‹ L'expédition militaire de Manitoba, 1870 [microforme]Chapitre 11 sur 18 · L’EXPÉDITION MILITAIRE · texte numérisé non relu

L’EXPÉDITION MILITAIRE

pes isolés les uns des autres, dans un état de misère qui les rend beaucoup moins redoutables — et par là même moins respectés — que les Sauvages de la Rivière-Rouge et des plaines de l’ouest. On les contenta avec quelques présents.

Le colonel rencontra aussi au fort Frances le lieutenant Butler, un de ses officiers qu’il avait dépêché du Canada à la Rivière- Rouge par voie des Etats-Unis, pour faire rapport sur la situation des lieux au pouvoir des insurgés et sur l'esprit de la population. Butler avait pénétré par Pembina dans les environs du fort Garry et s’y était comporté assez maladroitement pour recevoir de ia part de Riel intimation de déguerpir sous le plus bref délai. [1 revenait accompagné de 6 guides et porteur de nouvelles allant jusqu’au 24 juillet.

Quant à la nature du rapport qu’il fit à son chef, inutile de nous en occuper, parce que Butler n’était ni d'une intelligence ni d'un esprit à saisir les bons côtés de la question en litige. D'ailleurs, la confusion qui régnait dans les esprits à Manitoba, lui fit croire, comme à tant d’autres, qu’une résistance sérieuse pourrait bien être faite par Riel, si l’amnistie n’arrivait pas avant les troupes. Des métis anglais suivirent de près le lieutenant Butler, apportant des lettres de l'évêque anglican de la Terre de Rupert, qui parlaient de la probabilité d'un soulèvement des tribus indiennes. On prévenait aussi le colonel que des bateaux et des guides allaient au devant de lui par lu rivière Winnipeg qui, du lac des Bois va se jeter dans le lac Winnipeg ; cette dernière nouvelle fut comme un signal de dé:ivrance, car le colonel était fort en peine de savoir comment il sortirait du lac des Bois, tant la rivière Winnipeg est hérissée d'obstacles réputés infranchissables pour tous autres que les voyageurs du pays.

Nous citerons, pour plus d’exactitnde la lettre suivante, signée de l’évêque anglican de la Terre de Rupert, en date du 25 Juillet: Elle est adressée au colonel Wolseley, c’est la deuxième qu’il lui écrivit:

“Je vois que les difficultés d’une route à travers les marais, entre la colonie et Pangle nord-ouest du lac des Bois, sont trop considérables. L'on me conseille généralement de vous inviter de passer par la rivière Winnipeg, et de nous expédier sans retard, par cette voie, un détachement, fût-il peu nombreux, ponr ramener la confiance. J’ai aidé ceux qui préparaient les embarcations destinées à vous rencontrer et à vous conduire jusqu'ici, espérant que le gouvernement appréciera nos efforts et couvrira les frais encourrus de la sorte Que vous passiez ou non par l'angle nordouest du lac des Bois, envoyez aussi des troupes par la Winnipeg.

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L'essentiel est que nous voyions bientôt un détachement parmi nous, Vous n'avez rien à craindre en divisant vos forces. Il n'y a personne pour s'opposer à vos forces, ni apparemment une pensée de résistance dans la colonie. Cent cinquante hommes et un canon seront partout maitres de la position, J'ai peur que l’on adopte le projet de faire arriver ici le gouverneur avant vous. (Ge serait la démarche la plus maladroite et la plus malheureuse que l'ou pour. rait faire ; ilest bien difficile de dire à présent quelle serait dars ce cas la position du gouverneur. Profitez donc de toutes les chances que vous pourriez avoir pour jeter sans retard une force armée parmi nous ”

Le malaise qui se manifeste dans cette dépèche ne provenait pas de l'attitude de Riel, car celui-ci avait publié une proclamation en termes assez clairs pour faire comprendre à tous les intéressés qu'il ne ferait aucune résistance aux troupes de Sa Majesté, mais l'on s'inquiétait dans les deux camps politiques de Mäuitoba de la position que preudraient les insurgés ets’ils recevaient avant l’arrivée des troupes la nouvelle positive qu'il ne leur avait pas été accordé d'amuistie, selon qu'ils se flattaient de l'obtenir. On croyait que Riel, se voyant encore maître de la situation, pourrait fort bien changer d'opinion et se défendre les armes à la main si l'espoir d'être grâcié lui était décidément enlevé.

Etant ainsi renseigné, le colonel abandonna l’idée qu'il avait conçue de surveiller en personne la formation d’un grand dépôt qu'il établissait au fort Frances, et comme 60 bateaux étaient déjà passés, il partit de cet endroit le 10 août pour rejoindre la tête de l'expédition et préparer sa jonction avec la flottille des guides de la Winnipeg, qu’il rencontra dans le lac des Bois. Les lettres qu’on lui remit en cette occasion étaient si pressantes, qu'il n'hésita point à continuer avec les seuls réguliers, pour arriver plus vite. Les volontaires avaient ordre de suivre d'aussi près que possible. Une compagnie du bataillon d'Ontario restait en garnison au fort Frances, à la garde du dépôt qu’on y formait.

Il y a un siècle et demi, les Français, qui faisaient un commerce de fourrures énorme, suivaient de préférence la route d'eau qui mène de la Baie du Tonnerre au fond du lac des Bois. De ce point, ils atteignaient, par terre (en affermissant les marécages avec des abattis d'arbres) le site actuel du fort Garry où ils avaient bâti le fori Rouge, — ou, par la rivière et le lac Winnipeg, l'embouchure de la Saskatchewan, où ils avaient élévé un autre fort.

Après la reddition du Cana la à l’Angleterre, quelques compagnies françaises conhnuèrent à faire la traite, à côté des nouvelle compagnies anglaises établies en Canada dans le même but, mais

sans rapport aucun avec la compagnie de la baie d'Hudson, qui bornait ses courses au voisinage de cette grande baie et n'avait pas encore pénétré dans les vallées de la Saskatchewan, de l’Assiniboine et de la Rouge, reconnues comme territoire de traite français. En 1783-4 la plupart de ces compagnies s'amalgamèrent sous le nom de compagnie du * Nord-Ouest, ou de Montréal”, Elles firent un trafic tellement considérable que vers 1815, le poste du fort William comptait parfois jusqu'à trois mille traiteurs. La compagnie de la baie d'Hudson en prit ombrage ; on sait les conflits et les luttes si vives qui marquèrent la rivalité des deux compagnies. Celle du Nord-Ouest gardait le monopole de la route d'eau et de terre qu'avaient suivie les Français, mais sans l'améliorer comme ces derniers avaient coutume de le faire, si bien qu'en 1821, époque où la compagnie du Nord Ouest se fondit dans celle de la baie d'Hudson, la route était redevenue sauvage. En 1858, le gouvernement canadien y commença les travaux qui vont la rétablir et en faire la voie publique du Nord-Ouest.

Sur les lacs la Pluie et des Bois, les compagnons de la Vérandrye avaient élevé des forts dontil ne reste aucun vestige. Depuis les commencements du 18ème siècle, ces parages ont constamment été fréquentés par les Canadiens, qui y passaient en traite, ou escortaient les missionnaires dans les postes lointains de l’ouest, La tradition veut que le Père Arneau, avec l’un des fils de la Vérandrye et plusieurs de ses hommes, aient été massacrés par les sauvages dans une île du lac des Bois en 1736.

Ce iac est un immense bassin irrégulier de soixante dix milles en tous sens dans lequel s’égoutte une vaste région. Sur la chaine de lacs et de rivières suivie par l'expédition, si bien appelée * ceinture hydraulique ” par monseigneur Taché, le lac des Bois est comme le pendant du lac Shelandowan en ce que l’un se décharge dans le lac Winnipeg et l'autre dans le lic Supérieur. On à tenté récemmen de construire, entre l'angle nord ouest du lac des Bois et la celore de la Rivière Rouge, un autre cheinin- Dawson, qui est selon ies apparences nue ancienne voie française ; c'est la route placée sous la direction de monsieur Snow du département des Travaux Publics. Il avait été question d'utiliser large: ment cette voie, mais les rapports qui lui parvenaient en faisaient une peinture si peu encouragante que le colonel Wolseley se décida à faire passer toute l’expédiuon : par la rivière Wiunipeg. Après s'être égaré quelque peu parmi es iles du lac des Bois, il trouva la sortie, au portage du Rat, le 16, d’où il entreprit la descente de la rivière Winnipeg, longue de 163 milles, avec une pente totale de 350 pieds formée par une série de treute chutes et

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