LA PROCESSION DE LA FETE-DIEU A LYON EN
Mélanges littéraires.
N'en doutons point, ce culte insensé, cette folie de la croix, dont une superbe sagesse nous annonçait la chute prochaine, va renaître avec une nouvelle force ; la palme de la religion croît toujours à l'égal des pleurs que répandent les chrétiens, comme l'herbe des champs reverdit dans une terre nouvellement arrosée. C'était une insigne erreur de croire que l'Évangile était détruit, parce qu'il n'était plus défendu par les heureux du monde. La puissance du christianisme est dans la cabane du pauvre, et sa base est aussi durable que la misère de l'homme sur laquelle elle est appuyée. « L'Église, » dit Bossuet (dans un passage qu'on croirait échappé à la tendresse de Fénelon, s'il n'avait un tour plus original et plus élevé), « l'Église est fille du Tout-Puissant ; mais son père, qui la soutient au dedans, l'abandonne souvent aux persécuteurs, et, à l'exemple de Jésus-Christ, elle est obligée de crier, dans son agonie : Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi m'avezvous délaissée? Son Époux est le plus puissant, comme
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le plus beau et le plus parfait de tous les enfants des hommes ; mais elle n'a entendu sa voix agréable, elle joui de sa douce et désirable présence qu'un moment. Tout d'un coup il a pris la fuite avec une course rapide : et plus vite qu'un faon de biche, il s'est élevé au-dessus des plus hautes montagnes. Semblable aune épouse désolée, l'Église ne fait que gémir ; et le chant de la tourterelle délaissée est dans sa bouche. Enfin, elle est étrangère et comme errante sur la terre, où elle vient recueillir les enfants de Dieu sous ses ailes ; et le monde, qui s'efforce de les lui ravir, ne cesse de traverser son pèlerinage. »
11 peut le traverser, ce pèlerinage, mais non pas l'empêcher de s'accomplir. Si l'auteur de cet article n'en eût pas été persuadé d'avance, il en seroit maintenant convaincu par la scène qui se passe sous ses yeux. Quelle est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent mille chrétiens sur ces ruines ? Par quel prodigue la croix reparaît-il en triomphe dans cette même cité où naguère une dérision horrible la traînait dans la fange ou le sang ? D'où renaît cette solennité proscrite ? Quel chant de miséricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les cris des chrétiens foudroyés ? Sont-ce les pères, les mères, les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes qui prient pour les ennemis de la foi, et que vous voyez à genoux de toutes parts, aux fenêtres de ces maisons délabrées et sur les monceaux de pierres où le sang des martyrs fume encore? Les collines chargées de monastères, non moins religieux, parce qu'ils sont déserts ; ces deux fleuves où la cendre des confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été jetée, tous les lieux consacrés par les premiers pas du christianisme dans les Gaules ; cetle srottc de saint Pothin, les catacombes