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L'extrême rapidité de la marche des réguliers, depuis le lac des Bois jusqu’au fort Garry, avait, on le comprend, dérangé les calculs du gouverneur, qui, au lieu de les suivre à une journée de distance, n’a ‘ arriver au fort que sept jours après eux. Mais le colonel va plus loin que de formuler une accusation de délai; il voudrait avoir vu M. Archibald le précéder au fort Garry. On se demande quelle position le gouverneur aurait eu, sans force armée pour le soutenir, s’il eut pénétré dans la province que Riel tenait encore sous son contrôle; car, malgré les protestations pacifiques de ce dernier, le gouvernement canadien devait être désireux de n'avañcer qu'à pas sûrs et d'éviter une seconde édition de la mésa-
venture de M. McDougall. Lorsque l'on connaît la lettre de l'Evêque .
anglican de Rupert's Land citée plus haut, adressée au colonel luimême, on est surpris de l’aplomb avec lequel ce dernier blâme le cabinet d'Ottawa, et exprime une opinion que personne n’a partagée.
Riel a tenu le fort Garry jusqu’au dernier moment, mais n’en déplaise aux personnes qui ont cherché à le représenter comme un rebelle à tous crins, il n’a jamais cherché à s’opposer à l’approche des troupes du Canada. ? Sa conduite dans la malheureuse affaire de la mort de Scott lui a valu, à juste titre, le désaveu des gens sensés ; toutefois. il s’est arrêté à cet acte de violence, et s’il a persisté à ne pas se désaisir du pouvoir avant l’arrivée des troupes; ça été autant pour empêcher l'anarchie de lui succéder dans l’intervalle que pour conserver une position, dont il pouvait encore se prévaloir pour rendre plus imposantes ses prétentions à un acte de la clémence royale. En vue de ce dernier résultat, il n’a abandonné ni lé contrôle des affaires publiques ni préparé de résistances aux troupes. Voilà, réduite à sa juste mesure, la politique de Riel dans les mois de mai, juin, juillet et août. Les révolutionnaires et les rebelles ne sont pas ordinairement si raisonnables. D'ailleurs, il est avéré que sans La mort de Scott, qui l’a forcé de se soustraire aux représailles, Riel fut resté au fort Garry pour y recevoir les troupes et le lieut.-gouverneur, et serait aujourd’hui l’homme le plus considérable de Manitoba.
Nous croyons qu'on ne lira pas sans intérêt le passage suivant d'une lettre adressée, Le 23 juillet 1870, par monseigneur Taché à “su Excellence le gouverneur-général :
“Je veux tout d’abord repousser les odieuses calomnies dont
1 Voir à ce sujet le livre que M. Alexander Begg vient de publier sous le titre
de History of the Red-River Troubles, dans lequel il constate que Riel était desireux de voir arriver les troupes.
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j'ai été personnellement l’objet dans certains journaux. La participation que j'ai prise aux troubles de la Rivière-Rouge se réduit à la peine extrême que j'en ai éprouvée, et aux efforts que j'ai faits, au meilleur de mon jugement, pour les apaiser, Je regrette autant que qui que ce soit les actes déplorables qui ont eu lieu, et cependant j'ose affirmer qu'il est impossible de juger impartialement ces actes, à moins d’avoir sur les circonstances qui les ont fait naître des informations que ne possèdent pas ceux qui ont vécu en dehors du milieu où ils se sont produits.
Trois hommes ont perdu la vie pendant les troubles de la Rivière-Rouge. Le premier, Sutherland, a été je dirai la victime d’un accident, puisqu'il a été tué par Parisien qui n'avait pas l'usage de la raison. Parisien lui-même, fait prisonnier d’abord par le soi-disant ‘ parti loyal ” (auquel pourtant il appartenait) fut ensuite mutilé ou tué au point d’être laissé pour mort, par ce même parti et mourut en effet par suite des horribles traitements qu'on lui avait fait subir. Personne ne blâme la mort de ces deux hommes; tout au contraire, quelques uns de ceux qui ont le plus contribué à la mort de Parisien prétendent faire preuve de loyauté en demandant que l’on venge la troisième victime, l’infortuné Scott. Ceux qui connaissent les événements s’étonnent bien moins de la mort de Scott que du fait qu’il n’y a eu qu’une seule victime dans le camp des insurgés. Cette dernière circonstance prouve du moins que la soif du sang et l'esprit de vengeance n'étaient pas le mot d'ordre de ce peuple en armes.
‘“ Je ne veux incriminer personne, mais dans mon humble opinion si les plus coupables et les plus rébelles devaient être punis, le châtiment pourrait bien être infligé à quelques uns de ceux que l’on exalte comme les champions de la loyauté. Si des actes déplorables peuvent avoir une compensation, je la trouve cette compensation dans la conduite même des chefs du mouvement insurrectionel de la Rivière-Rouge. Ce mouvement n’a jamais été fait pour se soustraire à l’allégéance de la Grande- Bretagne. Le drapeau britannique n’a jamais été abattu, et le drapeau fénien n’a jamais été arboré, fquoiqu’en aient dit les journaux. Les féniens n’ont rencontré’que des refus ou le silence quand ils ont offert leurs services et coopération. En dehors de l'association fénienne, le gouvernement provisoire de la Rivière- Rouge a repoussé des offres qui auraient pu le séduire si le sentiment de l’allégéance ne l'avait pas dominé. Des sommes collectives, à un montant total de plus de quatre millions de piastres, des hommes et des armes ont été offerts, et le tout a été refusé par ces ‘ rebelles,” que l’on voudrait faire pendre aujourd’hui par l’expé-
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dition, que d’autres voulaient les déterminer et les aïder à attaquer,”
Une fois le lieut.-gouverneur arrivé, le colonel Walseley, (et après lui le lieut.-colonel Jarvis), avait vis-à-vis de lui la même position que les officiers commandant les troupes dans Ontario ou Québec ont vis-à-vis des lieut.-gouverneurs fe ces provinces. Toutefois, vu l’isolement dans lequel se trouve placée la province de Manitoba par le manque de communications avec la capitale fédérale, le lieut..-gouverneur est autorisé, dans des cas critiques, à requérir le secours de la force armée sans le fiat du gouverneurgénéral.
Le bataillon de volontaires d'Ontario prit ses quartiers au fort Garry; celui de Québec au fort de Pierre, appelé aussi ‘ fort Garry d’en bas,” et le commandement des deux passa au lieut.-colonel Jarvis. Subséquemment une compagnie du bataillon d'Ontario fut détachée à l'occupation du poste de la compagnie de la baie d'Hudson à Pembina. M. Dawson faisait terminer des logements et réparer ceux que la compagnie de la baie d'Hudson avait pu affecter au casernement des troupes.
Le ler septembre, des uniformes neufs, des habillements d'hiver, des couvertures de lits, du nécessaire d'hôpital, le lourd bagage des officiers et un certain nombre de livres démandés pour composer une chambre de lecture, furent expédiés d'Ottawa, sous les soins du capitaine Perry, qui voyagea par voie de St. Paul et de Pembina et arriva sans encombre au fort Garry avec tout le bagage, comprenant 212? colis en ordre parfait, le 26 octobre.
Nulle mesure propre à procurer le bien-être des troupes ne fut négligée. L'on peut affirmer sans crainte que jamais soldats n’ont été mieux habillés et payés que ces deux bataillons canadiens.
Des instructions détaillées, nécessaires pour la gouverne des officiers commandants à Manitoba, turent transmises par le colonel Robertson-Ross, adjudant-général du Canada, ainsi que celles relatives à l’approvisionnement des troupes. Il n'y a qu'à se féliciter de la manière dont ces instructions ont été suivies par qui de droit.
En vertu de l’acte constituant la province de Manitoba, les élecions pour la législature locale eurent lieu le 30 décembre, non sans beaucoup de tumulte et de violences de la part de certaines personnes dont la mission bien définie était de préserver la paix, Une police spéciale fut mise sur pied et Le calme se rétablit devant la ferme attitude des autorités.
L'hiver s'écoula tranquillement dans les deux forts, — les voiontaires attendant le retour de la belle saison pour reprendre
le chemin du Canada, selon la croyance répandue que leurs services n'étaient plus requis pour assurer la pacification de la nouvelle province. Un grand nombre d’entre eux demandèrent leur | congé définitif et l'obtinrent aussitôt, soit pour retourner dans | Jeurs familles, soit pour s'établir sur les terres de Manitoba ou
exercer des métiers dont la population du nord-ouest manquait presywabsolument jusque là.
L'état politique de la province étant devenu assez rassurant pour permettre au ministre de la milice de demander au cabinet fédé ral la retraite d'are partie des troupes, le 19 janvier un ordre en conseil régla qu’à partir du 1er mai suivant, il ne resterait qu’un détachement de deux compagnies réduites (86 hommes, officiers compris) dans la province, sous les ordres du major Acheson G. Irvine, du bataillon de Québec, et que le corps expéditionnaire reprendrait le chemin du Canada. Le départ n’eut lieu cependant que dans les premiers jours de juin.
Le gouvernement canadien avait douné à entendre qu’il accorderait des concessions gratuites de terres dans Manitoba aux miliciens de l'expédition. Le 25 avril, un ordre en conseil règla la manière de faire l’arpentage à la suite duquel la distribution des lots sera faite, gratuitement aux soldats, à bas prix aux colons, en respectant la réserve laissée par le bill de Manitoba pour éteindre les titres des Indiens et des Métis.