses obligations.
L'art, (j a été' consenti, sans discussion, étant convenu d'ailleurs (pie la restitution à leurs propriétaires des établissements religieux et de bienfaisance catholiques dans tout l'Empire, ne pouvait avoir lieu aujourd'hui même, mais qu'elle serait effectuée par le Gouvernement chinois et par l'entremise de la Légation de France en Chine.
\11cune observation n'a été faite sur l'art. 9, identique, me dit Heng Iv i, à l'article correspondant de la Convention anglaise.
LE BARON GROS AU GÉNÉRAL DE MONTAUBAN Zjl3
Heng-K'i m'a déclaré ensuite que le Prince Ivoung était prêt à signer cette convention et à échanger les ratifications du traité de i858, au lien, au jour et à l'heure qui conviendraient à V. E. Conformément à vos instructions, j'ai répondu que le 20 de ce mois, à 1 heure de l'après-midi, la signature de la Convention et l'échange des ratifications pourraient avoir lieu à Pe-king, dans le palais où S. Exe. l'Ambassadeur d'Angleterre aurait signé la convention analogue et échangé les ratifications de son traité.
Les deux collègues de Heng-K'i ont assisté à cet entretien, sans dire un mot. Le mandarin Song-ki a paru seul y prêter une grande attention.
Je suis, &c. (S'g-) Léon de Bastard.
Le général de Montauban avait été prévenu le 22 octobre, dès le matin pour qu'il puisse fournir en temps utile l'escorte nécessaire à M. de Bastard.
LE BARON GROS AU GENERAL DE MONTAUBAN
Lamaserie de Houang-seu, le 22 octobre 18G0, 8 heures du matin.
M. le Général,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance cpie les engagements pris par le Prince Koung Ts'in-Wang, frère de l'Empereur et Commissaire Imp. reçoivent aujourd'hui un commencement d'exécution.
Une somme de 200 000 taels représentant à peu près une valeur de 1 5ooooo francs sera prête à mètre remise, aujourd'hui, 22 Octobre, à 1 heure après-midi dans Pe-king. S. A. I. désire que je reconnaisse avoir reçu cette somme comme indemnité allouée par le Gouvernement chinois aux sujets français, arrêtés dans la journée du 18 septembre et cpii sont revenus au quartier général français comme aussi à la famille de ceux qui ont succombé pendant leur captivité, cette indemnité devant être répartie entre les intéressés par les soins du gouvernement de l'Empereur. Je lui en donnerai donc quittance, mais cet argent devra être encaissé immédiatement et devant M. le Gte de Bastard, 1" secrétaire de l'ambassade, qui me représentera, par le chef de service du trésor de l'armée ou par ses délégués qui m'en
\l'\ CONVENTIONS DE PE-KING
donneronl aussitôl un rein annulanl pour ma responsabilité celui que j'aurai remis au Gouvernemenl chinois.
Vous m'obligerez^ donc, M. le Général, si vous voulez bien donner les ordres nécessaires pour que M. le Payeur «le l'armée avec les moyens de transport, el nue escorte de sûreté se joignenl à l'un ou à plusieurs officiers de votre lll.it Major cl à M. de Bastard pour partir d'ici aujourd'hui vers midi, afin d'être au rendez-vous assigné dans Pe-King avant une heure précise. Je pense aussi, M. le Général, pouvoir aller m'établir dans le yamrii que l'on nie destine en ville el s'il est prêl demain, ce sérail vers onze heures que je voudrais m'\ rendre. J'ignore quelles sont les intentions de Lord Elgin au sujet de la garde ou de l'escorte qu'il voudra prendre avec lui. .le crois (pie ,'îoo hommes d'élite suffiraient el. au delà pour la sécurité de l'ambassade comme pour donner quelque apparat aux réunions qui auront lieu pour la signature el l'échange dc-^ traités.
Je serais heureux, M. le Général, si une partie de la vaste habitation que l'on prépare pour moi pouvait vous convenir el -i vous vouliez dans la journée envoyer examiner les lieux vous pourriez me Faire savoir si le local vous convient et si vous voulez le partager avec moi.
Si. comme je l'espère, rien ne vient désormais entraxer la marche des négociations, tout peut être terminé dans deux ou trois jours et noire retour à T'ien-tsin s'effectuera lorsque vous le jugerez convenable. Si je puis descendre par la rivière depuis T'oung-tcheou, je prendrai ce parti pour éviter les fatigues d'un voyage comme celui que j'ai fait de T'ien-tsin à Pe-King.
Des que la Convention de paix sera convenue entre les délégués chargés de l'établir, j'aurai l'honneur de vous en envoyer une copie.
Agréez, etc. Sig. Bon Gros.
Enfin, le baron (iros prévenait, le 23 octobre le prince koung qu'il serait prêt à signer la convention le 20.