AFFAIRE DU 3 AOUT
Le 3 août, les généraux CoUineau et Sutton firent une reconnaissance sur la chaussée qui conduit du Pe-t'ang Ho au Pei-ho et ils la nettoyèrent de la cavalerie tartare qui la surveillait et couvrait le village de Sin-Ho : 7 Français et 12 Anglais furent blessés peu gravement dans cette aflaire.
Du f\ au 1 1 août, la pluie rendant les routes impraticables, toute opération militaire devenait impossible.
LE BARON GROS A M. THOUVENEL, MIMSTRE DES AFFAU\ES ÉTRA?<GÈRES
A bord du /)// Chnyla, en rade devant Pc-t'ang, le 5 août 1860.
Monsieur le Ministre,
Au moment où j'ai l'honneur d'écrire à Votre Excellence, les deux expéditions, française et anglaise, sont établies dans la ville et dans les forts de Pe-t'ang, et les canonnières des deux nations, mouillées dans la rivière, l'ont remontée sans obstacle jusqu'à huit ou dix milles au-dessus des forts. Cet important résultat, qui nous donne une bonne base d'opérations communiquant avec les flottes a été obtenu sans que la moindre résistance nous ait été opposée de la part des Chinois.
,I'ai quitté la rade de ïcbe-fou, le 25 juillet dernier, l'expédition française devant en partir le 26, je suis allé voir à Ta-lien wan, Lord Elgin, le général Grant et l'amiral Hope, et comme la flotte anglaise a appareillé le 20, nous avons quitté la rade le même jour. Lord Elgin et moi, lui. en accompagnant la division anglaise, moi, en allant rejoindre l'amiral Charner, que je devais rencontrer au nord des îles Miao-tao. Le lendemain soir, les deux divisions se trouvaient réunies au lieu du rendez-vous, situé à 20
manqué de s'y développer si l'on n'avait pris sur-le-champ des mesures pour la conjurer. » (D'' F. Castano, Exp. de Chine, pp. laS-^.)
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milles, clans le sud-est de Ta-Kou et de Pe-t'ang. Le 38, les deux flottes ont levé l'ancre et sont venues se placer en vue des forts de Pc-t'anget en vue aussi, mais à une plus grande distance, des redoutes du Pei-ho.
En arrivant au mouillage devant De-t'ang, nousv avons trouvé le général l^na'tiev, avec quatre navires de guerre russes, et M. Ward, le ministre américain, avec deux bâtiments portant son pavillon, ils avaient pris ce mouillage depuis plusieurs jours, et leur présence dans ces parages a dû nécessairement faire comprendre aux Chinois que Ta-K.ou ne serait pas le point attaqué par les Alliés, mais que toiis leurs eilorts allaient être dirigés sur Pe-l'ang. Malgré cela, aucun préparatit' de défense n'a été fait à l'entrée de la rivière et le général Ignatiev, comme M. Ward, croyent qu'il entre dans la politique du gouvernement chinois de prouver qu'en fortifiant le Pei-ho dont il interdit l'entrée aux navires étrangers et en leur indiquant le Pe-t ang ho comme une route ouverte depuis longtemps, il est conséquent avec lui-même et qu'il établit ainsi la sincérité de ses bonnes intentions.
Peu de jours avant notre arrivée devant Pe-t'ang, le général Ignatiev avait reçu une communication otTicielle de l'un des principaux mandarins de la province, du gouverneur général, je crois, et cette communication était faite, évidemment, pour être montrée aux agents de la F'rance et de l'Angleterre, mais sans qu'im désir formel fut exprimé à ce sujet, dans le document dont il s'agit.
Cette communication est la reproduction presque littérale des réponses faites par le (îouvernement chinois aux ministres de France et d'Angleterre, lorsqu'il a rejeté leur ultimatum. Il v est dit « que la F'rance est étrangère auconilit actuel, puisqu'au- « cun de ses bâtiments ne se trouvait à l'attaque du Pei-ho en « i8r)c) : on y rappelle que la navigation de cette rivière est in- « terdite aux navires étrangers par des motifs de sécurité inté- « rieure, tandis que le Pe-Canij ho est ouvert et le sera toujours ; « et que si les agents français et anglais veulent prendre cette « voie pour aller à Pe-King v procéder à l'échange des ratifica- « tions des traités de Ticn-Tsin, ils y seront reçus avec tous les « honneurs dûs à leur rang et les traités seront mis à exécution « sans arrière-pensée. Quant à des excuses à faire, il était im- « possible au gouvernement chinois de comprendre qu'il put « devoir en présenter, il lui semblait que ce serait à lui à en « recevoir, bien plus qu'à en donner, puisqu'on était venu, sans « moliC. détruire dans le Pt>i-lio les défenses qu'il v avait éle-
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« vces. )) Le général Ignatiev m'adil qu'il avait cru devoir, pour ne pas m'embarrasser, ne pas me faire olïlcicllement une comminiication de cette nature, puisqu'on ne lui avait pas fait la demande formelle de m'en parler, mais tpi'il s'empressait de m'en instruire conlidentiellement. Il m'a dit encore que pas un barrage — , pas le moindre obstacle ne se rencontrait à Pe-t'ang, et le fait a prouvé qu'il avait été bien informé à ce sujet.
Je me suis empressé de communiquer cette bonne nouvelle à M. l'Amiral Cbarner et à M. le Général de Montauban ; mais ils n'ont pas jugé prudent de cbanger les dispositions qu'ils avaient prises, et, les canonnières anglaises, qui étaient en retard, étant arrivées, un corps de 2000 Français et de 3 000 Anglaisa francbi la barre le i'' août, et à 5 beures du soir a débarqué sur les terrains vaseux qui se trouvent au sud de la ville, et qui restent à découvert à marée basse. Les troupes ont bientôt atteint une cbaussée solide qui mène de Pe-t'ang à Ta-Kou et à Ï'ien-Tsin et elles se sont emparées d'un pont retrancbé cjui aurait pu défendre la ville. Pas un soldat chinois ne s'est montré, pas une autorité n'a paru et à la nuit quelques canonnières ont remonté la rivière, en dépassant les forts, dans lesquels elles 'ont envoyé deux ou trois obus qui y sont toinbés dans le vide. Elles ont mouillé le long des berges de vase cpii forment comme les cjuais de la ville, sur la rive droite de la rivière. Quelques hommes sont allés prendre possession du fort de la rive gauche et l'on est entré dans la ville et dans les forts abandonnés par la population comme par les troupes.
Cet abandon n'était pas cependant tout à fait inolTensif. On a trouvé, dans le grand fort, trois mines assez ingénieusement préparées: une fosse de 5 mètres de long à peu près, sur un de profondeur et un et demi de large avait été creusée en travers de la porte principale du grand fort et dans l'intérieur. Il fallait passer dessus cette fosse pour entrer dans le fort. Deux autres fosses semblables se trouvaient au pied et en travers de deux rampes c|ui conduisent aux deux cavaliers qui dominent le fort. Un plancher mobile, en bois, pouvant pivoter sur un grand axe fixé dessous lui et le dépassant un peu aux deux extrémités, pour qu'il put couvrir la fosse en ne portant que sur ses deux bouts, recouvrait chaque fosse et était lui-même recouvert d'une légère couche de terre semblable absolument à celle du sol. Dans l'intérieur de chaque fosse se trouvaient quatre caisses carrées en fer, renfermant chacune une énorme bombe remplie de poudre et le couvercle de chaque caisse portait deux batteries de fusil à pierre.
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armres, ot dont la (h'tenlo communiquait au moyen d'une corde bien ajustée, aux bords de chacun des deux grands côtés de la trappe à pivot, de telle sorte qu'un homme en mettant le pied sur l'un dos grands cotés du plancher à bascule faisait soulever le boni opposéel partir la délente de l'une des ballerics de chaque bombe. l*ar lui bonheur providentiel, le premier de nos soldats du génie qui est entré dans le fort a marché sur le piège en posant son pied trop au centre pour faire basculer la trappe, mais il a fait remuer le sol, ce dont il s'est aperçu avec frayeur et avant de fouiller ce terrain mouvant que l'on a reconnu comme suspect, on l'a inondé d'eau et les poudres étant novées on a été le maître de la mine. Les deux autres pièges ont été bientôt découverts par analogie et après l'examen du terrain. Du reste, si l'explosion avait eu lieu, nous n'aurions eu que quelques malheurs à déplorer, mais elle n'aurait pu, en aucune manière, compromettre le succès obtenu.
On a trouvé dans les forts une assez grande quantité de fusées à fer de lance et seulement huit ou dix pièces de canon en bois cerclé de fer et hors d'état de faire le moindre mal.
La population de cette ville, en terre battue, l'a abandonnée. Les Sikhs et les coolies anglais ayant commencé à piller, on n'y a trouvé aucune ressource. L'eau potable même y mancjue, et Pe-t'ang n'en était alimenté que par de nombreuses jonques-citernes qui allaient en chercher dans le haut de la rivière, et qui ont disparu à notre approche. L'une de nos canonnières, montée par l'amiral Protêt, a exploré la rivière jusqu'à lo milles audessus de la ville et il a été suivi mais non inquiété par i5o ou aoo cavaliers tartares qui ne l'ont jamais perdu de vue.
D'autres cavaliers tartares se sont montrés moins pacifiques pour nos troupes, le 4 août dans la matinée, et alors que je me trouvais avec Lord Elgin dans la ville nîême de Pe-t'ang, l'on avait vu, la veille au soir, un corps assez considérable de cavalerie, 4 ou 5 mille hommes à peu près, s'avancer en assez bon ordre vers la ville, et le lendemain matin une colonne de i ooo Français, de 2000 Anglais et de quekjues pièces de montagne étaient allés reconnaître le terrain et la cavalerie que l'on apercevait encore. Cette troupe à cheval a fait assez bonne contenance et ne s'est retirée que lorsque nos tirailleurs l'ont atteinte. Elle semble ou posée ou retranchée à l'endroit où se réunissent les deux routes qui vont de Ta-Kou ou de T'ien-ïsin à Pe-t'ang et sur lesquelles on a vu deux charriots marcher à contre-sens, ce fpii indique une assez grande largeur. Nous avons eu quelques