‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 46 sur 126 · LA PRÉSENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA PRÉSENCE DE DIEU

COMBOLRG, 1783

J'étais mieux rassuré que par tous les arguments de la philosophie.

Mémoires, I.

La fenêtre de mon donjon s'ouvrait sur la cour inté~ rieure ; le jour, j'avais en perspective les créneaux de la courtine opposée, où végétaient des scolopendres et croissait un prunier sauvage. Quelques martinets, qui durant l'été s'enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls compagnons. La nuit, je n'apercevais qu'un petit morceau de ciel et quelques étoiles. Lorsque la lune brillait et qu'elle s'abaissait à l'occident, j'en étais averti par ses rayons, qui venaient à mon lit au travers des carreaux losanges de la fenêtre. Des chouettes, voletant d'une tour à l'autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l'ombre mobile de leurs ailes. Relégué dans l'endroit le plus désert, à l'ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois le vent semblait courir à pas légers ; quelquefois il laissait échapper des plaintes ; tout à coup

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