AVANT-PROTOS
temporelle de l’Église par la révolution, enrôlée cette fois sous la bannière des gouvernements, on a trouvé ingénieux et commode de répondre: C’est la ligue des anciens partis. Les anciens partis! le mot n’est pas nouveau si la chose est réelle. Nous l’avons rencontré pour la première fois, il y a douze ans, dans une pièce qui n’est pas sans rapport avec cette histoire. « On a vu les anciens partis relever leur drapeau *, » écrivait le Président de la République en donnant congé au ministère parlementaire issu de l’élection du 10 décembre. A coup' sûr, ce n’était pas sous les murs de Rome que ce drapeau s’était déployé, et ceux qui répètent depuis lors ce mot du Prince-Président, nous forcent à leur dire qu’ils sont de bien maladroits courtisans.
Était-ce au nom des anciens partis que parlait, au mois de janvier 1848, le président du dernier cabinet de la monarchie parlementaire quand il disait, dans un langage dont les ministres de tous les temps ne perdraient rien à s’approprier au moins l’éloquence : «Je- sais que les partis révolutionnaires sont arrogants; je sais qu’ils font bon marché de la religion, du catholicisme, de la papauté; qu’ils se figurent qu’ils enlèveront tout cela comme un torrent en le poussant devant eux. Ils l’ont essayé plus d’une fois; ils ont cru qu’ils
* Message tlu 5i octobre ISiM.
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AVANT-PUOI'OS. avaient emporté ces vieilles grandeurs des sociétés humaines, elles ont reparu dernere eux, elles oi reparu plus grandes qu’eux ! Ce qui a surmonte pouvoir de la révolution française et de Napoléon, sormornera bien les fanlaisies de ”
Élait-il ragent des ane.ens parus '
courageux Rossi, quand il allait au-devant de ses assassins en disant : «La cause du Pape est la cause
de Dieu, marchons!»
Conspirait il avec les anciens paitis « ‘j; grandeurs futures de l'Empire, le "présidence de la République qui
Mmbre 1848, au nonce du Pape a srette que mon cousin le prince Cani P .
«mpris que le maintien de la souveraineté temporelie du chef vénéré de l'Église catholique est inlimenient lié à l'éclat de la religion comme a la liberté et à l'indépendance de 1 Italie. »
Et M. Bixio, l’Italien
Itossi, et M. Dufaure, ministre du 1
cl >1. Drouyn de l'iluvs, niiiiislrc du prince Lo Napoléon, et le pasteur -Mlianase ;
doLné sans doute P- 849 :
nues disait à la tribune, le -U levrie
.< Comme Français, comme “‘‘"ï™'.
senUinl du peuple, je déclare que si a «ep 1 Uqu française rélablil le Pape sur son trône, e le lera très-bien'» Et M.ïhiers, quand il prononça ,
nom d'une commission d'hommes d'Etat, ce jug ■
XIV AV\.M'-l‘H01>0S.
ment qui alleiul encore une réfutation de quelque valeur: « l’our le pontifical, il n’y a d’indépendance que dans la souveraineté.» El M. Üdilon Darrot, quand l’inspiration de la tribune lui soufflait celle Ibrte maxime de politique générale: «11 faut que les deux pouvoirs soient confondus dans les États romains, pour qu’ils restent séparés ailleurs. » Et les qualrecent quatre-vingts représentants de la Constituante qui votèrent, le 50 novembre 1848, l’expédition du général Cavaignac, et les quatre cent .soixante-neuf représentants de la Législative qui, le 20 octobre 1840, adoptèrent, au nom de la France, les doctrines et les conclusions du rapport de M. Tbiers; tous ces hofnmes, tous ces personnages, tous ces esprits, d’origine et de convictions si diverses, étaient-ils tous enrôlés dans la grande conjuration de la sacristie contre le progrès moderne? Etaient-ils tous livrés, assujettis, vendus au mensonge, à l’hypocrisie, à cette ligue invisible et détestable des anciens partis? De grâce ! est-il juste de couvrir ainsi la France entière d’un impérissable opprobre pour trouver des prétextes à la politique d’un moment?
Ce livre n’a d’autres prétentions que de démontrer, par les faits, le sincère accord survenu, en France, il y a douze ans, entre le sentiment religieux et l’intérêt politique sur une question qui passionne encore les âmes au moment où nous écrivons. Il y a de tout dans cetlc histoire, comme il y
WANT-l'ROPOS.
a de lüul dans les annales de la vie des |)eiij)les, à quelque moment qu’on veuille la peindre. 11 y a des négociations, des crimes, des émeutes, des discussions parlementaires; il y a même des assauts et des combats, mais il y a surtout de la politique. C’est dire qu’à chaque fait j’ai voulu attribuer sa cause, à chaque opinion ses conséquences, à chaque personnage sa responsabilité. Appliqué au récit des temps éloignés, ce système s’appellerait de la philosophie de l’histoire; appliqué aux événements contemporains, il s’appelle plus modestement de la politique. J’ai travaillé de mon mieux à éviter que cette politique ne devint jamais de la polémique. Non certes que je dédaigne celte forme éprouvée et vaillante de nos discussions ! Mais il faut laisser à l'histoire son vrai langage, qui n’est pas celui des journaux ou des brochures, et son vrai public, qui n’est pas tout entier dans l’époque présente.
Aussi n’ai-je mis aucune hâte, malgré d’amicales excitations, à livrera l’impression ce travail, dont les matériaux étaient depuis longtemps recueillis.
Il n’est pas entré dans mon idée, je l’avoue, de faire une œuvre de parti ni de circonstance. Sans doute l’occasion était propice et la faute serait excusable !
-\u moment où la spoliation prend place parmi les faits légitimes et les principes reconnus, aujourd’hui que le Saint-Fère protégé et dépouillé reste — seul sur la sellette de la révolution, je ne me dé- ' fendrais pas de m’être levé, après tant d’illiis-