DU PONT DE LA MATAWIN AU LAC SHEBANDOWAN, PARCOURS DE 21 MILLES
(Du 21 juin au 14 juillet 1870.)
Du pont de la Matawin à celui d'Oskondaga, (12 milles) les travaux étaient encore peu avancés le 21 juin lorsque le colonel les visita. On les poussait cependant avec ardeur, malgré la pluie presqu’incessante ! et les myriades de mouches des bois qui harcelaient cruellement les ouvriers et les so:lats. On se levait “ aux étoiles ” et le travail ne cessait qu’à 7 heures du soir. Les incendies qui se succedaient dans la forêt, rendaient encore le service plus pénible, et quelquefois dangereux pour la vie des hommes: C'est probablement sur cet espace de 12 milles que l'expédition éprouva le plus de souffrances, car tout, jusqu’à la naiure du sol, rendait l'ouverture de la route excessivement difficile. Il fallait pourtar.t amasser des provisions pour la force armée et les aides (de 400 à 500 voyageurs et ouvriers) réunis, avant de dépasser le lac Shebandowan.
De quelque secours qu’ait été la première moitié de la route, il est évident que la meilleure partie n'était pas celle qui restait à parcourir depuis le pont de la Matawin jusqu’au lac Shebandowan.
Afin de pousser plus rapidement le transport des bateaux et des provisions, l’on ouvrit un sentier de traverse d’un mille et demi de long entre la route et la rivière Matawin que l’oa put ainsi utiliser quelque peu. C’est l'endroit où les cours d'eaux ont réellen,ent servi d’auxiliaires à la route, et encore on se demande si en portant tous ses travailleurs sur cette dernière, le colonel n'aurait pas été plus tôt rendu au lac Shebandowan. Dans les premiers jours de juillet, le dépôt d'Oskondaga était regardé comme la tête de l'expédition.
Les officiers anglais ? qui ont écrit sur ce sujet ne peuvent s'empêcher de témoigner de la honne volonté et de la diligence que { Du ler juin au 16 juillet il y eut 23 jours de pluie. 2 :: Narrative,” Blackwood, janvier, p. 53 et 54. “The Red River Expedition.”
Huyshe, p. 72 et 76 —Journal of the Royal Uniled Service, 1871, p. 81, 4 des certificats privés que nous avons en main.
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les volontaires et les employés du gouvernement canadien apporièrent à la tâche ardue qu'ils avaient à remplir. On nous a raconté ua trait assez caractéristique : Un parti, composé de réguliers et de quelques voyageurs, franchissait un portage. L'un des voyageurs s'étant arrêté pour fumer sa pipe fut apostrophé rudement par un officier qui lui reprocha sa paresse et lui enjoignit de reprendre l'ouvrage sans plus tarder. Le voyageur se contenta de dire : ‘“ Chaque homme a six charges à porter ; me permettrez-vous de fumer ma pipe lorsque j'aurai fini ma tâche ?” La permission accordée, le voyageur se détira les membres, éteignit sa pipe et partit au petit trot, sur la pointe des pieds, manière de marcher que les hommes de sa classe ont empruntée des Indiens et qui les rend très-expéditifs dans les portages. Au bout d’un certain temps, il retourna s'asseoir à l'endroit où l'officier l'avait vu précédemment et, bourrant sa pipe, il dit respectueusemeni à celui-ci : “ Vos soldats ont encore chacun deux charges à porter ; moi, j'ai fini ma tâche et je me repose, avec votre permission, mais vers la fin j'irai vous donner un coup de main”
Le 21 juin, M. Thomas Adair, conducteur en chef des charretiers, débarqua à la Baie du Tonnerre, où ses hommes lattendaient depuis trois semaines. Il trouva cinquante chevaux malades, et ses charretiers dans un état de détresse qui le révolta. Voici ce qui s'était passé :
Le lieut.-colonel Wily avait engagé, pour conduire les attelages, une escouade d'hommes pris parmi les fermiers et les colons les plus capables et les plus dignes de confiance de deux ou trois comtés d'Ontario. Ce cnaix avait été fait avec discernement et ne tomba aucunement sur des gens sans aveu, comme le colonel Wolseley l’a écrit. La vérité est que loin d'être des vagabonds, ces charretiers étaient, en grande majorité, des propriétaires habitués à travailler aux défrichements, aux transports dans les chemins nouveaux et ayant l'habitude de conduire leurs propres chevaux dans tous ces ouvrages. En les engageant, le lieut.-colonel Wily leur avait enjoint expressément de se conformer aux ordres que leur donneraient les officiers militaires, sous lesquels ils allaient passer. De là la manière dont ils ont supporté les privations auxquelles ils ont été assujettis.
De Collingwood au Sault Sainte-Marie, les autorités militaires impériales, qui avaient la responsabilité et le commandement général, refusèrent positivement de les nourrir; ils vécurent des charités de l’équipage du navire. Mr Adair avait été retenu à Collingwood pour surveiller l’'embarquement des provisions. Comme il se plaignait d’un arrangement aussi absurde et qu'il
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Le mise . es ei | | démontrait quel mauvais résultat aurait un service conduit de la sorte, on lui répondit avec rudesse de se taire et d’obéir. Lorsqu'’enfin, on le laissa partir pour rejoindre ses hommes, le mal était fait, la désorganisation régnait dans le service du transport, où des officiers ignorants ! en ces matières régentaient tout, avec un aplomb qui donne la mesure de leur fatuité. Les charretiers n'avaient pas de tentes pour s’abriter, et presqu'aucun ustensile de cuisine ; ils voyageaient de la baie au pont de la Matawin, sans | pouvoir faire cuire les aliments qu’on leur donnait pour se nourrir ; la plupart du temps, ils ne faisaient qu’un repas par jour. M. Adair obtint par d'énergiques remoutrances, après son arrivée, des
améliorations notables à cet état de choses.
Le ?0 juin, soixante chevaux étaient malades. Remarquons que ceux de l’a’tillerie firent défaut les premiers. C’est alors que le colonel modifia son système de rations et d’attelages, ramenant
ainsi la santé parmi ses bêtes, en suivantles conseils des personnes | qui auraient dû ètre consultées tout d'abord, mais qui avaient reçu ordre de ‘se mêler de leurs affaires ” lorsqu'elles avaient | osé présenter des observations. Les charretiers soutiennent, | sur un autre point, que, par la pitoyable administration des > officiers, une centaine de poches de nourriture pour les chevaux ayant été gâtées, on dut les jeter dans la rivière, au pont de | la Matawin.
Le lieut.-général Lindsay débarqua à la Baie du Tonnerre le 29 | juin, parcourut les postes échelonnés jusqu’au lac Shebändowan, | descendit par la Kaministiquia et reprit la route de Toronto, le 4 juillet, .près avoir donné divers ordres au commandant de l’expédition.
Nous devons placer ici une citation du rapport supplémentaire que M. Dawson a écrit en réponse aux articles du Blackwood et dont nous empruntons la traduction à M. A. DeCelles, qui l’a publiée ! dans le Journal de Québec : À
| ‘ On avait dû renser et pourvoir non-seulement à tout ce qui iv était probable, dit la ‘‘Narrative,” mais même à tout ce qui pouvait
arriver par accident, et l’on peut bien affirmer que jamais expédi-
tion ne partit plus complète ou mieux préparée pour ses travaux.” 4 “ Eh bien ! qui avait ainsi pourvu aux accidents même les plus
imprévus ? Qui avait procuré ces beaux bateaux qui portaient |
l'expédition en toute sûreté ? D’où venait ce double équipement au à
1 L'un d'entre eux se fâcha bien fort parce que les charretiers ne voulaient ï point placer les grandes roues en avant des petites, sous un charriot qu’on avait démonté pour le réparer.
complet, qui fit que lorsqu'un service de bateaux fut perdu à la ; Kamimstiquia, il y en eut immédiatement un autre de prèt ? fl
“ Non, ce n’est pas l’auteur de la ‘ Narrative ” qui avait eu cette É prévoyance des choses, mais 1» ministre malintentionné des Travaux | Publics ou ses agents, ce qui revient au même, et sans doute il agissait ainsi pour remplir une partie du programme politique ‘# concerté pour différer le départ de l’expédition. |
Des hommes à l'esprit soupconneux disent beaucoup de choses à + sages, sans doute. Mais l’auteur pourrait apprendre avec avantage, que, grâce à la lumière jetée sur certains faits par sa narration, il se trouve des hommes qui disent et qui croient qu'un jour, dans un aulre parti que le parti clérical, \ y eut un dessein évident d'arréter ou d'abandonner l'expédition.
“ Lorsque les bateaux furent brisés à la Kaministiquia, forçant ainsi au repos le corps d'armée stalionné à la Baie du Tonnerre, le 14 narraleur peut se souvenir que parmi les plus hautes autorilés de l'armée on disail que cette expédition ne serait qu’une déception, et que, pour empêcher l'hiver de surprendre les troupes, il fallait revenir, et peut-être pourrait:1l nous dire s'il n’y eût pas un officier bien désappointé quand le général Lindsay, au lieu d'ordonner la rel'aite, commanda d'avancer ” |
Par l'entremise de M. Donald Smith, gouverneur de la Compa- E |
L + . / Ki gnie de la Baie d'Hudson qui se rendait au comptoir de Norway | sur le Winnipeg, le colonel Wolsely envoya à la population ‘“loyale” { de Manitoba une proclamation, datée du 30 juin, dans laquelle il 0
affirmait qua chargé d’une ‘ mission de paix” il se bornerail à rétablir l'autorité de la Souveraine ; à protéger l'établissement d'un régime judiciaire ! équitable pour tous ; à faire régner les lois de l'empire Britannique qui sont la sauvegarde de tous les honuètes ñ citoyens sans distinction de croyance religieuse ou de parti poiitique ; et à maintenir la plus stricte discipline parmi ses soldats. \ Nos lecteurs savent combien peu le colonel s’est souvenu de ses A belles promesses, lorsqu'une fois rendu à Manitoba, il se vit échappé au danger d’une résistance armée de la part de Riel le Jong de , la route et qu’il crut tenir les prètres et les métis français sous ses pieds. à Le 5 juillet, le quartier-général fut transporté au pont de la Matawin. A cette époque, la force expéditionunaire présentait un aspect assez peu imposant, comme moyen de défense contre un
1 A la réception de ce document, le général Lindsay s'empressa d'écrire à Mgr. Tache pour le prier d'effacer sur l-s exempaires qu il devait disiri-uer, tous les mots qui avaient trait à l'administration de lu justice, qu'il regardait comuie étant du ressort du pouvoir civil. ,
DE MANITOBA. al
ennemi quelconque ; il est vrai qu'à part les moustiques, elle il n'avait rien à craindre dans ces parages encore trop voisins du Canada. Les hommes étaient dispersés sur une étendue de 40 | milles, partie sur la route, partie sur la rivière. | Le 13 juillet, le trajet qui restait à faire jusqu’au lac Sheban- ; dowan offrant plus d'avantages par la rivière, le colonel mit son quartier-géneral au débarcadère de Ward, qui n’est qu'à trois milles è du lac, à l'intersection de la route et de la rivière. De ce point, la tête de l'expédition eut bientôt planté ses tentes sur la rive du lac, dans une baie qui prit le nom du lieutenant-colonel MeNeill, secrétaire militaire du gouverneur-général, qui accompagnait le colonel Wolsely par crdre supérieur, voyageant toujours en avant pour reconnaitre les lieux,
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