‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 44 sur 126 · DOL · texte numérisé non relu

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La présence réelle m'était aussi sensible que la présence de ma mère à mes côtés.

Mémoires, I.

Le lendemain, jeudi saint, je fus admis à cette cérémonie touchante et sublime dont j'ai vainement essayé de tracer le tableau dans le Génie du Christianisme i . J'y aurais pu retrouver mes petites humiliations accoutumées : mon bouquet et mes habits étaient moins beaux que ceux de mes compagnons ; mais ce jour-là tout fut à Dieu et pour Dieu. Je sais parfaitement ce que c'est que la Foi : la présence réelle de la Victime dans le saint sacrement de l'autel m'était aussi sensible que la présence de ma mère à mes côtés. Quand l'hostie fut déposée sur mes lèvres, je me sentis comme tout éclairé en dedans. Je tremblais de respect, et la seule chose matérielle qui m'occupât était la crainte de profaner le pain sacré.

1. Génie du Christianisme, première partie, livre I, chapitre vu De la Communion.

ï6 LA PREMIÈRE COMMUNION

Le pain que je vous propose Sert aux anges d'aliment, Dieu lui-même le compose De la fleur de son froment.

(Racine.)

Je conçus encore le courage des martyrs ; j'aurais pu clans ce moment confesser le Christ sur le chevalet ou au milieu des lions.

J'aime à rappeler ces félicités qui précédèrent de peu d'instants dans mon âme les tribulations du monde. En comparant ces ardeurs aux transports que je vais peindre ; en voyant le même cœur éprouver, dans l'intervalle de trois ou quatre années, tout ce que l'innocence et la religion ont de plus doux et de plus salutaire, et tout ce que les passions ont de plus séduisant et de plus funeste, on choisira des deux joies ; on verra de quel côté il faut chercher le bonheur et surtout le repos.

Mémoires d' Outre-Tombe.

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