‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 98 sur 236 · I. Tonte celte fin de lettre est de la main du baron Gros · texte numérisé non relu

I. Tonte celte fin de lettre est de la main du baron Gros

IC)8 JOIRNVT, DK VOVACK DU BARON GROS

sorai donc iri la roiirto dôpt-clio qiio j't'rris aiijourd'lmi à A otro Excolloiico. cl qui. dans pou de jours, sera dirigée sur Aden cl Marseille.

Quelques malles et quelques colis ont été retirés de l'eau et j'ai pu sauver jusqu'à présent, une partie de mon argenterie et 600 piastres mexicaines, mais quatorze colis m'apparlenant sont encore au i'ond de l'eau.

Mes lettres de créance mises sous fer blanc lutlé, mais non soudé, sont entièrement détruites ; mes pleins pouvoirs et mes chifl'res, bien qu'avariés, sont cependant lisibles cl peuvent servir. Quant à mes papiers, à mes ellets. à mes uniformes, tout est encore sous l'eau et peut-être ne pourra-t-on pas même les en retirer, attendu qu'une forte boule survenue la nuit dernière a déplacé le Mnlnhar, maintenant entièrement coulé et peut-être détruit dans ses fonds. M. de Bastard, moins beureux que moi, n'a pu retirer de l'eau un seul de ses colis. Les attacbés de l'ambassade anglaise sont à peu près dans la même position.

.le crois cjue nous devons considérer comme perdu tout ce que nous laissons forcément dans le Malabar, bien ([ue j'ave confié mes intérêts à un agent anglais dont il faudra probablement ajouter les bonoraires aux pertes que le sinistre du 22 mai nous occasionne.

La santé de toutes les personnes qui composent les deux missions ne se trouve beureusement altérée en aucune manière par les cbaleurs accablantes et Inunides que nous avons à supporter et nous partons tous avec plaisir pour la Cbine où de graves intérêts à faire prévaloir nous feront oublier les pénibles événements qui nous attendaient ici.

Agréez, etc.

P. S. Au moment où j'allais fermer celte dépêcbe le 11 escr mouille dans le port. Le Wescr transporte en Cbine (pielques canonnières démontées.

Singaporo, le i/j juin 1860.

Monsieur i,e Ministre,

Le paquebot de la Compagnie péninsulaire et orientale, le Pékin, a quitté Pointe de Galle le 5 de ce mois, et, après un beureux voyage, pendant lequel il a toucbé à Poulo Pinang pour

JOURNAL DR VOYAGE DU nAHON GROS IQf)

V échanger les malles, il a mouillé en racle de Singapore le i3 de ce mois à midi.

Le naufrage du Malabar n'y était, pas connu ; mais un retard de quinze jours, maintenant que l'emploi de la vapeur permet d'arriver pour ainsi dire à jour et à heure fixes, avait causé une vive inquiétude sur le sort des deux missions que l'on savait embarquées sur le Malabar.

La réception qui leur a été faite à Singapore n'en a été que plus vive et plus cordiale et le Gouverneur les a réunies hier au soir aux autorités de la ville dans un grand dîner qu'il a donné à l'hôtel du Gouvernement.

Les nouvelles de Chine cjue nous avons trouvées ici sont loin d'être favorables ; il me revient de tous côtés que les autorités chinoises persistent à dire qu'elles ne sont point en guerre avec la France et l'Angleterre, cju'elles sont prêtes à exécuter les traités de T'ien-Tsin, si on veut venir les ratifier à Pe-King sans employer la force et enlin c|u'elles n'ont ni excuses à faire ni indemnité à donner pour avoir résisté avec succès à l'attaque des forts qui défendaient l'vin des ports de l'Empire non ouvert au commerce étranger.

Selon quelques versions, le rejet de l'ultimatum présenté par M. liruce serait conçu en termes peu convenables et prcscjue dédaigneux ; selon d'auti'es, au contraire, ce document ne serait qu'un simple exposé des faits, rédigé, au point de vue chinois, avec autant d'habileté que de modération. Il doit être d'ailleurs depuis quelc[ues jours entre les mains de Votre Excellence, et je me borne à lui faire connaître les rumeurs qui circulent à Singapore où les affaires de Chine sont suivies avec intérêt et non sans une certaine inquiétude.

L'un des bâtiments de l'escadre anglaise, sous les ordres de l'Amiral Hope, a été préparé pour recevoir Lord Elgin, et l'attend depuis 1 5 jours, en radede Hong-Kong. /Vucune disposition de cette nature n'a été encore prise pour moi et je serai probablement obligé de me rendre de Hong-Kong à Chang-Haï, à bord d'un paquebot anglais, ou de prendre passage sur le Weser qui arrivera en inôme temps que nous à Hong-Kong et remontera dans le Nord.

Chang-Haï est le point où nous nous réunirons Lord Elgin et moi. C'est là que nous pourrons bien connaître l'état de choses qui existe en Chine, et où, après novis être entendus avec les Commandants alliés et les Plénipotentiaires de France et d'Angleterre, nous aurons à prendre telle détermination que les circonstances exigeront. Elles me paraissent d'ici, du moins, beaucoup

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plus graves qu'on ne semble les avoir jugées à Paris, et Lord Eli:in qui crevait avoir à rebrousser chemin à Aden, ou ù Cevlan et ([iii «c plaignait d'avoir trop de troupes avec lui parle de rcnl'orts à envoyer en Chine et s'ellrave des lenteurs qu'il prévoit.

J'ai déjà appelé l'attention de ^ otre Excellence sur une éventualité dont Lord Elgin a parlé devant moi et sur laquelle je n'ai pu répondre que par quelques paroles évasives ; celle, où il vaudrait mieux, m'a-t-il dit, faire triompher la rébellion que de laisser se prolonger au delà de l'année l'étal de choses actuel. J'ai dit aussi à Votre Excellence que Lord Elgin avait laissé échapper de bien vifs regrets sur la perte de ses instructions secrètes, restées sous l'eau avec nos bagages. J'ai aujourd'hui à lui signaler un troisième fait analogue aux deux premiers. Je me borne à appeler sur eux l'attention de ^ otre Excellence. Lord Elgin ne laisse jamais tomber un mot dont il ne connaisse la portée.

Une partie de la garnison qui composait la garde d'honneur qui attendait Lord Elgin et moi au débarcadère de Singaporc se composait de Sikhs, dont le costume pittoresque et la tenue \raiment martiale m'avaient singulièrement frappé et comme je le faisais remarquer à Lord Elgin. « Ce sont de braves gens, m'a-t-il dit, (jui se sont enrôlés volontairement pour faire la canq)agne de Chine. On les retient ici malgré eux et ils sont fort mécontents, car ils espéraient bien piller un peu dans le Céleste Empire, or, à la tournure que prennent les affaires je n'hésiterais pas à les faire arriver en Chine, si je savais que votre Gouvernement n'y lit aucune objection. Qu'en dites vous? » Cette question, un jieu trop nette, à laquelle rien ne m'avait préparé, et qui m'apprenait que les deux cabinets de Paris et de Londres n'avaient pas été toujours d'accord sur le nombre de troupes à envoyer de part et d'autre en Chine, ne pouvait recevoir qu'une réponse motivée sur le désir aussi vivement senti en France qu'en Angleterre de voir cesser promptement la déplorable situation créée en Chine par les événements de Ta-Kou. « Plus nos moyens d'action seront puissants, ai-je répondu à Lord Elgin. plus nos paroles auront de poids, et. si j'avais des renforts à envoyer, je ne les laisserais pas dans l'inaction. »

Aucune suite n'a été donnée à ce court entretien, mais je ne doute pas que les huit cents hommes, qui composent le beau régiment sikh qui se trouve ici, ne nous rejoigne bientôt dans le nord de la Chine. Le Pékin part ce soir, à deux heures, pour IIong-Kong, d'où sera datée probablement ma première lettre.

Agréez, etc.

.lOUnNAI, DE VOYAC.K 1)1 «ARON CliOS 30r

VU

Hong-Kong, le aa jtiin 18O0.

Monsieur le Ministre,

Je n'ai que le temps d'annoncer à Votre Excellence l'heureuse arrivée à Hong-Kong des deux missions embarquées sur le Pékin après le naufrage du Malabar. La malle qui part pour l'Europe appareille cette imit, et Lord Elgin n'a pas l'intention de la retenir pendant vingt-quatre lieures, comme il eu a le droit.

La frégate, la Néniésis, qui porte le pavillon de M. l'amiral Page, est en rade ; et le Saïyon, c[ue l'amiral Charner a mis à ma disposition pour remonter à Chang-Haï, où le Du Chayla est préparé pour recevoir la mission extraordinaire de France, s'y trouve aussi. Enfin le Feroze, navire à vapeur de la marine des Indes, est prêt à recevoir l'ambassade d'Angleterre à bord, et, sans perdre un moment, nous allons, Lord Elgin et moi, remonter à Chang-Haï, ov'i les Commandants en chef attendent notre arrivée pour agir sous une direction qu'ils semblent heureux d'avoir à réclamer.

Quelques lettres de Chang-Haï annoncent de moins mauvaises dispositions à notre égard de la part des autorités chinoises ; mais au moment où tous les rebelles menacent assez sérieusement la ville pour que le vice-roi ait demandé aux Alliés de lui prêter main forte contre eux, le langage conciliant qu'elles tiennent n'est-il pas motivé par les événements du jour et ne changerait-il pas de nature au moment où le danger cesserait ;* Tout le monde ici est porté à le croire, et les renseignements qui arrivent à l'intérieur du pays confirment que le Gouvernement chinois se prépare à se défendre avec vigueur et résistera tant qu'un échec éclatant subi par lui n'aura pas fait disparaître le prestige t[u'a donné aux armes de l'Empereur l'affaire de Ïa-Kou, si désastreuse pour le pavillon de l'Angleterre.

Il me revient de tous côtés que depuis l'attitude si hostile pour nous que la presse anglaise a prise depuis la question de l'annexion de la Savoie, une froideur assez marquée existe entre les olliciers des forces alliées ; chacun semble agir un peu de son côté; mais j'espère que l'arrivée des deux ambassadeurs qui, jusqu'à présent du moins, ont conservé entre eux les relations les

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plus cordiales, fora disparaître bien des méfiances, exagérées sans doute, mais dont il est impossible de ne pas tenir compte.

Une lettre de M. le général de Montauban m'annonce cpie les troupes alliées ont pris position dans le Pe Tcbc-li, au nord et au sud du l^ei-bo et sont établies sur des points parfaitement cboisis pour conunencer les opérations à entreprendre dans le cas où il conviendrait « aux ambassadeurs que les alliés s'emparassent des forts de Ïa-Kou ».

Les Comnîandants en cbef semblent s'applaudir de ne pas avoir été à même d'agir encore et d'avoir eti le temps île laisser aux négociateurs, cnvovés d'Europe, l'initiative des opérations cpù vont être entreprises dans le Nord, si un arrangement à l'amiable n'avait pas lieu.

Ce fait dénote une situation plus graAe qu'elle ne paraissait l'être au gouvernement de l'Empereur, au moment où j'ai (pùtté Paris.

.\i;:récz, etc.

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