LA POLITIQUE DE LA FRANCE
A différentes reprises, la France avait cherché à prendre sa part d'influence dans les pays d'Extrême-Orient, mais aussi bien en Chine, qu'au Siam, en Cochinchine et au Japon, notre politique avait été pleine d'incertitude, avait manqué de suite, et par suite n'avait pas été couronnée de succès jusqu'alors.
Le 17 octobre 1869, le comte Walewski remettait à l'Empereur qui l'approuvait un long rapport sur les affaires de Chine dont voici la fin :
Il sera de toute justice d'exiger cette fois une indemnité qui non seulement couvre tous nos frais de guerre, mais qui empêche le Gouvernement chinois d'oublier de si tôt à quel prix il est exposé désormais à racheter ses torts envers nous. Pour l'opinion publique en France, le paiement d'une forte indemnité sera, d'ailleurs, la meilleure constatation du succès de L'expédition nouvelle.
Mais à côté de cette indemnité, il est un avantage d'une autre nature que le Gouvernement de l'Empereur peut songer avec toute opportunité à retirer de l'expédition prochaine : c'est la prise de possession d'un point du territoire chinois où nos bâtiments de guerre et de commerce puissent séjourner el s'abriter
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dans l'avenir, sous la protection de notre pavillon. L'utilité d'une occupation de cette nature avait déjà, à une autre époque, frappé le Gouvernement français. Lorsqu'en i843, il envoyait en Chine la première Mission française, il comprit la nécessité d'établir une station navale dans ces parages et il se demanda aussitôt où les navires qui la composeraient iraient se ravitailler, réparer leurs avaries, guérir leurs malades. Il repoussa l'idée de leur assigner comme point central rétablissement portugais de Macao ou la colonie britannique de Hong-Kong ou le Port espagnol de Manille. Le pavillon français devait flotter dans les mers de Chine sur un point où nos navires trouveraient un abri assuré et des secours de toute espèce. Les considérations qui avaient décidé à prendre possession des îles Marquises, à accepter le protectorat des îles de la Société, conseillaient également de former, dans le voisinage de l'Empire chinois un établissement militaire ainsi que les Anglais l'avaient fait à Hong-Kong. Cet établissement devait réunir plusieurs conditions essentielles : proximité de la Chine, port vaste et fermé pour que les bâtiments n'aient pas à y craindre les tempêtes si fréquentes et si redoutables de ces mers, position isolée et facile à défendre comme celle de Hong-Kong ; climat salutaire, pour que nos équipages pussent s'y rétablir promptement des maladies qu'occasionnent les chaleurs tropicales. On examina les quelques points qui, au premier abord, semblaient de nature a répondre au but qu'on aurait en vue. Les îles Anamba et Natuna situées à la sortie du détroit de Malacca furent écartées par crainte du voisinage des établissements trop importants des Anglais et des Hollandais à Singapour, à Sumatra et à Bornéo. Les îles de Poulo Condor et de Chain Colao, sur les côtes méridionales de la Cochinchine, le furent aussi pour raison d'insalubrité. On pensa alors soit à Tourane, si ce dernier danger n'y existait pas également, soit à quelqu'une des îles qui, comme celle peu connue de Basilan, étaient comprises dans l'Archipel des Philippines, mais se trouvaient hors de la souveraineté de l'Espagne et il fut décidé que l'on s'éclairerait d'abord par des investigations convenables. Bien que les éludes qui furent prescrites à ce sujet n'aient point eu de suite ultérieurement, le projet que formait, à cette époque, le Gouvernement Français n'en reposait pas moins sur des considérations tout à fait dignes de son attention et dont la Mission du Baron Gros et l'entreprise de Cochinchine démontrent également aujourd'hui toute la justesse. Si les autorités Britanniques de Hong-Kong oui apporté un très grand empressement, don! nous axons dû remercier le Gouvernement
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anglais, à fournir aux navires d<' guerre qui avaient accompagné le Plénipotentiaire Extraordinaire de l'Empereur en Chine, tons les secours et toutes les facilités de réparation dont ces navires avaient besoin, ils l'ont l'ait en même temps avec une ostentation de bon vouloir, qui constatait combien, dansées parages, la position des deux pavillons étail différente ! Quant à La Cochinchine, on a pu juger des difficultés qu'entraînait une expédition s'accomplissant loin de toutes les ressources qu'elle devait appeler à son aide. La seule différence qui puisse exister entre le projet conçu antérieurement et celui qu'on exécuterait maintenant consiste en ce que la question se trouve liée aujourd'hui aux affaires de Chine. Il faut, si le Gouvernement de l'Empereur reprend l'idée d'un établissement dans les Mers de Chine qu'on eboisisse un point qui appartienne au Gouvernement chinois, afin que cette occupation soit, avec l'indemnité que nous exigeons, le châtiment de sa conduite. Il n'est pas besoin d'insister sur l'utilité, pour notre marine, d'un établissement de celle nature, mais il es! à propos d'observer que quelque favorable que soit le dénouement des complications actuelles, on ne saurait affirmer que le Gou- \ ornement chinois s'amendera de manière à ne plus nous donner jamais de motifs de plainte. Or, le cas échéant d'en revenir contre lui à des actes de rigueur, nous regretterions de ne nous être pas assuré le moyen de le faire à moins de frais et plus promptement, si nous laissions échapper une occasion que nous ne retrouverons peut-être point, de prendre nos sûretés pour l'avenir. En ce qui concerne le parti que notre commerce pourrait tirer de l'établissement dont il s'agit, il est incontestable qu'il ne peut être celui que le commerce anglais s'est trouvé à même de tirer de Hongkong, grâce à ses riches possessions de l'Inde. On ne saurait prétendre, toutefois, que nos produits ne puissent trouver place sur les marebés de la Chine et y devenir l'objet de transactionplus importantes qu'en ce moment. Il est permis de penser, au contraire, que la certitude d'une protection plus efficace encouragera des opérations dans lesquelles notre pavillon redoute de s'engager en l'état des eboses. Un double intérêt semble donc conseiller au Gouvernement de l'Empereur l'application d'une idée à laquelle les circonstances rendent son opportunité et qu'elles légitiment assez, d'ailleurs, pour ôter à l'Angleterre le droit de s'y opposer et de s'en étonner.
Si Votre Majesté approuvant les considérations que je viens d'avoir l'honneur de lui exposer, daigne, en conséquence, donner son assentiment aux conclusions de ce rapport, je m'occuperai.