‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 40 sur 126 · LE RELÈVEMENT DU VOEU · texte numérisé non relu

LE RELÈVEMENT DU VOEU

salem, et j'ai fini par l'accomplir. Il est certain que la plupart des actes religieux, nobles par eux-mêmes, laissent au fond du cœur de nobles souvenirs, nourrissent l'âme de sentiments élevés et disposent à aimer les choses belles et touchantes ; que de droit la religion n'avait-elle donc pas sur moi ! Ne devait-elle pas me dire : « Tu m'as été consacré dans ta jeunesse, je ne t'ai rendu à la vie que pour que tu devinsses mon défenseur. La dépouille de ton innocence, trempée des larmes de ta mère, repose encore sur mes autels ; ce ne sont pas tes vêtements qu'il faut suspendre à mes temples, ce sont tes passions. Consacre-moi ton cœur et tes chagrins, je bénirai ta nouvelle offrande. » Sainte religion, voilà ton langage ; toi seule pourrais remplir le vide que j'ai toujours senti en moi, et guérir cette tristesse qui me suit. Tout sujet m'y replonge ou m'y ramène ; je n'écris pas un mot qu'elle ne soit prête à déborder comme un torrent ; je ne suis occupé qu'à la renfermer, pour ne pas me rendre ridicule aux hommes. Mais dans cet écrit qui ne paraîtra qu'après moi, que j'ai entrepris pour me soulager, pour donner une issue aux sentiments qui m'étouffent, pourquoi me contraindrais-je? Rassasionsnous de nos peines secrètes, que mon âme malade et blessée puisse à son gré repasser ses chimères et se

noyer dans ses souvenirs ! »

Manuscrit de 182G.

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