CONVENTION ANGLAISE
évacuer les Ghousan, après la signalurc de la Convention ; T'ien-tsin, les forts de Ta-Kou, la côte Nord-Est du Chanïoung et Canton devaient être occupés jusqu'au paiement de l'indemnité.
Le général Grant raconte la réception de lord Elgin par le prince Koung de la manière suivante :
« Le 2 2 octobre, un message me fut envoyé par l'intermédiaire d'un missionnaire catholique romain, français, M. Mahé', qu'il se préparait une trahison contre nous lorsque nous entrerions dans la ville. Il disait qu'il avait entendu raconter par plusieurs chrétiens chinois en lesquels il pouvait avoir confiance, que des machines infernales étaient placées dans les différentes maisons devant lesquelles nous aurions à passer, et que les canons sur les remparts étalent tournés vers le bâtiment où le traité serait signé. Il ajoutait qu'une grande partie de l'ennemi était campée à l'ouest de la ville. Comme je pensais qu'il devait bien y avoir quelque chose de vrai dans tous ces bruits, j'envoyai le major Probyn, avec les deux régiments de cavalerie irrégulière, pour reconnaître dans la direction indiquée. Le détachement arriva soudain sur un camp retranché, où l'infanterie qui longeait la rive l'empêcha d'avancer davantage et le menaça d'ouvrir le feu en pointant des fusils à mèche.
« Comme Probyn avait obtenu toutes les informations nécessaires, et qu'on ne pouvait rien gagner à amener une collision, il se retira très sagement. Ceci me décida à me préparer à toute éventualité et le matin du 2 4 octobre, date à laquelle la signature du traité anglais avait été remise d'une façon inévitable, j'ordonnai à Sir Robert Napier de se mettre en marche, et avec la seconde division, d'occuper la rue principale conduisant à la « Salle des Cérémonies », tâche qu'il remplit avec grande exactitude et jugement. Je
I. Il doit y avoir erreur dans le nom, car aucun missionnaire, catholique, lazariste ou des Missions étrangères de Paris, ne se nommait ainsi.
GoRDiER. — Expéd. de Chine, 1860. 28
/^SA CONVENTIONS DK PK-KING
postai aussi une batterie de campagne à la porte Ngan-ting, prèle à agir au moment donné. Lord Elgin partit dans l'après-midi ; je l'accompagnais avec mon étal-major, 4oo hommes d'infanterie, loo cavaliers et deux musiques jouant en tête du cortège. J'étais à cheval, à côté de notre Ambassadeur qui fut transporté dans une chaise à porteurs richement ornée, jusqu'à la salle, à une distance de trois milles. La grande rue était large et belle, mais la chaussée était atroce. Le milieu était surélevé et assez défoncé, et flanqué de deux petits passages, à peu près impraticables à cause des trous et des mares d'eaiî. Il y avait une grande affluence de spectateurs, hommes, femmes et enfants, mais aucun d'eux ne manifestait la moindre animosité contre nous. Nous mîmes à peu près une heure pour atteindre la Salle des Cérémonies, où le traité devait être signé, et qui était complètement séparée de la ville larlare. Nous franchîmes.les portes de la salle, traversâmes les jardins, jusqu'au chemin pavé, et en approchant de la grande entrée, nous rencontrâmes le prince Koung et près de 5oo mandarins, quelques-uns d'entre eux, princièrement vêtus de robes de cérémonie, en soie. Le prince s'avança et joignit ses mains devant sa figure, à la manière du salut chinois, mais lord Elgin lui répondit par un regard fier cl dédaigneux et simplement s'inclina légèrement, ce qui a dû glacer le sang dans les veines du pauvre Koung. Ce dernier paraissait un homme du monde, fm, évidemment anéanti par la peur. Nous fûmes placés sur des sièges de cérémonie, à la place d'honneur, à gauche, et la convention fut posée devant le Commissaire impérial, qui, pour cette occasion, était investi de pleins pouvoirs. Après avoir discuté sur certains points, il la signa et ratifia le traité précédent. Heng-K'i, l'autre Commissaire, était, sans contredit, un personnage habile et d'esprit lucide, paraissant âgé, pâle, délicat et très bien .élevé. « Au milieu de la cérémonie, l'infatigable signorBeato, qui était très anxieux de prendre une bonne photographie de la
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« signature du traite » sortit son appareil, le plaça à la porte d'entrée el dirigea les larges verres de son objcclif en plein sur la poitrine de l'infortuné prince Koung. Le royal frère regarda avec terreur, pâle comme la mort, et fixant ses regards d'abord sur lord Elgin et ensuite sur moi, s'attendant à chaque moment à avoir la tête emportée par cette machine infernale, vis-à-vis de lui, qui réellement ressemblait à une sorte de mortier prêt à dégorger son terrible contenu sur sa personne sacrée. Il lui fut expliqué qu'on n'avait pas un dessein aussi noir et son visage pâle et anxieux s'éclaira lorsqu'il fut averti que l'on faisait son portrait. Le traité fut signé et toute l'affaire se passa d'une manière satisfaisante sauf ce qui concernait le portrait du Signor Beato qui fut complètement manqué, grâce au manque de lumière. On nous offrit des rafraîchissements, que lord Elgin déclina, et après un certain nombre de saints, nous nous retirâmes'. »
Le jeudi 25 octobre 18G0, à son tour, le baron Gros se rendait du quartier général français situé hors de Pe-King, au Ministère des Rites (Li Pou) pour signer avec le prince Koung la Convention qui rétablissait la paix avec la Chine, et procéder ensuite à l'échange des ratifications du traité de T'ien-tsin.
« Le 25, à onze heures, le général Montauban et le baron Gros se mettaient en marche à leur tour pour se rendre au Tribunal des Rites, où les attendait le prince Koung.
« Un fort détachement, dans lequel étaient représentées toutes les troupes du corps expéditionnaire, leur servait de garde d'honneur. Les spahis, avec leurs burnous rouges et leurs housses de selle neuves; les chasseurs, très bien équipés, avec des casques garnis d'un turban bleu de ciel; un escadron complet d'artillerie à cheval, portant des habits