‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 193 sur 236 · LE BAR0^ GROS AU MIMSTRE DES AFFAIRES ETRANGERES · texte numérisé non relu

LE BAR0^ GROS AU MIMSTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

Tuilerie de ïine ou tcliouan, le 8 octobre i86o. Monsieur le Ministre,

Les événements se succèdent avec une telle rapidité et jai si peu mes aises dans la vie d'aventures et de surexcitation f|iie je mène depuis mon arrivée dans le Pe Tclie-li que j'ai à peine le temps de relire ce que je suis obligé décrire en quelque sorte au courant.

La dernière lettre que j'ai eu riionnonr d'adresser à Y. E. était datée du 3 de ce mois et du bivouac de Pa-li K'iao. J'annonçais à Y. E. que nous allions marcbcr sur Pe-king dès que les munitions dont l'armée manquait depuis i3 jours seraient arrivées. Nous les avons reçues le 4 au soir, et le 5, au matin, l'armée s'est mise en marche, et tandis qu'elle s'avançait vers la capitale, je me retranchais dans une ferme située à ime lieue de Pa-li K'iao, auprès d'un dépôt de bagages de l'armée anglaise, et je devais attendre là, que le général de Montaubaii me fit prévenir de ce que j'aurais à faire plus tard. Ma posilion n'était pas bonne. Le commandant du camp anglais qui n'avait que 3oo hommes avec lui, m'avait fait dire que des cavaliers tartarcs s'étaient montrés dans les environs et qu'il avait des craintes pour la nuit : qu'il ne pourrait pas m'envover secourir si j'y étais attaqué, mais qu'il allait placer des vedettes à une demilieue en avant de moi, et qu'à la première alerte j'aurais à me réfugier dans son camp facile à défendre.

A six heures du soir le général de Montauban me faisait pré-

one of lus mes5eng:ers arrived wilh the intelligence that the Emperor had at last conscnted lo the représentation of the war party, and had signed the order for the immédiate exécution of the prisoners, — Parkes and myself being specially mentioned by name ; and that the Government Courier vvas on bis waj and could onlv be a few hours bebind him. Hang-ki having thus timely notice, succeeded in persuading Prince Kung to order our rclease. » (Loch, p. i^y-S.)

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venir qu'il allait porter son quarlier-géiiéral sous les murs même de-Pe-King et il m'engagea à aller m'établir dans une vaste tuilerie entoiuée de murs où il allait passer la nuit, et où je pourrais eu toute sécurité attendre les événements sous la protection de trois compagnies d'inl'anterie commandées par le grand Prévôt de l'armée. Peut-être n'élait-il pas très prudent à moi de parcourir, avec 26 chariots et une escorte de trente hommes seulement, un espace de deux lieues en pays inconnu, sillonné par de nombreuses bandes de cavalleis mongols. Mais je répugnais à courir la chance d'avoir à me placer sous la protection de nos Alliés, et, au point du jour, le lendemain, je me suis mis en route avec mon convoi pour aller m'établir dans la grande tuilerie que le général devait abandonner à G heures du matin, en y laissant trois conqiagnies d'infanterie.

Arrivé sans accident, à 7 lieures du matin, dans la tuderic, je m'y suis établi à l'abri de lout danger. Du sommet des énormes fours à briques renfermés dans l'enceinte murée, nous apercevions distinctement les principaux édifices de Pe-King, et une partie des ramparts crénelés qui entourent la ville. A 9 heures les murs de la ville chinoise se sont couverts de drapeaux blancs, et nous n'avons entendu pendant toute la journée ni coups de fusil ni coups de canon.

Le dimanche, 7 de ce mois, à 7 heures du matin, on est venu me dire que l'on tirait le canon près de Pe-King, j'ai pu m'en assurer, mais la régularité des coups tirés à intervalles égaux, m'a fait supposer que c'était bien plutôt une salve qu'un feu de combat. Le bruit a cessé bientôt et l'on a compté' 21 coups de canon, nombi-e voulu pour un salut '. Les drapeaux blancs flottant toujours sur les remparts, j'ai cru que la ville avait ouvert ses portes et c|ue le prince Ivoung, propre frère de l'Empereur, s'étant rendu au c[uartier général des Alliés avait été salué par leur artillerie.

Le 8 à 9 heures du matin, le capitaine de vaisseau de la marine anglaise lord John Hay, attaché à Lord Elgln, est venu me trouver en se rendant du quartier général à Pa-li K'iao, et il m'a donné fort obligeamment des nouvelles de ce qui s'était passé depuis deux jours sous les murs de Pe-King. '

A l'approche des alliés, m'a-t-11 dit, la ville chinoise s'est couverte de drapeaux blancs, la ville tartare n'a fait aucune démon-

I. Voir page 353, note; c'était un signal du général G rant; voir plus loin.

36o PRISE DU YOUEN-MING-YOUEN

stration. Séng-ko-lin-tsUn et ses liordps avaient disparu, en se relirant vers la ijrande muraille. L'Kmpcreur. le Grand Conseil, les minislres el le prince Koung avaient fui vers le nord. Aucune dépulalioii ne s'était présentée au cpiartier général des Alliés, et les coups de canon si réy^ulièrement espacés que nous avions entendus le 7 au matin, n'étaient que des signaux de reconnaissance faits par le général Grantqui avait perdu sa cavalerie, et qui ne savait pas où était l'armée française.

Lord .lolin m'a dit encore que par suite de cette erreur de route le général de Montauban s'était trouvé en vue de la résidence impériale de 1 ueii Min<j Yiieii, et qu'il s'en était emparé en y trouvant des richesses immenses qui devaient être partagées avec l'armée anglaise.

Aujourd'hui, à 4 heures du soir. M. Parkes et M. Loch seront renvovés aux Alliés. Quant aux autres détenus, ils ne le seront que plus tard, parce que, clil-on, ils ont été éloignés de Pe- King.

Au moment où j'écrivais celte dernière ligne, un dragon anglais m'a apporté une dépêche du Prince Koung, un billet de Lord Eliïin, et deux mots du général de Montauban.

La dépèche du Prince, antérieure aux événements du jour, me réproche comme toutes celles qui l'avaient précédées, de faire toujours avancer nos troupes alors que je parle de mon désir de voir la paix se rétablir, et le Prince m'offrait de me rendre les prisonniers dès que la pair serait signée : j'ai cru inutile de répondre à cette communication.

(^nant au billet de Lord Elgin, en voici la copie: c< Près de Pe-King, le 7 octobre 1860. Mon cher Baron, j'es- « père que demain nous reverrons Parkes et les autres détenus « qui sont encore dans Pe-King, plusieurs d'entre eux n'y sont « pins. Koung a quitté la ville hier, mais on croit qu'il va v « revenir. C'est là ce que j'ai appris par M. ^^ ade (interprète « de Lord Elgin) qui a causé longuement ce soir avec Ilang-K'i « (Sous-Commissaire impérial et l'homme de conhance du a Prince).

« A ous savez que les vôtres sont au Palais d'Eté de l'Empe- « reur. Quand Parkes sera de retour nous comprendrons mieux « où nous en sommes avec le gouvernement cbinois. Tout à <f vous. »

^ oici maintenant les quel([ues mots du général de Monlauban « \uen Ming vuen » (sans date), je copie:

« Monsieur le Baron, J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint

LE BAUON GROS AU MINISTRE DKS AIKAIRES K I H VNGKRES 36 T

« iinc dépèche venue de Pe-Klng à votre adresse. Je suis arrivé « hier au soir au Palais d'Eté de l'Empereur, il est abandonné (( avec des richesses immenses.. J'ai l'ait prévenir le général « Grant et il est arrivé ici avec Lord Elgin. Nous ferons le parce tage, mais nous ne pourrons enlever c[u"une partie minime. « Deux cents voitures ne pourraient pas enlever les choses préce cieuses que contient le palais.

ce Nous allons sommer Pe-lving de se rendre. Je ne puis ce écrire plus longuement. Veuillez... (sig.) de Momauiîan. »

En résumé, nous sommes ou nous serons maîtres de Pe-King sans coup férir : la ville, je l'espère du moins, ne sera ni pilUe ni délraile '. Les ambassadeurs et les commandants en chcl' devront seuls s'établir dans ses murs, les troupes occuperont les faubourgs et les campagnes environnantes, et dans celte nouvelle position nous offrirons encore au gouvernement fugitil de traiter avec lui et de lui rendre sa capitale dès que nous aurons obtenu ce que nous lui demandons.

J'engage le général de Montauban à s'emparer des églises et des autres établissements religieux qui appartenaient autrefois aux Français et aux Catholiques nos protégés dans Pc-King et que le gouvernement chinois a confisqués à diflérentes épocjues. Le droit de conquête nous autorise à les reprendre. Je sais bien que Lord Elgin et nos Alliés verront cette mesure avec chagrin ; mais comme ils ont repris à Ïa-Kou les canons anglais c|ue les Chinois leur 'avaient enlevés en i858, pourront-ils nous reprocher de reprendre dans Pe-King et lorsque la force des armes nous les rend les propriété^ françaises ou catholiques que la Chine nous avait prises à d'autres époques. Je m'étais sans doute engagé envers elle à ne rien exiger cjui ne fût compris dans le traité de i858, et dans la Convention négociée et arrêtée à ï'ientsln, mais la conduite déloyale du gouvernement chinois m'a délié des engagements que j'avais pris avec lui à des conditions

I. Le grand vice-roi Tseng Koiio-foii écrivait en juin 1862: « Les points sur lesquels nous portons, nous autres, nos regards sont, pour ce qui précède le moment présent, ce fait que les étrangers, quand ils entrèrent dans Pc-ICing en octobre 1860, n'ont pas détruit les temples des Ancêtres, ni les autels de nos Dieux nationaux et que, à cette heure même, ils nous aident à Cliang-liaï, à ])<ing-po et ailleurs, à attaquer et à vaincre les rebelles à longs cheveux (les T'ai 1^'ing). Ce sont là deux ^titres acquis à notre reconnaissance. La Chine ne doit pas oublier ce qu'ils ont de grand et leur garder rancune de ce qu'ils ont de petit » (Trad. A. Yissière).

PRISE DU YOlEN-MrNG-YOLE.N

qu'il n'a pas voulu remplir. Ce que je lui demande d'ailleurs n'est que la mise à exécution des promesses laites à la France par rKnipereur Tao-kouang, père du souverain ([ui règne aujourd hui.

Veuillez, etc. (^'S) •^'"' ^^os.

P. S. du i,.

Ce matin à 8 heures', M. Parkcs, un des interprètes de Lord Elgin, M. Loch, l'un de ses secrétaires, et M. d'Escayrac de Laulure ont été ramenés au quartier général des alliés, six soldats d'escorte également détenus ont été mis en liberté. M. d'Escayrac a été très maltraité, ses jambes et ses poignets que l'on avait liés avec des cordes mouillées et tordues au moyen d'un bâton sont couverts de plaies et il lui est encore impossible de se servir de ses mains. Le Chirurgien-major du Du Cliovla que j'ai emmené avec moi, n'est pas inquiet sur son compte, mais sa guérison sera lente et douloureuse. Nous ne savons rien sur le compte des autres détenus. La persistance que met le Prince Koung à ne nous les rendre que lorsque la paix sera faite mo donne les plus vives inquiétudes sur leur sort.

Veuillez, etc. C^ig-) ^°° Gros.

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