Etudes, p
l'intelligence scientifique et de l'imagination finaliste : en considérant Les essences et les propriétés des figures, la mathématique a montré aux hommes une norme nouvelle de vérité x.
A cette méthode, dont l'application aux problèmes de la mécanique et de la physique est devenue caractéristique du savoir véritable, les Stoïciens étaient étrangers, autant que peut-être John Stuart Mill devait le demeurer plus tard. Leur déterminisme n'avait pas de racine dans l'analyse spéculative de la nature ; il était fait pour satisfaire une aspiration morale : le désir de lier la destinée de l'être individuel à la destinée du tout, et d'établir ainsi, non seulement la charité du genre humain, mais aussi par delà l'humanité l'unité cosmopolite qui n'exclut aucun être de l'unité divine : « Tout s'harmonise à moi qui s'harmonise à toi, ô Kosmos. Rien n'est ni prématuré ni tardif pour moi, qui pour toi est opportun. Pour moi tout est fruit, de ce que tes saisons apportent, ô Nature. Le poète fait dire à son personnage : Chère cité de Crcrops. Mais toi, ne diras-tu pas : O chère cité de Zeus^ ? »
Par là, il apparaît que le stoïcisme a cessé de prendre visà-vis de l'univers l'attitude d'un témoin impartial et désintéressé. Tandis que Straton de Lampsaque avait développé ce qui semble avoir dans Aristote donné ouverture à une explication mécanique des phénomènes donnés dans l'expérience, c'est « aux mauvais côtés de l'aristotélisme » que « se rattachent les Stoïciens ». Leur « physique, arbitraire et maladroitement syncrétique, est avant tout ancilla ethices, comme elle fut plus tard ancilla theologiœ* ».
La direction imprimée par les Stoïciens à la philosophie ne pouvait être redressée par l'influence des Epicuriens : eux aussi et avec une indifférence plus manifeste encore à l'égard des théories purement spéculatives, tellement qu'on a pu voir en eux les ancêtres du pragmatisme, ils présentent leur physique comme un instrument flexible au gré de leurs convictions morales et religieuses 5. D'autre part, ceux qui
1. Appendice à la première partir d<' ['Éthique, Ed. Van Vloten et Land, t I, 1882, p. 71.